Macron battu au premier tour de l’élection présidentielle 2022

La réalité

Tous les médias caracolent : « Macron premier avec 27 % des voix. »

Mais il n’en est rien. Tout comme en 2017, Macron a été battu à plate couture par… l’abstention. Voici la réalité des chiffres qu’aucun média ne présente :

L’abstention, à laquelle j’ai ajouté les votes blancs et nuls. Ceux-ci ne sont pas non plus comptabilisés par les médias, ils représentent environ 2 %.

C’est là que l’on voit toute l’aberration du système électoral français. Quelle que soit l’issue du deuxième tour, le président en exercice bénéficiera du soutien d’à peine un cinquième de la population. Par ailleurs, le troisième candidat, d’un poids semblable aux deux autres n’a plus qu’à… se taire, comme ses électeurs.

Certains pointent du doigt les abstentionnistes : ce sont de mauvais citoyens, la racine du mal à cause desquels Macron risque d’être réélu. L’abstention, tout comme le vote blanc ou nul, est pour certains tout simplement la manifestation d’une résistance. Tout comme le fait de ne pas s’inscrire sur les listes électorales peut être un acte politique. C’est un refus de participer à la mascarade du système.

Il existe pourtant des alternatives simples à ce système aberrant. L’une d’entre-elles s’appelle le « jugement majoritaire ».

Le jugement majoritaire

L’Institut Rousseau a récemment conduit une étude sur le jugement majoritaire :

Et si les élections présidentielles se jouaient au jugement majoritaire ?

Tout d’abord, le premier constat est qu’une large portion des personnes interrogées sont favorables à l’instauration du jugement majoritaire :

Proportion de personnes interrogées en faveur ou non de l’instauration du jugement majoritaire.

Des résultats surprenants

Mais en allant plus loin, les résultats du sondage peuvent surprendre : Macron est deuxième, derrière… Valérie Pécresse.

Sondage prédisant les résultats de l’élection présidentielle si celle-ci était votée au jugement majoritaire.
Source : Institut Rousseau

Ne nous voilons pas la face : ces deux candidats feront exactement la même politique. Alors, au vu de ce résultat, on peut clairement se demander : est-ce que ça vaut vraiment la peine de changer de type de scrutin pour élire Françoise à la place de François ?

Un garde-fou nécessaire

On peut avoir une autre lecture de ce résultat. En effet, dans le scrutin actuel, il y a bien une clause qui impose la majorité absolue pour qu’un président soit élu. C’est une mesure d’apparat puisqu’au deuxième tour il n’y a que deux candidats, et seuls sont comptés les votes pour l’un ou l’autre.

Dans le cas du jugement majoritaire, on pourrait parfaitement envisager une règle stipulant que le candidat choisi obtienne au moins une mention « assez bien » pour être élu. En effet, dans le sondage de l’Institut Rousseau, Pécresse est celle qui rassemble le plus de suffrages, mais avec une mention… « passable ». Par ailleurs, le sondage a eu lieu en décembre 2021, il y a fort à parier que les résultats ne seraient pas les mêmes mi avril 2022, vu la campagne déplorable de cette candidate.

En mettant en place ce garde-fou, seul un candidat ayant au moins un support populaire décent pourrait être élu. Si personne ne fait l’affaire au premier tour, alors tous les candidats sont écartés et la campagne repart avec de nouveaux candidats.

Évidemment, on peut craindre que personne ne puisse contenter globalement les Français. Mais qu’est-ce qui est préférable : choisir au petit bonheur la chance un candidat qui ne satisfait pas grand-monde, comme c’est actuellement le cas, ou bien tenter de faire mieux ?

Le système des partis

En réalité, tout cela provient en premier lieu du système des partis qui implique d’être d’accord sur tout ce que présente le parti.

Écoutons un personnage de mon roman, « Le Président Providentiel » :

« La meilleure preuve, c’est que les Verts soient un parti. L’écologie devrait être au cœur du débat de tous les partis. On cloisonne totalement les idées au sein d’un parti. Au lieu de proposer les idées à la carte, on propose un menu 100 % poisson ou bien un menu 100 % viande. Si vous voulez du poisson en entrée mais de la viande en plat principal, c’est impossible. Ou bien on vous présente un menu végétarien dans lequel la seule boisson comprise est une bouteille de vin. Si vous voulez du jus de fruit, vous n’avez pas le choix, ça sera une bouteille de vin. Et on vous oblige à la boire ! Présenté comme ça, ça semble totalement absurde, c’est pourtant ce que font les partis politiques avec les idées. Jusqu’au point où si vous êtes écologiste alors vous devez forcément être d’accord sur tout le reste, ce qui est totalement farfelu. Vous avez des écologistes qui sont à droite, d’autres à gauche, certains sont pour l’immigration et d’autres contre, certains sont pro-européens et d’autres anti-européens, etc. Ben oui, les idées c’est pas au menu, c’est à la carte ! »

Il s’agirait donc de voter non pas pour un menu, mais pour chaque idée, à la carte. C’est parfaitement atteignable, avec le RIC, plébiscité par plus de 70 % des Français. Ça a une autre dimension que des candidats qui peinent à récolter 20 % !

Une image vaut mille mots :

 

C’est quand même autre chose, non ?

Conclusion

Les modalités de l’élection présidentielle permettent de nombreuses manipulations pour élire un candidat voulu. Pire encore, elles sont des outils formidables pour engendrer de la frustration et diviser le peuple. « Votez utile, sinon vous êtes des traîtres ! » Le spectacle des « consignes de vote » au deuxième tour est tellement loufoque qu’il vaut mieux en rire.

Mais à chaque fois que nous nous retournons contre nos pairs au lieu de tous tourner un doigt accusateur vers nos bourreaux communs, nous devrions nous poser la question :

Pourquoi ?

Comment en sommes-nous arrivés là ? Au lieu de se battre les uns contre les autres autour d’un problème dont les seules issues qui nous sont présentées ne sont pas des solutions, nous devrions prendre du recul. Sortir du cadre. Le cadre, c’est à nous de le définir.

En réalité, ces pièges ne sont que des techniques de base, le B.A. BA du manipulateur. En psychologie, cela s’appelle une injonction contradictoire, ou double bind en anglais. Il s’agit de présenter un problème et de n’offrir comme « solutions » que des portes de sortie perdantes. Ici, l’électeur est sans cesse tiraillé entre voter contre sa conscience pour être un « bon citoyen » et suivre sa conscience – quitte à ne pas aller voter – mais devenir un « mauvais citoyen ».

Tout psychologue sait que le seul moyen pour sortir de ces situations sans issue est de ne pas accepter les fausses solutions qui nous sont offertes. Il suffit de s’extraire du moule qu’on veut nous imposer.

J’invite le lecteur à lire cet article pour aller un peu plus en profondeur sur cette élection et sur le système de l’élection présidentielle française.

La guerre contre le pétrodollar

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Depuis les accords de Bretton Woods en 1945, le monde entier est forcé d’utiliser le dollar pour acheter des hydrocarbures. Pourtant, depuis les dernières décennies, un vent de contestation souffle de plus en plus fort contre cet état de fait. À tel point qu’il n’est pas impossible que le roi pétrodollar puisse être un jour déchu.

Après autant de sanctions de la part de l’Occident, la Russie tente par tous les moyens de continuer à vendre son gaz à l’étranger. Évidemment, son économie a sérieusement besoin de rentrées d’argent pour équilibrer sa balance commerciale. Et les mesures qu’elle prend sont une tentative de détrôner le pétrodollar, ni plus ni moins.

La dette publique russe

La Russie est l’un des pays ayant la dette publique la plus faible au monde, comparée à son PIB. Contrairement à l’Occident qui vit littéralement sur la dette publique, la Russie a réussi le tour de force de s’en débarrasser presque totalement.

