Wikipedia : un co-fondateur n’a plus confiance

Un constat qui ne date pas d’hier

Dans mon roman, « Le Président Providentiel », je m’attarde un peu sur Wikipedia. L’un des personnages propose de créer une encyclopédie alternative. On peut y lire :

« C’est très dangereux de n’avoir qu’une seule voix propageant la vérité. Vous allez me dire qu’il n’y a qu’une vérité absolue et que Wikipedia est impartial et ne prend pas position. Mais par définition, c’est quasiment impossible de ne pas prendre parti lorsqu’il s’agit en particulier de sujets non scientifiques. Même sur des sujets scientifiques, tous les spécialistes d’un domaine ne sont pas forcément d’accord entre-eux. Il est alors facile dans une encyclopédie de relayer en priorité une théorie plutôt qu’une autre. Et lorsqu’on arrive sur des sujets plus politiques, c’est également facile de manipuler l’opinion en donnant plus de crédit à une version ou à une théorie en particulier. Est-ce que vous pourriez par exemple m’ouvrir la page sur les lobbys ? »

À l’écran est alors apparue la page correspondante de l’encyclopédie en ligne. Il a commenté : « Vous allez voir comment la psychologie est utilisée pour manipuler les idées des gens. Pour commencer, la première chose par laquelle est attiré l’œil sur la page, c’est l’image associée. Que représente-t-elle ? Une caricature de lobbyistes anglais. Tout de suite, on vous met dans le cerveau : attention aux caricatures, le lobbyiste, ce n’est pas du tout ça ! »

Il a demandé ensuite à se déplacer vers la section « Les lobbys contre l’intérêt général ».

— Le titre paraît pourtant donner une piste. En fait, la réponse est pourtant très simple, un lobby, par définition, n’est absolument pas pour l’intérêt général, mais pour l’intérêt particulier de celui qui le commandite. C’est la définition même du lobby ! Du coup, l’expression en elle-même « les lobbys contre l’intérêt général » est une véritable lapalissade ! Et pourtant, dans ces paragraphes, on va faire naître dans l’esprit du lecteur le doute sur le fait que, peut-être, en réalité, le lobbyiste est là pour protéger l’intérêt général. Je cite : « il faut se garder d’imaginer le lobbyiste sous les traits caricaturaux du dispensateur de pots-de-vin, confiné au rôle de maillon d’une chaîne de prébende. Le lobbying, le vrai, se distingue à la fois de sa caricature et des pratiques douteuses ». Donc voilà, vous avez une idée fausse du lobbyiste, le vrai est un gars bien et pas un escroc. On retombe dans l’idée de caricature gravée dans l’inconscient collectif. Oui, c’est sûr, on a tous en tête que le lobbyiste est un gros méchant avec des dents de vampire et des cornes. Mais non, mais non, vous assure-t-on. Il est normal le gars ! Il a juste un costard, comme tout le monde et il travaille pour gagner sa croûte. Très bien, continuons. Le paragraphe suivant est intitulé « Une menace pour la démocratie ? ». Ah, peut-être qu’on va y arriver. Vous savez qu’on ne retient principalement d’un texte que les dernières phrases qu’on a lues. Sans compter tous ceux qui vont aller directement en fin de texte pour en lire la conclusion. Eh bien la dernière phrase de cette section est : « le lobbying est bon pour la démocratie ». C’est quand même génial, non ?