Où donc se trouve la Russie sur cette spirale du monde de la dette ? (désolé, c’est en anglais : Russia)

Indice : la Russie se trouve en périphérie, en bas à droite. Source : Visual Capitalist

On a entendu parler d’un défaut possible de la Russie, mais très sincèrement ça me paraît être de la propagande. Oui, bien sûr, les sanctions ainsi que les dépenses liées à la guerre vont sacrément handicaper son économie. L’Union Européenne rigole en ce moment, en appliquant les sanctions ordonnées par les Américains, les unes après les autres. Entre nous, je me demande combien de temps cela va durer. Cette simple image résume la situation.

Les sanctions…

L’usage de sanctions économiques est assez répandu, pourtant leur effet réel est plutôt controversé. Tout d’abord, les perspectives de sanctions, aussi dures soient-elles, n’ont pas empêché Poutine d’envahir l’Ukraine. Ensuite, ceux qui prennent les sanctions de plein fouet sont les plus pauvres, pas les élites. On sait parfaitement que le résultat principal des sanctions économiques en général est d’augmenter la pauvreté.

Quant à ce milliardaire qui se plaint qu’il ne peut plus payer sa bonne, je ne verserai pas une larme pour lui. Au passage, la plupart des oligarques russes étaient en faveur de la guerre, car beaucoup craignaient de perdre du terrain si l’Ukraine venait à prendre ses distances avec la Russie.

Mais surtout, il semblerait que l’Occident ait épuisé toutes ses cartouches d’un coup. Ce n’était certainement pas une tactique très maline, car nous nous retrouvons maintenant démunis et sans aucun levier supplémentaire face à la Russie. Cela a laissé à l’« ennemi » le temps d’élaborer une contre-offensive adéquate. Franchement, n’importe qui avec une paire de neurones sait qu’il ne faut pas jouer toutes ses cartes d’un coup. On dirait que ça ne fait pas partie des cours à Science Po ou l’ENA. Quoi, ils ne jouaient même pas aux cartes entre les cours, là-bas ?

… ne servent à rien

Bien sûr, on peut se dire que faire crever les populations de faim peut les inciter à se retourner contre leurs dirigeants. Réfléchissons trois secondes. Même dans nos « démocraties », si notre gouvernement décide de se lancer dans une guerre, nous n’avons aucun poids pour l’en empêcher. D’ailleurs, nos gouvernements prennent des mesures suicidaires envers la Russie, et nous ne pouvons rien y faire. Comment donc imaginer un instant que les Russes aient une quelconque chance d’arrêter Vladimir Vladimirovitch Poutine ?

Mais il y a pire encore. Ces sanctions, particulièrement violentes, sont le prétexte parfait pour un dictateur de justifier ses actions. « Voyez comme nos ennemis sont haineux. Voyez comme j’ai bien raison de vous en protéger ! »

Il semblerait que nous soyons dirigés par des imbéciles sans un soupçon de bon sens. À moins peut-être qu’une guerre les arrange bien, histoire de détourner les esprits des problèmes internes dans leur propre pays. Une économie chancelante et un système financier au bord de l’implosion. Ou bien, dans le cas des États-Unis, un budget militaire de plus de 700 milliards de dollars par an, qui paraît bien excessif et difficile à justifier, surtout après s’être retiré d’Afghanistan.

La Russie amasse de l’or

Pendant les deux dernières décennies, des pays comme la France ou la Suisse se sont massivement débarrassés de leur or. À l’inverse, la Russie et la Chine ont amassé ce métal à un rythme sans précédent.

Beaucoup de pays occidentaux se débarrassent de leur or, tandis que la Russie et la Chine remplissent leur stock à toute vitesse. Source : l’IMF.

Par ailleurs, la Russie a la deuxième réserve d’or dans ses sous-sols au niveau mondial, juste derrière l’Australie.

Il est clair que la Russie a prévu de se protéger contre d’éventuelles sanctions grâce à son stock massif d’or. Sans surprise, les États-Unis tentent de bannir toute transaction impliquant de l’or avec la Russie. Le problème est que, contrairement à un système numérique avec lequel il suffit de cliquer sur un bouton, il est quasiment impossible de bannir les transactions en or. C’est un actif intraçable qui peut être échangé physiquement, fondu et transformé.

Valeur du rouble

Note préliminaire : SWIFT est un système électronique qui permet aux banques d’échanger de la monnaie dans le monde entier. L’essentiel du commerce mondial passe par là. À cause de son monopole, certains pays, comme la Russie, développent depuis quelques temps déjà des systèmes alternatifs. Par ailleurs, il est de notoriété publique que les Américains n’hésitent pas à tout faire pour siphonner les informations qui transitent par ce système… contre le terrorisme, bien sûr.

Les sanctions de l’Occident, y compris le bannissement de la Russie du réseau SWIFT, ont sérieusement affaibli le rouble. Pour la petite histoire, couper un pays entier de SWIFT est sans précédent. Des banques iraniennes ont subi ce genre de sanctions dans les affaires du nucléaire iranien, mais un tel ostracisme d’un pays entier n’a jamais eu lieu. Pourtant, cela n’a pas arrêté la guerre pour autant.

De plus, un autre de type de sanctions dont on parle peu proviennent des agences de notation. Elles ont baissé la note de la Russie, ce qui a pour effet d’augmenter les intérêts pour obtenir de la monnaie. C’est une sanction qui ne dit pas son nom, d’importance capitale, si je puis dire. Et elle vient exactement des mêmes acteurs occidentaux que les autres sanctions, puisque les agences de notation sont dirigées par les mêmes que les requins du système financier de toute façon.

En conséquence, la Russie est face à une menace de taille : l’effondrement possible du rouble. Ce pourrait être une bénédiction pour un pays croulant sous les dettes, mais ce n’est pas le cas de la Russie. La dépréciation du rouble signifie que la Russie risque d’avoir du mal à importer des produits à prix acceptable pour sa population.

Le levier de l’énergie

Malgré tout, en dépit du bannissement total de SWIFT, l’Allemagne a immédiatement levé la voix : hors de question de bannir les paiements pour le gaz russe, c’est une question de vie ou de mort pour les Allemands en plein hiver. Ainsi, tous les paiements sont suspendus, sauf ceux pour le gaz. Très pratique.

Au passage, cela laisse d’autant plus songeur. S’ils se préparaient à cette guerre depuis longtemps, pourquoi les Russes n’ont-ils pas attaqué l’Ukraine en novembre dernier ? Ils auraient eu une carte d’autant plus forte à jouer avec le gaz pendant tous les mois d’hiver. Par ailleurs, ils adorent le froid et ils auraient également pu utiliser le sol gelé pour déployer leurs tanks et autres véhicules par les champs plutôt que d’être coincés comme ils l’ont été sur les routes. Peut-être n’ont-ils pas eu le temps de peindre leurs chars en blanc ?

En tout cas, une chose est sûre : l’Union Européenne ne peut se passer totalement du gaz russe, c’est une question de survie. Certains experts affirment d’ailleurs que même le gaz américain ne peut être une alternative pour au moins les 10 prochaines années. L’infrastructure nécessaire, y compris les bateaux eux-mêmes, est massive. En effet, la totalité des bateaux gaziers dans le monde peut actuellement livrer environ un milliard de mètres cubes de gaz par an. L’UE en consomme 150 milliards par an.

Poutine est donc en train de tirer parti du talon d’Achille de l’Europe pour sauver le rouble. En d’autres termes, il dit clairement : vous voulez me mettre des sanctions, eh bien je vous propose un deal que vous ne pouvez pas refuser, et qui va annuler vos sanctions. Et du côté européen, on a déjà épuisé toutes nos cartouches.

Le pétrodollar

Pour rappel, depuis la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, les hydrocarbures s’achètent uniquement en dollars. Les dollars accumulés par le vendeur s’appellent alors des « pétrodollars ». Aucun moyen de passer outre, et ceux qui ont essayé, comme Saddam Hussein ou Mouammar Khaddafi, ont rencontré… quelques problèmes « mineurs », menant à leur décès.

Mais les BRICS ne sont pas l’Irak ou la Libye. La Chine paie déjà une partie de son gaz à la Russie en petroyuan plutôt qu’en dollars depuis 2017. Pire encore, l’Arabie Saoudite, pourtant alliée de longue date aux États-Unis, déclare récemment qu’elle aussi est prête à accepter le petroyuan. C’est un véritable tremblement de terre géopolitique dont peu de monde parle.

En tout cas, la manœuvre de Poutine semble fonctionner, la chute du rouble a été arrêtée. En effet, si on se met à acheter du rouble afin de pouvoir acheter du gaz russe, cela augmente la demande, et donc la valeur, du rouble.

Dans le même temps, les dollars que tout le monde s’arrachait pour acheter des hydrocarbures perdent une partie de leur utilité, ce qui a évidemment un impact sur la valeur du dollar. Bien entendu, si on ne parle que du gaz russe, l’impact est négligeable. Mais si d’autres acteurs majeurs dans le monde se mettent à suivre la tendance et préférer d’autres monnaies pour échanger, les dollars actuellement en circulation vont retourner aux États-Unis, ce qui risque d’augmenter encore un peu plus la tendance inflationniste actuelle.

Les cryptomonnaies

En 2017, je prévenais déjà dans mon livre « La monnaie : ce qu’on ignore » que les Russes s’intéressaient de près aux cryptomonnaies. Typiquement, la Banque Centrale de la Fédération de Russie s’affaire à créer une monnaie digitale fédérale.

Évidemment, cette monnaie ne serait pas une cryptomonnaie décentralisée. La Russie est bien sûr opposée à des systèmes dont elle pourrait perdre le contrôle, au moins en partie.

Mais là encore, le principe de réalité prévaut : le Kremlin cherche à vendre son gaz coûte que coûte. Y compris avec des cryptomonnaies. Mais cela reste le privilège des pays « amis ». C’est une nouveauté, car les cryptomonnaies ont même été bannies un temps du sol russe.

La planche à billets

Mes lecteurs savent déjà que le nombre d’euros et de dollars en circulation a explosé de manière exponentielle ces dernières décennies. Typiquement, la masse monétaire en euros a doublé chaque décennies depuis sa création. Pas étonnant que l’inflation pointe finalement le bout de son nez !

 

Le rouble or

Depuis les réponses russes aux sanctions, les pays occidentaux n’ont plus le choix. Ils vont devoir payer leur gaz en roubles ou… en or. Et ce, à partir du 31 mars 2022. Ah, certes, des voix s’élèvent pour dire que les contrats sont clairs et qu’on ne peut les changer. On verra ce qu’on verra le jour où les Russes finiront par couper le gaz.

Mais ce n’est pas tout ! Par ailleurs, la banque centrale russe indique qu’elle est prête à acheter de l’or avec des roubles à un taux fixe. D’une certaine manière, cela revient à fixer un étalon or. C’est un message clair au monde que le rouble n’est pas comme les monnaies occidentales créées sur du vent.

La Russie semble donc vouloir faire un appel au retour de l’étalon or. Elle lance aussi un signal à tout investisseur que les sanctions peuvent être sans limite. L’Occident peut saisir tout ce qu’il a sous la main à tout instant et sous n’importe quel prétexte. Le message est clair : « Ne faites pas confiance aux banques occidentales, ne vous laissez pas impressionner par les marchés occidentaux extrêmement volatiles et qui peuvent s’évaporer en un instant ; non, pariez plutôt pour la valeur sûre qu’est l’or, ou bien même son équivalent, le rouble. »

Les étalons échouent toujours

Sur le court terme, on peut dire que ces actions peuvent payer, en particulier en réponse aux sanctions. En revanche, cela pourrait s’avérer néfaste sur le long terme.

Dans la culture populaire, il y a une vision manichéenne avec une vision en noir et blanc. D’un côté, des monnaies créées sur « du vent », sans valeur. De l’autre, des monnaies adossées à « du concret », typiquement de l’or. Malheureusement, l’histoire a montré que les étalons, en particulier sur l’or, sont particulièrement ravageurs.

Rappelons-nous ce qui est arrivé avec l’étalon or des dollars dans la deuxième moité du XXème siècle. Son abandon par Nixon en 1971 a causé les crises pétrolières des années 1970. Au XIXème siècle ainsi qu’au début du XXème siècle, les monnaies basées sur l’or ont causé beaucoup de misère dans les populations. Plus récemment, la chute du bolivar vénézuélien est due à un étalon fixé par le gouvernement entre le bolivar et le dollar.

Je pense que cette histoire de « 5000 roubles = 1 once d’or » est du grand spectacle. C’est un message au monde, un rappel cinglant que bâtir toute une économie sur de la dette est extrêmement risqué.

Une recette contre la guerre

Ceci est tiré d’un groupe constituant, et narré par Étienne Chouard. Ce dernier nous rappelle sans cesse qu’il est absurde de laisser les politiciens écrire le texte qui est censé les contrôler. C’est un peu comme désigner son chien comme gardien du sandwich. Désolé pour les chiens qui lisent cela, je sais que votre queue remue déjà.

Voici une recette simple pour éviter la guerre. Si tous les pays adoptaient cette règle, nous vivrions sans aucun doute dans un monde en paix.

  1. Aucune guerre ne peut être déclarée sans un référendum ouvert.
  2. Au cas où le « oui » l’emporterait pour la guerre, quiconque a répondu « oui » se voit attribué un fusil et doit aller au front illico. Aucune obligation pour quiconque a voté « non ».
  3. Une fois que les premiers ont été tués, on refait un référendum pour savoir s’il y a de nouveaux volontaires pour continuer la guerre.
  4. Retour à la case départ.

L’imposture présidentielle française

La démocratie en marche

Pour beaucoup de Français, l’élection présidentielle est un moment fort et un symbole évident de la vivacité de la démocratie en France. Au premier abord, la théorie et les principes sont louables, paraissent tenir parfaitement debout.

Mais quelle est donc cette théorie ? Passons en revue ses principes de base.

D’abord, le peuple élit qui il veut. Il est souverain dans le choix de son chef. De toute évidence, il choisit quelqu’un qui a les qualifications, l’intelligence, le charisme, le panache même, pour endosser la fonction présidentielle. Cela ne peut pas être n’importe qui. Ainsi, il est bien normal que nous n’ayons pas de présidents ouvriers, machinistes, profs, serveuses ou serveurs, infirmières ou infirmiers. On appelle cela la « méritocratie ». Nous voulons les meilleurs, les plus capables, pour diriger le pays.

Il est donc parfaitement normal que tous les présidents aient une formation ad hoc. L’ENA. Science Po. Et de préférence un homme fort d’un certain âge, qui va en imposer et à qui on ne peut pas conter d’histoires. Au passage, la France n’a jamais eu de présidente. Jusqu’à maintenant.

Le peuple choisit l’individu qui brille le plus par sa carrure, et les mauvais présidents ne sont pas réélus, comme Sarkozy ou Hollande. Le chef est faillible, il sera écarté en cas de manquements aux prochaines élections.

Tout cela semble parfaitement logique.