Et ensuite, dans le reste de l’article, ça reprend des théories disant que comme les différents lobbyistes travaillent pour des entreprises différentes et concurrentes, ils se contrebalancent, et du coup le résultat global est que tous ces lobbys ne profitent plus à des intérêts particuliers, mais à l’intérêt général. C’est de la manipulation pure et simple à l’aide d’une logique totalement bancale. C’est comme si je disais que si je mélange de l’eau froide avec de l’eau chaude j’obtiens de l’eau tiède. Sauf que si je mets une goutte d’eau un peu froide dans une tasse d’eau bouillante, le résultat ne va pas vraiment être tiède. Pour revenir à nos lobbyistes, on oublie de dire au lecteur qu’en réalité, sur les sujets les plus importants, tous les lobbys ne sont pas sur un pied d’égalité. Quand vous avez d’un côté l’industrie agro-alimentaire abreuvée de milliards face à des associations de consommateurs, il est évident que la bataille est totalement inégale, et que les intérêts particuliers de l’industrie gagnent haut la main face à l’intérêt général. Ensuite, pour les chiffres des lobbys au sein des institutions européennes, pour minimiser les chiffres toute la section s’appuie sur les chiffres de… 1992 ! Il y a 30 ans ! En soulignant qu’il y a aussi des lobbys qui représentent l’intérêt public, sans pointer du doigt les différences énormes de financement de ces différents lobbys. On pourrait rire de la manière dont tout cela est présenté si le sujet n’était pas aussi sérieux, important et grave.

— Vous voulez dire que l’encyclopédie n’est pas objective et a un biais dans la manière de présenter les choses ?

— C’est le moins qu’on puisse dire, on vient d’en voir un exemple typique. Et la raison est très simple. Il s’agit d’un projet privé, assujetti à des financements externes voire à des pressions. Le projet que je propose est un projet 100 % citoyen et financé par l’État, donc sans aucune pression. Il y aura donc une meilleure pluralité d’opinions. Dans notre encyclopédie, le lecteur pourra peut-être apprendre que Greenpeace, la plus grosse ONG à Bruxelles, avait un budget de 1,6 millions d’euros et 15 employés sur place en 2015. C’est énorme, non ? À comparer avec 40 millions de budget et 150 employés de la fédération des industries chimiques, c’est vite remis en perspective.

— Pourtant, n’importe qui peut éditer les pages et ajouter ou modifier du contenu, n’est-ce pas ?

— Ah, ça c’est la belle théorie. Dans la pratique, l’encyclopédie est bien forcée d’avoir une équipe de modération pour éviter que n’importe qui puisse écrire n’importe quoi. Ce sont les biais de cette équipe de modération qui pourrissent justement la neutralité des articles car ils vont, en toute bonne foi, supprimer tout ce qui ne va pas « dans le bon sens » selon eux, et qui est « faux » de leur point de vue. Potentiellement un peu « aidé » par la politique venant de plus haut. Et hop, adieu l’impartialité.

L’avis de l’un des fondateurs

Larry Sanger, l’un des co-fondateurs de l’encyclopédie en ligne, est soucieux. Il nous révèle que les lobbys noyautent l’encyclopédie et menacent donc la pluralité d’opinion. C’est exactement ce que je dénonçais dans le texte cité précédemment.

Cela est valable pour tout ce qui concerne les sujets de société : éducation, santé, politique, science, économie, philosophie, libre-échange, etc. Sur tous ces sujets, le ton de l’encyclopédie n’est pas neutre, loin s’en faut.

D’ailleurs, les copies d’écran du site que j’ai postées plus haut datent de 2018, année de publication de mon livre. La page Wikipedia en question n’a pas beaucoup changé depuis, et malgré de nombreuses tentatives d’édition pour tenter de rééquilibrer le propos, la plupart refusées, le ton général de la page est toujours très favorable au lobbyisme, elle en fait ouvertement l’apologie. D’ailleurs, pour enfoncer le clou, une autre image de caricature a été rajoutée en début d’article :

Une encyclopédie doit-elle suivre uniquement la doxa ?

Dans l’interview vidéo de la section précédente, l’interviewer pose une question pertinente : une encyclopédie ne se doit-elle pas de n’apporter que ce qui fait consensus, afin d’éviter de perdre le lecteur en incluant trop d’alternatives ?