Un goût amer

Il y a tout de même un hic. Il suffit de faire un petit sondage autour de soi pour s’en apercevoir. « La démocratie fonctionne-t-elle parfaitement ? Permet-elle d’éviter les inégalités ? Le Gouvernement élu met-il en œuvre tous les désirs des Français ? » En toute logique, il le devrait. Sinon il ne sera pas réélu. Et pourtant…

Une très récente enquête Ifop est plutôt parlante. Difficile de dire avec le graphique suivant que tout le monde est content :

Réponses de l’ensemble des Français à la question : « Diriez-vous qu’en France la démocratie fonctionne très bien, assez bien, pas très bien ou pas bien du tout ? » Source : IFOP

D’ailleurs, le taux de mécontents varie au cours du temps, ils étaient plus de 70 % en 2014 et 2016 !

Les réponses surprennent le plus souvent. Le constat d’échec est flagrant. Une large majorité semble avoir l’intuition qu’il y a quelque chose qui cloche. Pourquoi, alors, ne pas en changer ? La réponse, souvent sans appel, ne se fait pas attendre : « c’est le meilleur modèle qu’on connaît, donc il faut faire avec ».

Des échecs partout ailleurs

Cela rappelle trop toutes ces tentatives occidentales d’amener la « démocratie » un peu partout dans le monde. Avec sans cesse des effets particulièrement ravageurs, des pays transformés en ruines, politiquement et économiquement. Et ce malgré la tenue « d’élections démocratiques » dans les pays concernés.

Il semble que la « démocratie » telle que nous la concevons mène toujours aux mêmes dysfonctionnements. Partout, elle autorise des empires financiers à prendre le dessus. Les multinationales n’en font qu’une bouchée grâce à des lobbys toujours plus puissants. Elle court systématiquement après le petit voleur de pâtes pour quelques euros parce que le frigo est vide. En revanche, elle ne touche pas au milliardaire qui pourtant provoque des milliards de manque à gagner pour l’État en évasion fiscale et autres malversations, qui provoquent en retour inégalités, pauvreté, insécurité. Elle laisse en liberté les politiciens corrompus. Au lieu de rassembler les peuples, elle les divise, parfois très profondément. Elle s’attaque systématiquement à des problèmes secondaires, sans jamais régler l’essentiel.

Elle finit même par justifier des mesures extrêmement autoritaires dans certaines situations. Mais c’est pour notre bien, évidemment. Sous prétexte de « sécurité », d’anti-terrorisme. Ou bien « sanitaires ». Ou encore de « sauvegarde de l’emploi ». Malgré tout, on sent que le système est… perfectible, c’est le moins qu’on puisse dire !

Partout, le terme « démocratie » est associé à « élections ». D’ailleurs, on le confirme généralement par des expressions du type « On a les dirigeants qu’on mérite ». Mais est-ce bien ça, l’élection de « dirigeants », la démocratie ?

C’est quoi, une démocratie ?

Partons de la définition large du terme :

Régime politique dans lequel le peuple dispose du pouvoir souverain

Ainsi, c’est un régime politique où les décisions communes sont prises par le peuple.

Pourtant, aujourd’hui, ce n’est pas le peuple qui prend réellement les décisions. Ce sont ses « représentants élus ».

Ah. Nous sommes donc dans un « système représentatif », une République. Certains parlent de « démocratie représentative ». Pour qu’il s’agisse réellement de démocratie, il faudrait que le peuple ait le contrôle total sur ses représentants, ce qui n’est pas du tout le cas, comme nous allons le voir plus loin.

D’autres systèmes représentatifs…

Mais alors… en quoi est-ce que la France différerait-elle donc tant de la Russie ? En effet, la Russie a également un président élu, un gouvernement et des ministres, un parlement d’élus aux suffrage direct, la Douma. Cette dernière a d’ailleurs le pouvoir de contester les décisions gouvernementales. C’est une république fédérale, comme l’Allemagne. L’organisation est un peu différente des pays occidentaux, mais sur l’essentiel, cela revient strictement au même.

Même la Chine fonctionne sur un système parlementaire, avec des élections plus indirectes, mais cela ne change pas grand-chose, dans le fond.

Pour rappel, en France, le Gouvernement a aussi le droit de s’opposer à une loi votée par le Parlement. Il peut également forcer ses propres lois par le fameux mécanisme de l’article 49-3. Dans ces cas-là, le peuple n’a rien à dire, il devra patienter jusqu’aux prochaines élections s’il n’est pas content.

La corruption

Mais alors, pourquoi diable la Chine et la Russie seraient des dictatures et la France une démocratie ? Pour faire la distinction, on va s’appuyer sur d’autres critères, comme le degré de corruption. Évidemment, les gouvernants russes et chinois sont corrompus, les élections sont truquées, c’est en cela que ce sont des dictatures.

Pourtant, en terme de corruption, la France n’est certainement pas en reste ! Chacun de nos présidents a été mêlé de près ou de loin à des scandales. Parmi les élus, on ne compte plus les procès. Le Parlement vote régulièrement des lois qui favorisent les inégalités – où est donc l’égalité ? De la même manière, il bloque des lois qui pourtant serviraient le peuple. Par ailleurs, les parlementaires votent eux-mêmes à une large majorité leurs propres augmentations. Ce n’est pas le même refrain lorsqu’il faut augmenter le SMIC. N’est-ce pas du conflit d’intérêt majeur et parfaitement évident ?

Emmanuel Macron lui-même navigue dans des eaux peu claires. Il a vendu la sécurité nationale de la France aux Américains avec l’affaire Alstom. C’est également un maître manipulateur, comme on peut le constater dans l’affaire des journalistes du Monde. Au passage, il n’a rien à envier à un Poutine dans les tentatives de faire taire quiconque s’oppose à lui. Deux des épisodes de « Off Investigation » ont déjà été censurés par Youtube. La liste est bien trop longue. Alexandre Benalla, l’un de ses plus proches gardes du corps ayant commis d’innombrables fautes est totalement protégé par le pouvoir, quelles que soient ses exactions. Y compris en permettant à l’intéressé de vider son appartement de ses preuves avant son inspection par la police. On se croirait dans un mauvais scénario de dictature.

La liberté d’expression

Alors, très certainement, on peut aussi s’intéresser à un autre axe : la liberté d’expression. On peut dire qu’elle est mieux respectée en France qu’elle ne l’est en Russie ou en Chine. Il semblerait pourtant que c’est valable uniquement tant qu’il ne s’agit que de paroles. En d’autres termes, tant que c’est du blabla, nous pouvons toujours dire ce que nous voulons. Mais il ne faudrait pas que cela se traduise en actes.

Exemple criant : tous ces gilets jaunes qui se sont fait tirer comme des lapins, alors que la majorité ne représentait aucun danger. On ne compte plus les blessés, les éborgnés, les mains arrachées. Combien de mains arrachées en Russie ? Combien d’éborgnés ? Aucun, à ma connaissance. En Hollande, un manifestant est même abattu à balles réelles.

Et ceux qui dérangent vraiment l’ordre établi, comme les lanceurs d’alerte, sont persécutés. Stéphanie Gibaud, employée dans une banque, se retrouve dans une situation très précaire après avoir dénoncé des pratiques illégales de son employeur. Mais où est donc l’« État protecteur », garant des libertés et de la transparence ? La France n’a jamais offert l’asile politique à Julian Assange. Ni à Edward Snowden. Qui a été accueilli, ironie du sort, en Russie. Bien évidemment, il ne représente pas une menace pour l’État russe, même s’il en dénonce parfois les écarts.

On sent clairement le « deux poids, deux mesures ». La Russie et la Chine sont des dictatures et tout y va très mal. La France est une démocratie et tout va très bien, Mme la Marquise.

Museler les trouble-fête « à l’ancienne »…

Certes, Poutine a ses méthodes pour se débarrasser des journalistes ou politiciens. C’est un ancien du KGB, la vieille école. Une balle entre les yeux. Ou bien le si classique poison. Au mieux, l’emprisonnement.

Mais à moins d’être aveugle, il est loin d’être le seul. Nous avons également droit à ce genre d’épisodes dans les pays occidentaux. Ils sont certes un peu moins « flagrants ». On se rappelle trop facilement des disparitions assez curieuses de Coluche ou Balavoine, ainsi que Bérégovoy. Plus récemment, Bruno Gaccio a bien failli y passer aussi. Et ceux qui disparaissent en prison ne sont pas en reste. Comme par exemple récemment Jean-Luc Brunel en France et son alter ego Epstein aux États-Unis.

… et beaucoup plus simplement

Pourtant, il y a une recette extrêmement simple et efficace pour se débarrasser des voix « encombrantes » : les médias. Il suffit de virer tel journaliste ou animateur qui sort un peu trop du rang, voire le reléguer à un média « de seconde zone » où sa voix portera peu. Pour les autres, le simple fait qu’ils ne passent pas sur les grands médias les rend muets. Littéralement.

Patrick Sébastien. Natacha Polony. Les « guignols de l’info », supprimés. Frédéric Taddeï, obligé de passer sur RT pour avoir le droit d’inviter qui il veut dans son émission. Le monde à l’envers ! Et au pire, on demande à la justice de museler les plus gênants, comme Denis Robert avec l’affaire Clearstream. Là encore, la liste est trop longue.

Ce qui est vrai pour les temps de parole lors de l’élection présidentielle l’est évidemment pour tout le reste. Il faut et il suffit que les médias focalisent l’attention sur un sujet pour éviter de parler du reste. C’est digne des techniques de prestidigitation. Regarde bien ma main droite, et pendant ce temps, ma main gauche va chercher une balle dans ma poche. Et hop, le tour est joué.

Or, il se trouve que tous les principaux médias en France sont entre les mains d’une minorité, une dizaine de milliardaires. Et l’État, qui travaille pour son compte – ou plus exactement pour le compte des « Élus ». Eux-mêmes à la solde des milliardaires précités.

Le Président Providentiel

Dans mon roman, l’ascension au pouvoir du Président est justement due à une exposition accrue dans les médias. Cela aura pu paraître un peu tiré par les cheveux pour certains lecteurs.

C’est pourtant ce qui s’est passé avec Emmanuel Macron en 2017. Certes, il a été Ministre de l’Économie peu avant, mais il était quasiment inconnu des Français. Et ceux qui le connaissaient ne l’appréciaient pas forcément, ce qui peut se comprendre au vu de certaines mesures hallucinantes qu’il a prises. Comme par exemple le remplacement des trains par des bus… mesure qui a d’ailleurs subi un rétro-pédalage sous son mandat présidentiel. En 2010, il avait même proposé de supprimer la dissuasion nucléaire française, « pour faire des économies ». Heureusement, Jacques Attali était là pour le remettre à sa place.

Je n’aurais jamais imaginé un jour écrire une phrase faisant l’éloge de Jacques Attali !… qui l’eût cru ?

Dans les faits, n’importe quelle personne qui connaît un minimum les artifices de la rhétorique est présidentiable. De ce point de vue, Emmanuel Macron s’y connaît. Il a particulièrement appris cet art à la banque Rothschild, comme l’explique son directeur.

Ainsi, il est tout-à-fait réaliste que même un inconnu comme Pierre puisse se présenter et gagner les élections présidentielles. Il faut et il suffit qu’il soit adoubé par une dizaine de milliardaires.

Qui sont nos « représentants »?

Ce sont donc nos oligarques, au contrôle des médias, qui font et défont les présidents. Le peuple ne fait que suivre les candidats qui lui sont présentés, à hauteur de leur exposition dans les médias. À l’heure où j’écris cet article, le monde est une grande mosaïque d’oligarchies.

Oui, j’ai bien écrit « oligarchies ». Définition :

Gouvernement politique où l’autorité souveraine est entre les mains d’un petit nombre de personnes

Alors, en Russie, oui, sans doute. En Chine, aussi. Ah, en Corée du Nord, bien évidemment. Et puis, certainement d’autres états corrompus. Mais en France, sûrement pas, tout de même ?

Une caste dirigeante

Certes, les dirigeants ne se passent plus le pouvoir de père en fils comme le faisaient jadis les rois.

Dans les faits, les « représentants » en France forment une caste à part entière. Ils sont constitués d’individus au statut particulier : les politiciens. Ces gens font carrière en politique, leur fonction est de « représenter ». Ils ne savent rien faire d’autre. Et ils sont sélectionnés au sein d’un club bien privé. Club du Cercle. Young Leaders. Institut Montaigne. Il faut être introduit aux bons endroits et auprès des personnes les plus influentes. Et une fois élu, on voit mal celui qui a accédé à la fonction présidentielle trahir ceux-là mêmes qui l’ont fait élire.

Des élus « hors sol »

C’est là que le glissement sémantique entre « représentant » et « représentatif » s’effectue bien trop souvent dans les têtes. Justement, ces « représentants » ne sont en rien représentatifs de l’ensemble de la population pour laquelle ils sont censés être les porte-voix.

Ils ne l’ont d’ailleurs jamais été. Pendant la Révolution Française, lors des États Généraux, ce sont déjà principalement des notables qui représentent le Tiers État. À l’époque, cela pouvait éventuellement se justifier. Et encore. Le fait est que la majorité des membres du Tiers État était illettrée et aurait eu bien du mal à défendre ses propres intérêts face à des professionnels de la magouille juridique.

Le problème, c’est qu’un « représentant » qui n’a pas les mêmes intérêts que celui qu’il prétend défendre se trouve en conflit d’intérêts. Il est logiquement porté à défendre les idées favorables à son statut et à sa caste en général. Ces idées sont potentiellement totalement opposées à celles qui favoriseraient le peuple.

L’absence de contrôle

On pourrait éventuellement parler de démocratie si effectivement le peuple avait le pouvoir total sur ses représentants. Or, dans le système français actuel, il n’en est rien. Si un élu trahit le peuple, ce dernier n’a aucun moyen de recours. Impossible de révoquer un élu ni même une loi scélérate. Impossible de toucher à la Constitution pour y ajouter un peu de contrôle sur les élus. Le seul levier du peuple est d’attendre les prochaines élections.

Ce ne serait pas forcément catastrophique s’il s’agissait d’un cas isolé : il suffirait de voter pour un « bon » représentant la prochaine fois.

Mais lorsque c’est l’ensemble du corps des « représentants » qui trahit sans cesse, et qu’il n’y en a pas un pour rattraper l’autre, le peuple se trouve effectivement totalement impuissant. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’abstention augmente à chaque élection. À force d’être trahi de manière répétée, le peuple finit par comprendre qu’il ne sert à rien d’élire un pantin qui n’en fera qu’à sa tête, comme ses prédécesseurs.

Une large portion de citoyens comprennent que, en tant qu’électeurs, ils n’ont en réalité aucun pouvoir.

Le piège de l’élection présidentielle

En France comme ailleurs, les artifices permettant de perpétuer cette caste au pouvoir sont finalement très simples. La principale épine dans la « démocratie » est l’élection présidentielle elle-même ainsi que ses modalités.

J’entends déjà des voix qui protestent : « Pas du tout, c’est le peuple qui décide qui il élit ». Par ailleurs, l’élection est très contrôlée, avec l’Arcom (ancien CSA) qui veille au grain et le vote aux urnes est l’un des plus fiables au monde.