Larry Sanger n’est pas dupe et sa réponse est très claire : sur des sujets controversés, l’encyclopédie doit pouvoir apporter différents points de vue, de la manière la moins biaisée possible. Cela, afin de laisser la possibilité au lecteur de se forger sa propre opinion. En ne suivant que la « doxa », on force un choix, sans d’ailleurs que cela soit explicite pour le lecteur.

Bien sûr, on a tous en tête les encyclopédies mythiques des grands éditeurs. De l’Encyclopædia Universalis à Larousse, et bien sûr les anciennes encyclopédies comme celle de Diderot et d’Alembert. Et effectivement, on pouvait attendre de ces encyclopédies « académiques » qu’elles n’apportent que le point de vue prédominant, la doxa ambiante.

Mais Wikipedia a été créé dans un but différent : autres temps, autres mœurs. D’ailleurs, c’est toujours l’un de ses buts affichés sur la page d’accueil de l’encyclopédie « participative » : « permettre à tout le monde de contribuer ».

 

Avec le sous-entendu que la pluralité d’opinion est encouragée. Et pourtant, ce n’est pas du tout le cas. Ça ne l’est plus. Les enjeux sont bien trop importants. Alors, on laisse croire que « tout le monde peut s’exprimer », tandis que dans les faits et de la bouche même de ce fondateur : « il est de plus en plus difficile, voire impossible, de contribuer, même sur les sujets les plus anodins ».

Le risque du Référendum d’Initiative Citoyenne en toutes matières

Depuis presque 3 semaines, je milite pour que le mouvement des gilets jaunes demande de réécrire la Constitution, en indiquant bien que la solution de secours ou de repli en cas de refus est le RIC.

Le Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC, ou « Populaire », RIP) en toutes matières est une alternative viable si nous ne dévions jamais de notre cap et que nous ne lâchons pas une miette sur le sujet. J’étais hier à l’excellente Conférence du live avec Demos Kratos, Étienne Chouard, Yvan Bachaud, Fly Rider et Léo Girod, et comme je l’ai exprimé au micro depuis la salle, ma crainte est que, dans toute négociation, les deux parties demandent quelque chose (dans le cas présent ce serait le RIC pour les GJ et le statut quo pour le Gouvernement) et un consensus finit généralement par s’établir ENTRE les deux positions. En prenant la position de ne demander que le RIC, nous ne nous mettons pas vraiment en position de force, et le risque est que nous n’obtenions peut-être pas le « vrai RIC en toutes matières » puisqu’il faudra négocier à partir de cette demande. C’est bien là que je veux mettre l’accent : si nous partons d’emblée sur le RIC, nous ne devons céder sur RIEN :

  • Référendum d’Initiative Citoyenne, à NOUS d’en fixer les modalités (nombre de signatures nécessaires pour le déclencher…),
  • en TOUTES matières : législatif (imposer une nouvelle loi ou en modifier une), abrogatoire (retirer une loi existante ou la signature d’un traité), révocatoire (pour mettre dehors un élu ou un politicien), constituant (pour ajouter/supprimer/modifier des articles de la Constitution),
  • que toute modification de l’article où sera inscrit le RIC ne soit possible que par référendum. Méfions-nous aussi que le Parlement ne joue pas la montre, comme l’a rappelé Yvan hier.

Nous ne devons céder sur AUCUN de ces points. AUCUN. Un seul recul nous fera perdre toute la puissance de cet outil. Rappelons-nous par exemple que certaines lois ne peuvent être changées ou abrogées qu’en se retirant de certains traités. Tout est lié. Un seul point tombe, nous avons perdu.

En revanche, demander d’emblée le RIC a des avantages certains :

  • comme l’a rappelé Yvan Bachaud hier, plus de 80% de la population est déjà pour le RIC. Pas besoin de convaincre qui que ce soit (ou presque), il suffit de faire circuler l’information ; convaincre de réécrire la Constitution est beaucoup plus long et complexe, l’ensemble de la population n’étant pas vraiment acquis au projet,
  • application immédiate de ce Référendum, en gardant les institutions telles quelles (nous pourrons virer n’importe qui dès la mise en place du RIC, c’est le principe), la phase de transition va être progressive ; en réécrivant la Constitution, c’est beaucoup plus complexe et les modalités risquent de ne pas faire consensus par-dessus le marché.
  • avec le RIC en toutes matières, nous pouvons réécrire la Constitution, article par article, nettoyer tout ce qui ne va pas et mettre des garde-fous progressifs.

Ainsi, je dis « Oui au RIC » mais restons extrêmement vigilants et ne cédons sur RIEN. Et en attendant, aucune autre demande ne doit venir perturber cette unique revendication pour avoir un message clair.

Pour terminer, si vous ne le savez pas déjà, mes deux livres sont gratuits en version électronique en soutien au mouvement des gilets jaunes :

  • La monnaie : ce qu’on ignore, pour découvrir et comprendre la monnaie de manière simple,
  • Le Président Providentiel pour un roman qui va bousculer un peu votre cerveau sur tous nos problèmes de société, de l’économie à la justice, en passant par la corruption, l’éducation et bien d’autres sujets.

Apprendre de l’histoire

En 1789, on brûle les châteaux des nobles. Pour quels effets ? La bourgeoisie qui saisit l’occasion pour prendre le pouvoir.
En 1871, Paris est en flammes. Les principaux bâtiments sont incendiés, les archives détruites, les pertes sont énormes. Pour quels effets ? Aucun.
En 1968, de nombreux dégâts également, pour finalement très peu d’avancées réelles puisqu’on se retrouve encore au même point aujourd’hui 50 ans plus tard, tout en remplaçant De Gaulle par Pompidou, l’une des pires erreurs de l’histoire de France.
Comme je le disais dans mon précédent message aux gilets jaunes, « chassez le naturel, il revient au galop ».

La définition de la folie, c’est de refaire toujours la même chose, et d’attendre des résultats différents.
– Albert Einstein