Aux États-Unis, la manière d’élire le Président est particulièrement tirée par les cheveux. Mais en France, nous votons directement pour nos dirigeants, et chaque bureau de vote est dûment contrôlé par tous les partis. Pour l’instant, pas de vote par correspondance, pas de vote électronique, il semble impossible de tricher.

Pourtant, nous allons voir que le système des élections en France est loin d’être neutre, en particulier celui de l’élection du Président de la République. Il est truffé de pièges, de subtilités qui peuvent aisément être exploitées pour faire voter le peuple « comme on le leur dira », comme disait Tocqueville.

Analysons ensemble ce système pour comprendre pourquoi depuis plus d’un demi-siècle, la France part à la dérive :

  • pertes de souveraineté, tant avec l’euro que la soumission à l’UE,
  • inégalités et insécurité grandissantes,
  • système de santé et infrastructures publiques qui tombent en ruine,
  • perte de résilience et dépendance accrue à des pays étrangers,
  • libertés de plus en plus bafouées sous divers prétextes,
  • etc.

Les tours de magie

L’élection présidentielle se déroule en plusieurs temps :

  • présélection de candidats : primaires,
  • obtention de soutiens municipaux,
  • premier tour,
  • deuxième tour.

Chacune de ces étapes est parsemée d’embûches. Et celles-ci rendent le beau tableau « le peuple souverain élit son président » un peu… terne.

Présélection de candidats

La logique des partis impose que chaque camp politique choisisse un représentant et un seul, pour avoir un peu de chance de faire le poids face aux autres partis. L’idée est de choisir celui qui fait le plus consensus. Au risque de choisir le plus gros moulin à vent qui ne propose rien pour éviter de froisser quiconque.

Par ailleurs, cette présélection est totalement livrée à l’imagination des différentes forces en puissance. Dans certains partis, c’est un leader auto-proclamé. Dans d’autres partis, c’est celui qui est désigné par ses pairs comme « le meilleur ». D’autres organisent des élections internes dont les modalités peuvent parfois être douteuses.

Dans la mesure où cette étape n’est pas encadrée, il n’est pas toujours facile de comprendre pourquoi et comment tel ou tel candidat a été mis en avant plus qu’un autre.

Déjà, très tôt dans le calendrier électoral, les médias ont une influence énorme. Évidemment, quiconque est mis en avant plus que les autres dans les médias a beaucoup plus de chances de l’emporter au sein de son propre parti que les autres.

À ce moment, l’Arcom, anciennement CSA, commence tout juste à comptabiliser les temps… pour rire. Dans la mesure où il n’y a pas encore de candidats « officiels », ça compte pour du beurre. Et pourtant…

Les parrainages

Être sélectionné au sein de son propre parti ne suffit pas. En effet, dans un monde sans filtre, on pourrait parfaitement imaginer avoir 500 candidats à la présidentielle. Cela rendrait l’organisation de la campagne à l’échelle nationale un peu complexe, sans aucun doute. Pour éviter d’avoir trop de candidats, ceux-ci doivent obtenir des promesses de soutien auprès des maires de France. Cela n’a pas toujours été le cas, pour avoir l’historique, c’est ici.

Cette mesure n’est toutefois pas anodine. En effet, elle détermine réellement le choix des « représentants » pour qui les électeurs vont ensuite pouvoir voter. Quiconque n’obtient pas les parrainages nécessaires n’aura plus aucune voix dans la campagne. Pire encore, le candidat déchu risque tout simplement de perdre en crédibilité pour le reste de sa carrière.

Divers paramètres entrent en jeu ici, qui ont subi des modifications aux impacts majeurs.

Première barrière officielle

Le premier levier pour mettre les bâtons dans les roues de candidats « non voulus » par l’oligarchie est tout simplement de demander un nombre assez grand de parrainages. Seuls les candidats parvenant à récolter suffisamment de parrainages ont alors une chance d’exposer leurs idées devant les Français. Les autres, tout comme les journalistes gênants, n’ont plus qu’à parler dans leur coin. Tant que leur voix ne porte pas, ils ne représentent aucun danger.

Pour résumer, le nombre de signatures nécessaires a augmenté progressivement. De 50 en 1958, elles sont passées à 100 puis à 500 en 1976.

Pour ajouter un peu de difficulté, il faut également que les parrainages proviennent d’un nombre suffisant de départements. Ceci évidemment pour éviter qu’un candidat ratisse les petits villages de sa région et soit totalement inconnu ailleurs.

Deuxième barrière officielle

Le nombre de signatures s’est avéré être une mesure insuffisante pour contenir le nombre de candidats – y compris les plus gênants. Une nouvelle mesure a été mise en place dès 1976, avec pour prétexte « la transparence de la démocratie ». Cette mesure est déterminante malgré son air innocent : il s’agit de publier les noms des soutiens pour chaque candidat.

Effets directs…

En apparence, 500 signatures peut paraître un nombre assez faible au regard du nombre de maires en France – plusieurs dizaines de milliers. Pour un maire, donner une signature n’a aucun impact personnel tant que cette signature reste anonyme. Or, dès que les noms des soutiens deviennent publics, les élus mettent leur tête en jeu. En effet, soutenir un candidat qui n’aura aucun poids peut avoir un impact négatif non négligeable sur la future carrière politique d’un élu.

C’est en particulier le cas pour les candidats des extrêmes. Si effectivement cela augmente la transparence, l’autre effet immédiat est de permettre de clouer publiquement au piloris les élus ayant soutenu des candidats jugés « extrémistes ».

Évidemment, le but recherché, limiter les candidats, est atteint. Les candidats les plus extrêmes ont beaucoup de mal à obtenir des soutiens. Il en va de même avec des candidats « loufoques » qui n’ont aucune chance. À la rigueur, cela peut se justifier dans ces cas-là. Malheureusement, cela va plus loin. En effet, pour un maire qui a été élu le plus souvent avec le soutien d’un parti politique, il est extrêmement difficile d’apporter un soutien à une voix dissonante. Bon courage pour la suite de sa carrière !

… et Effets de bord

De mon point de vue, cette mesure a favorisé la consolidation du Front National, en éliminant mécaniquement toute tentative de concurrence. Il semblerait toutefois que cette tactique ait échoué en 2022 : Marine Le Pen a maintenant deux adversaires qui vont lui « voler » des voix : Éric Zemmour et Nicolas Dupont-Aignan. Il n’est d’ailleurs du coup pas étonnant que Florian Philippot ait fait un « flop » en terme de signatures…

De la même manière, de l’autre côté du spectre, Jean-Luc Mélenchon se retrouve avec trois épines dans le pied, même s’ils « pèsent » moins que leurs équivalents à droite : Nathalie Arthaud, Philippe Poutou et Fabien Roussel. On notera d’ailleurs que Christiane Taubira, qui aurait également pu faire de l’ombre à gauche, est loin d’avoir obtenu ses 500 signatures malgré une couverture médiatique correcte.

Le paramètre caché

Tout cela semble bien beau et logique. Pourtant, il existe un paramètre invisible qui détermine tout.

Comment un candidat se fait-il connaître ? Par les médias, évidemment. Ainsi, un candidat totalement inconnu qui se présente comme une fleur a-t-il une chance d’obtenir ces parrainages ? Étudions le nombre de parrainages en fonction du temps d’antenne dans la période de récolte des signatures :

Nombre de parrainages en fonction du temps de parole du candidat et de ses soutiens (échelles logarithmiques, temps en secondes). En-dessous de 3h d’exposition dans les médias, les candidats n’ont aucune chance d’obtenir les 500 parrainages nécessaires.
Sources : Arcom et Conseil Constitutionnel

Le constat est très clair : le nombre de parrainages est proportionnel au temps d’exposition du candidat et de ses soutiens.

Ce n’est pas une règle absolue, car on voit qu’il y a une zone d’indécision entre 10.000 secondes (environ 3 heures) et 100.000 secondes (30 heures) où certains candidats peuvent tirer leur épingle du jeu. Cela peut être dû à leur ancienneté en politique, à un programme axé sur un sujet absent chez les autres candidats, ou bien à leur réelle popularité. D’autres s’en sortent moins bien dans cette zone.

En-dessous de 3 heures, il est clairement impossible d’obtenir les 500 parrainages nécessaires. Et au-delà de 30 heures, les 500 parrainages sont garantis. Bien sûr, cela peut rester tendu pour certains candidats, en particulier aux extrêmes, à cause de la publication des parrainages.

Une mesure farfelue qui en cache une autre

Ainsi, cette histoire de signatures est totalement grotesque. Et surtout, extrêmement hypocrite. Pour être transparent, il suffirait de mettre le critère suivant : obtenir 30h d’exposition dans les médias en janvier et février. Ce serait peut-être choquant pour le public, mais cela refléterait beaucoup plus la réalité.

Du coup, le constat est un peu effrayant. Dans notre « démocratie », ne peuvent se présenter à la Présidence de la République que les candidats ayant le soutien des milliardaires qui possèdent les médias. Ceux-ci font donc une présélection, sans que jamais cette règle ne soit écrite.

Par ailleurs, une partie des médias sont possédés par l’État. On pourrait se dire que eux, au moins, donneraient une audience aux « sans voix ». Il faut pourtant se rendre à l’évidence, les médias d’état filtrent tout autant. À croire que les donneurs d’ordre sont finalement exactement de la même caste dans le public et dans le privé.

Du coup, le CSA peut s’amuser à jouer au gendarme jusqu’à l’élection présidentielle. C’est totalement inutile, dans la mesure où les seuls candidats retenus à ce stade sont déjà ceux qui ont les faveurs des médias. Il est déjà trop tard, toutes les voix dissidentes ont déjà été éliminées.

Le piège du premier tour

L’élection présidentielle se joue actuellement à deux tours. Au premier tour, chaque votant choisit un candidat et un seul. Il y a un choix assez large dans le spectre politique. Pourtant, certains candidats se ressemblent fortement.

Des galaxies…

En 2022, je crois que nous n’avons jamais eu autant de clones qui se présentent. Certains thèmes sont décidément sur-représentés par les candidats qui ont tiré leur épingle du jeu.

Les galaxies :

  • Macron et son clone féminin Pécresse dont la médiocrité criante porterait presque à sourire si elle n’était pas celle ayant bénéficié de la plus grande exposition médiatique jusqu’à présent,
  • Le Pen et son clone Zemmour, ainsi que Dupont-Aignan dans une ligne légèrement moins dure,
  • Mélenchon et les communistes à sa suite (Arthaud, Poutou, Roussel),
  • Hidalgo et son ombre Jadot sur un fond de toile vert et bordeaux,
  • le seul rescapé de la purge médiatique, Lassalle…

Au passage, les médias continuent impunément leur sélection arbitraire, en n’invitant pas par exemple Jean Lassalle dans la plupart des émissions. « Ah, mais de toute façon c’est un clown qui fera à peine 1 % ». Petite question : est-ce qu’il fait 1 % parce qu’il n’est pas présenté dans les médias, ou bien est-ce qu’il n’est pas présenté dans les médias parce qu’il est annoncé dans les sondages à 1 % ? Une histoire de poule et d’œuf…

… et du vide

À l’inverse, certains pans majeurs des préoccupations des Français ne sont pas du tout représentés.

Les sujets favoris des Français…

Une étude de France Bleu s’est intéressée aux propositions citoyennes des Français et en a tiré les principales préoccupations. En toute première position vient la « démocratie », ce qui inclut la transparence de la vie publique, mais aussi la relocalisation de nos industries et la souveraineté de la France.

Source : étude de France Bleu
… sont écartées

Or, la plupart de ces préoccupations sont maintenant absentes des propositions des candidats qui ont été présélectionnés par les médias.

Le vide :

  • les questions de transparence des élus, restaurer la confiance dans la politique, tout cela est totalement absent des débats, même Macron, qui avait hypocritement axé sa campagne de 2017 sur le sujet, n’en parle plus,
  • le RIC, avec Clara Egger largement sous-exposée dans les médias, alors que le RIC est plébiscité par une très large majorité de Français, souvent à plus de 70 %, cela été montré par tous les sondages sur le sujet… et la seule candidate portant le projet a bénéficié de 20 minutes d’antenne en tout et pour tout en janvier et février, évidemment très loin des 3 heures fatidiques…
  • la santé, le système de soins et les infrastructures publiques sont totalement absents des débats,
  • l’écologie, dont on ne peut pas vraiment dire qu’elle soit représentée par des candidats pastiches comme Hidalgo ou Jadot… l’écologie devrait d’ailleurs être au cœur des programmes de tous les candidats, mais c’est une autre affaire,
  • la souveraineté nationale avec Asselineau, le seul à avoir une ligne claire sur la sortie de l’UE et de l’OTAN, accompagné d’analyses géopolitiques très justes… Lassalle ne fait clairement pas le poids dans le domaine, Dupont-Aignan en parle mais n’est pas aussi précis – on peut douter qu’il sortirait réellement de l’UE – et il n’est de toute façon jamais présent dans les médias,
  • les gilets jaunes, qui avaient pourtant plusieurs candidats et qui représentent une portion importante de la population,
  • les restrictions de libertés ont fait couler beaucoup d’encre lors de la crise de la covid, mais on n’en entend plus beaucoup parler à moins de 2 mois de l’élection…
L’omerta

Évidemment, d’autres sujets capitaux dont peu de gens se soucient et qui n’apparaissent jamais dans les médias font l’objet d’une censure absolue.

Par exemple, le silence est assourdissant sur les réseaux pédocriminels, qui impliquent très vraisemblablement de hauts responsables politiques. Et ce, malgré de nombreuses tentatives de Karl Zéro pour remettre le sujet sur la table. Comme pour les autres, il suffit qu’il ne passe pas dans les grands médias pour le faire taire. Aucunement besoin de poison…

Évidemment, personne ne parle jamais de création monétaire. C’est pourtant le sujet le plus essentiel. En effet, c’est elle qui permet de financer les projets présentés par les candidats. Un projet sans réfléchir à son financement est par avance mort-né. Pourtant, absolument personne ne remet en cause la création monétaire par les banques privées. Ainsi, tout le monde est de facto d’accord pour que ce soit les banques qui décident des projets qui verront réellement le jour. Et ce, quel que soit le candidat qui gagnera l’élection.

Les sujets phares

Les médias ne se contentent pas de mettre en avant des candidats. Ils ont également une influence déterminante dans le façonnement de l’opinion publique en général. En mettant en avant certains sujets plutôt que d’autres, ils tournent les têtes vers tel ou tel sujet. Et bien sûr, ils vont tourner les têtes vers les sujets qui les arrangent.

En période électorale, c’est d’autant plus crucial que chaque candidat a un certain nombre de sujets de prédilection. Ainsi, multiplier les reportages sur l’insécurité, par exemple, fait mécaniquement le jeu de l’extrême droite, sans jamais mentionner leurs candidats. Cela n’est évidemment pas pris en compte par l’Arcom (ex-CSA).

Parler d’un sujet n’est d’ailleurs pas suffisant. La manière dont le sujet est traité est également primordiale. Par exemple, cet article de l’Express – propriété de Patrick Drahi… – sur le RIC qui traite le sujet de manière plutôt… orientée. C’est le moins qu’on puisse dire. Évidemment, nos chers milliardaires seraient un peu embarrassés si le peuple pouvait obtenir un peu plus de pouvoir.