En 1936, les protestations sont pacifiques, mais le pays est bloqué économiquement et là tout change comme je le rappelle dans mon roman, « Le Président Providentiel » que je cite : « congés payés, augmentation de
salaires de 12 % dans toute la France, passage de la semaine de 48
heures de travail à 40 heures, allocations chômage, retraites,
nationalisations, conventions collectives, soutien aux agriculteurs, le tout
en pleine période de crise. »
N’oublions pas aussi la propagande déjà à l’époque :
Ceci dit, le fonctionnement de l’État ne change pas, et nous revoilà dans la même situation 82 ans plus tard avec certaines de ces avancées qui sont déjà sérieusement mises à mal (sécurité sociale, agriculture moribonde, privatisations…). Je ne citerai pas le combat pacifiste de Gandhi, ah si c’est fait, trop tard.
Mon message n’est pas réellement sur le pacifisme, tant il est maintenant de notoriété publique que le gouvernement infiltre des casseurs parmi les manifestants pour attiser la haine et la rage et que la plus grande majorité des gilets jaunes est pacifique. Non, mon message va bien au-delà, il porte sur les revendications.
L’un des problèmes qui est à la fois la force des gilets jaunes est que le mouvement n’a ni leader ni porte-parole. Force parce que la récupération politique est impossible. Faiblesse parce que ça part dans tous les sens et qu’une voix unique ne se fait pas encore entendre.
L’un des principaux défis est de parler tous d’une seule voix, envoyer un message fort, clair audible, en direction du gouvernement. Pour l’instant, tout se mélange pêle-mêle, taxes sur les carburants, augmentation du SMIC, diminution de taxes diverses, démission du gouvernement, dissolution de l’Assemblée Nationale, suppression du Sénat, départ d’Emmanuel Macron, lutte contre la précarité, zéro SDF, hausse des retraites, rétablissement de l’ISF, lutte contre l’évasion fiscale, la transition écologique, la liste n’en finit plus, comme je le soulignais d’ailleurs déjà dans mon précédent article. Les médias se délectent d’ailleurs de cet éclectisme, s’amusent à en rajouter sur d’autres revendications parfois moins glorieuses de certains groupuscules.
Oui, toutes ces demandes sont justifiées. Mais cela donne une impression confuse d’une foule de revendications sans queue ni tête. Mais par-dessus tout, ces demandes ne sont que des « mesurettes ».
À quoi bon rassembler des millions de gens, à quoi bon les morts, les blessés, les estropiés, les gazés, les larmes et le sang, la douleur, l’énergie, si c’est pour demander quelques bricoles comme des augmentations du SMIC ou des baisses de taxes ? Même des promesses sur la lutte contre l’évasion fiscale ou de transparence des élus ne seront que du vent et du court terme.
Enfin, la base d’une négociation est toujours de demander plus pour avoir moins. Comme je l’écrivais déjà il y a 2 semaines, demandons de réécrire la Constitution par le peuple (Constituante Citoyenne à l’échelle nationale). Si cette demande est refusée, nous pouvons au moins obtenir le Référendum d’Initiative Citoyenne comme pis-aller. Mais ce serait un pis-aller de taille car il permettrait au peuple de retrouver enfin sa voix.
Comme je l’écrivais plus haut, l’un des « problèmes » et à la fois la force des gilets jaunes est l’absence d’organisation pyramidale. Sans porte-parole, comment faire entendre des revendications de manière claire ? Nous avons aujourd’hui internet qui est un outil extrêmement efficace. Nous parlons de plus en plus de « démocratie participative », il est temps de la mettre en pratique !
Alors je viens de créer une pétition, la plus simple, lisible, concise, possible, pour manifester notre désir de réécrire la Constitution. Peuple français, c’est à toi de jouer. Si tu n’estimes pas que la Constitution est importante, ne signe rien, au moins nous le ferons en connaissance de cause.
À noter que j’ai personnellement arrêté de signer des pétitions en me rendant compte que nos élus corrompus nous jettent à la figure plus de problèmes à la minute que nous ne pouvons en résoudre par des pétitions qui n’ont par-dessus le marché aucun poids politique. Aujourd’hui, avec le mouvement des gilets jaunes (qu’il ne faut surtout pas arrêter, tout en restant pacifiques), nous avons tous un poids réel de négociation et s’il y a bien une pétition, une seule, à signer, pour éviter de se battre sur tous les fronts, c’est bien celle de la réécriture de la Constitution. Au rythme où vont les choses, le Gouvernement ne pourra plus avoir très longtemps de légitimité à l’international et les forces de l’ordre elles-mêmes se joindront au mouvement de protestation car elles sont constituées d’humains qui font eux-aussi partie du peuple, quoi qu’on en dise.
Quant au choix de change.org, je suis conscient qu’il peut être critiquable, mais c’est l’une des seules solutions de pétition crédibles à l’heure actuelle.

Petit message aux gilets jaunes

La mobilisation, c’est excellent. Toute personne un peu saine d’esprit aura déjà compris que les gilets jaunes n’ont pas la hausse du carburant pour seule ni même principale revendication. C’est un raz-le-bol général de ne pas pouvoir boucler les fins de mois pendant que d’autres se gavent en haut. Ce sont les comparaisons et les inégalités criantes qui provoquent la frustration et la colère.

On n’obtient réellement quelque chose qu’en mettant des revendications claires sur la table. Beaucoup de gens savent qu’ils ne sont pas contents, mais ils ne savent pas exactement identifier le problème, en fait ils ont tellement de problèmes devant leurs yeux qu’ils ne savent plus où donner de la tête : les taxes et prélèvements atteignent des records alors que les salaires ne bougent pas ; le chômage et la précarité de l’emploi terrifie tout le monde ; la justice ne fonctionne pas ; l’insécurité et la violence y compris policière est partout ; l’État est surendetté et on se sait pas où cela va nous conduire ; l’État ne protège que les multinationales au détriment de la santé et de l’environnement et punit tous les lanceurs d’alertes ; l’éducation, les hôpitaux, les transports, tous les services publics sont exsangues ; la liste est bien trop longue pour continuer ici… il y a de quoi en perdre la boule. Une bonne partie est recensée dans mon roman « Le Président Providentiel ».

Malheureusement, faire la révolution sans but bien défini ne conduit toujours qu’à la récupération du mouvement par les élites. Rappelons-nous 1789 en France et 1917 en Russie.

J’entends à droite et à gauche « Macron, Démission » ou encore ceux qui appellent tout le gouvernement à démissionner. Mais qui vont-ils mettre à la place ? Sarko ? Hollande ? Ségolène ? Juppé ? Copé ? Bayrou ? La vraie réponse est que le ou la suivante, quel qu’il soit, fera à nouveau la même politique. À vrai dire, il n’aura pas bien le choix vu que la France a perdu sa souveraineté (comme on le voit aujourd’hui avec l’Europe qui fait plier l’Italie et comme je le rappelle dans mon roman). Seul Asselineau propose de sortir de l’Union Européenne, ce qui devrait nous redonner un peu de mou pour quelques temps. Mais c’est reculer pour mieux sauter. Quoi après lui ? Des élus, comme toujours, qui tireront la couverture à eux, lentement, irrésistiblement, pour qu’on en revienne à nouveau au même point. Et ce depuis plus de 200 ans. Multiples soulèvements populaires au XVIIIème siècle, puis 1936, 1968. À chaque fois, le système retourne ensuite dans son état primaire qui est de servir l’aristocratie et non le peuple. Chassez le naturel, il revient au galop.

Du coup, un petit rappel s’impose. L’élection est un système aristocratique, dans lequel les élites gouvernent toujours, le peuple n’ayant au quotidien aucun moyen de faire entendre sa voix. Nous en avons 200 ans de preuves, et d’autres dans chaque recoin de notre planète avec ses beaux ersatz de « démocraties ». Les élections de représentants sont toujours biaisées, puis qu’il est toujours simple d’acheter des voix. Et une fois élu, le nouveau roi fait bien ce qui lui chante.

La question qui se pose est donc : se rebiffer jusqu’à en mourir comme cette pauvre dame écrasée sous une voiture le samedi 17, d’accord, mais pour quoi ?

Changer de monnaie pourrait être une revendication valable mais on peut déjà le faire à titre individuel par la monnaie libre et la Ğ1. N’attendons rien du gouvernement de ce côté-là.

Il reste tout de même une cause essentielle au niveau de l’État, qui supplante toutes les autres : la Constitution. Par le simple fait que les élus l’écrivent, ils nous rendent impuissants. Ils se votent leurs propres augmentations, en augmentant simultanément les taxes du peuple, tout en autorisant la fuite toujours plus grande des capitaux à l’étranger (80 milliards d’euros par an il y a quelques années, en 2017 c’était 100 milliards). C’est mécanique. Ils ont le pouvoir. Ils vivent pour le pouvoir. Et ils feront tout pour le garder. On doit le leur reprendre. Et ce n’est pas une utopie, c’est tout-à-fait possible. Il suffit de porter clairement la revendication haut et fort.

C’est donc en allant protester devant les bâtiments des institutions à grand bruit que l’on peut revendiquer quelque chose au niveau des institutions. Certainement pas en se mettant à dos les automobilistes qui tentent de passer.

Réécrire la Constitution, c’était la principale revendication des Islandais pendant la révolution des casseroles. Ils ont effectivement fait écrire une nouvelle constitution par des citoyens, mais le projet a été bloqué ensuite par le Parlement une fois la pression populaire retombée. Ne jamais baisser la garde.

Il faudra donc s’assurer que le projet est mené à terme. Mais pour commencer, il s’agit de l’initier en rassemblant tout le monde derrière une même idée : faire réécrire la Constitution par le peuple. Ce n’est qu’à cette condition qu’on pourra réellement sortir enfin du bourbier. Toutes les autres revendications sont annexes, temporaires, contre-productives à long terme.

J’ai écrit « Le Président Providentiel » pour montrer à quel point le système est impossible à réformer sans mettre un coup de pied dans la fourmilière, et surtout pour que le lecteur prenne conscience des problèmes générés par le système tout en proposant des ébauches de solutions, qui existent en grand nombre mais se sont pas toujours des recettes miracles. Et aussi pour rappeler que chacun de nos gestes quotidiens pèse dans la balance.

L’aberration des partis politiques

Petit extrait de mon dernier roman, « Le Président Providentiel ».

L’un des personnages s’en prend au système des partis politiques, les accusant de pourrir la politique :

« La meilleure preuve, c’est que les Verts soient un parti. L’écologie devrait être au cœur du débat de tous les partis. On cloisonne totalement les idées au sein d’un parti. Au lieu de proposer les idées à la carte, on propose un menu 100 % poisson ou bien un menu 100 % viande. Si vous voulez du poisson en entrée mais de la viande en plat principal, c’est impossible. Ou bien on vous présente un menu végétarien dans lequel la seule boisson comprise est une bouteille de vin. Si vous voulez du jus de fruit, vous n’avez pas le choix, ça sera une bouteille de vin. Et on vous oblige à la boire ! Présenté comme ça, ça semble totalement absurde, c’est pourtant ce que font les partis politiques avec les idées. Jusqu’au point où si vous êtes écologiste alors vous devez forcément être d’accord sur tout le reste, ce qui est totalement farfelu. Vous avez des écologistes qui sont à droite, d’autres à gauche, certains sont pour l’immigration et d’autres contre, certains sont pro-européens et d’autres anti-européens, etc. Ben oui, les idées c’est pas au menu, c’est à la carte ! […] les partis politiques ne sont pas une solution à un problème, ils sont le problème. »

Les conséquences sur la politique du système des partis vont d’ailleurs même encore plus loin.

L’un des arguments généralement donné en faveur des partis est qu’ils rassemblent les gens autour d’une même idée, d’un même idéal. Force est de constater que cet argument ne tient pas une seconde : les partis font systématiquement naître des dissensions en leur sein, se séparant régulièrement en plusieurs partis, ou bien recréant un autre parti sous un autre nom, et ce dans une boucle sans fin. Sans compter bien sûr l’inévitable course des égos qui s’opposent pour diriger le parti, Graal de puissance…

La force des partis est justement de diviser la population, de l’empêcher de s’unir. Un parti fait systématiquement apparaître au sein du groupe des idées sur lesquelles les membres ne peuvent pas s’unir. Tout simplement parce que le menu est fixe et que tout membre du parti doit avaler jusqu’à la dernière goutte tout ce qu’il n’aime pas. Il n’y a donc pas meilleur moyen de diviser les gens à terme.

En revanche, une population entière peut se rassembler autour d’une idée, pour peu que cette idée soit bien choisie.

Un exemple de question pour formuler une bonne idée qui rassemble :

« Devons-nous laisser une minorité créer la monnaie et rester à jamais les esclaves de cette minorité ? »

Bien sûr, pour répondre à cette question et se rassembler derrière la réponse, il est indispensable de connaître le système de création monétaire actuel par la dette et ainsi connaître ses défauts. Combien de personnes connaissent réellement ce système ? Combien se demandent comment il fonctionne ? De mon expérience, une ultra minorité de la population seulement. Tout simplement parce que les médias ne mettent jamais, Ô Grand Jamais, la question de la création monétaire dans leurs programmes.

La Ğ1 et le concept de monnaie libre qui la porte est un exemple parfait d’idée rassembleuse : on trouve parmi les membres de la Ğ1 tout et son contraire, tous rassemblés autour d’une même idée, même s’ils ne sont potentiellement pas du tout d’accord sur tout le reste.