Non, les médias ne doivent surtout pas parler des sujets qui rassemblent. Au contraire, ils doivent absolument diviser, se faire caisses de résonances des fractures sociales, monter les gens les uns contre les autres. C’est là tout le pouvoir de l’élection de « partis ».

Préparer l’opinion

Les prophéties

Les gens de pouvoir aiment les prophéties. En 2014, Jacques Attali indiquait nonchalamment que Macron, « un garçon très brillant », était un bon élève « présidentiable ». Ce à quoi il a rajouté en riant : « J’irais même plus loin. Je crois que je connais celle qui viendra après lui ».

Or, il se trouve que Valérie Pécresse est passée comme Macron par le cursus des « Young Leaders », ces « talents présidentiables » recrutés par les élites. Et elle est celle qui a effectivement la plus grande exposition médiatique depuis janvier lorsqu’on compte également ses soutiens… On voit une sorte de trame bien ficelée se dérouler sous nos yeux.

Les sondages

Les sondages d’opinion, pour l’essentiel eux-aussi financés par exactement les mêmes qui possèdent les médias, sont un autre instrument, une autre maille du filet présidentiel. En effet, s’ils sont censés recueillir l’opinion du moment, ils forgent également l’opinion future. Ils sont consultés par une large portion de la population, et permettent aux hésitants de faire un choix final. Or, dans la présidentielle, il suffit de quelques petits pourcents, quelques centaines de milliers de votes, pour tout faire basculer.

Bien sûr, lorsqu’Attali lâche une bombe en direct en indiquant les futurs présidents, il fait une prophétie. Mais les sondages, en manipulant l’opinion, vont plus loin puisqu’ils influencent à grande échelle le cours de l’histoire. Ils font des prophéties auto-réalisatrices.

Le « vote utile »

Les sondages sont particulièrement influents lors du premier tour de l’élection présidentielle. En effet, chaque votant ne peut choisir qu’un seul candidat. Peu importe ses préférences pour les autres candidats, il n’a droit qu’à un seul. Ainsi, un votant « de droite » a le choix entre Macron et Pécresse. Am-stram-gram. De même, le votant « de gauche » a un peu l’embarras du choix cette année.

Bien évidemment, les inconditionnels de tel ou tel candidat ne vont probablement pas changer d’avis à cause d’un sondage. Seuls les indécis sont malléables. Mais dans le cas d’un duel équilibré, ce sont bien ces derniers qui ont le dernier mot.

Au premier tour, les électeurs sont priés de ne pas « gaspiller » leur vote pour un candidat « qui n’a aucune chance ». Ainsi, plutôt que de voter en fonction de leurs opinions, ils vont voter pour un candidat « qui leur déplaît le moins » parce qu’il a plus de chances de l’emporter… selon les sondages. Curieuse manière de choisir un président !

Le piège du deuxième tour

Une fois le premier tour terminé, il ne reste que deux candidats en lice. Inutile de dire que, pour la majorité des Français, il s’agira d’une déception. En effet, ces deux candidats réunissent généralement à eux deux environ 40 % des suffrages au premier tour, même pas la majorité. 60 % des Français sont des laissés-pour-compte.

La confusion

Cette fois, ce système provoque une confusion tant au sein des partis qui n’ont pas gagné que dans la tête des électeurs. Eh oui, les chefs des différents partis perdants donnent alors des « conseils de vote » à leurs troupes. Généralement, ils se prennent des volées de bois vert quel que soit leur choix. Au pire, ils courent à droite et à gauche, faisant des alliances sans queue ni tête, avec l’espoir de se faire des amis dans le camp gagnant pour les 5 années à venir. Et ils n’ont qu’une seule semaine pour sceller ces alliances, autant dire qu’on assiste à un bal des plus comiques.

Certains se compromettent pour longtemps en faisant alliance avec des candidats sans en mesurer les conséquences. Nicolas Dupont-Aignan s’est ainsi « grillé », pour ainsi dire, en négociant un futur poste de ministre avec Marine Le Pen lors des élections de 2017. Beaucoup l’ont abandonné alors – et s’en rappellent encore aujourd’hui.

Pour les électeurs, la situation n’est pas bien meilleure. Malgré tout, généralement il y a un candidat « de droite » et un « de gauche », et la France coupée en deux se rabat vers celui vers lequel elle penche le plus. Mais toujours en faisant des compromis scabreux, pour ne pas dire des compromissions. Dans tous les cas, beaucoup vont au bureau de vote à reculons.

Voter « contre »

Et puis, il y a les cas un peu particuliers comme en 2017, avec Emmanuel Macron d’un côté et Marine Le Pen de l’autre. Exactement la même situation qu’en 2002 avec le duel Chirac – Le Pen. Tout le monde crie alors au « barrage contre le fascisme ». Il semblerait en l’occurrence qu’en 2017, il n’y avait pas tant de différences que ça entre les deux candidats.

Pour rappel, Macron a quelques casseroles avec des remarques racistes que même la « fasciste » de service n’aurait probablement pas osé proférer en public. Par ailleurs, il ne s’est pas privé de jouer à l’autocrate en matant toute révolte plutôt que de négocier avec le peuple. Non, je n’appelle pas à voter Marine ! Je fais simplement un constat des faits. Un fascisme peut en cacher un autre.

Dans tous les cas, cette situation amène une grande majorité à « voter contre » le candidat « à bloquer », plutôt que « pour » la personne qui va prendre toutes les décisions à votre place pour votre pays pendant les cinq prochaines années. Alors, un communiste va préférer voter à droite que de laisser passer le fascisme. Bravo la démocratie ! De qui se moque-t-on ?

Il serait amusant d’assister à un duel Le Pen – Zemmour au deuxième tour cette année, cela pourrait être sacrément comique ! Le pire étant que c’est parfaitement possible statistiquement.

Les contrôles des votes

Dans beaucoup de pays, on peut douter de l’exactitude des résultats. En effet, il est possible de tricher sur le nombre de votes pour tel ou tel candidat à beaucoup de niveaux.

Le bureau de vote

En France, la partie la plus proche des citoyens, le bureau de vote, est très contrôlé. En particulier, ceux qui dépouillent sont de partis différents et se surveillent mutuellement. C’est une fierté française, car cela limite l’un des modes de fraude électorale les plus simples : le « bourrage » d’urnes. En effet, lorsque de multiples yeux sont braqués en permanence vers l’urne et les petites enveloppes, difficile d’en substituer une large portion par de faux votes.

Un autre élément essentiel est l’isoloir, qui permet d’enlever toute pression des pairs au moment du vote.

En France, on estime généralement qu’il est difficile de tricher, tout simplement parce que la partie la plus visible, le bureau de vote, est jugé « très sûr ». Mais on oublie trop souvent que le bureau de vote n’est qu’un petit maillon de la chaîne électorale.

Préparer l’opinion

Or, la fraude ne commence pas du tout avec le vote lui-même. Elle peut être préparée par de multiples moyens bien avant.

On a déjà vu que la propagande médiatique et les sondages sont des instruments essentiels de fraude forge de l’opinion. Avec les nouvelles technologies, d’autres outils émergent pour manipuler encore davantage le public.

Des entreprises comme Facebook ou Google ont un poids grandissant dans la fabrique des avis populaires. Un lanceur d’alertes a par exemple prévenu que Google changeait les résultats de recherche pour manipuler l’élection aux États-Unis. De la même manière, Facebook peut parfaitement favoriser certains contenus pour soutenir tel ou tel candidat.

D’autre part, les réseaux sociaux sont devenus un outil formidable pour récolter des informations sur les électeurs. Facebook affirme qu’il suffit à un utilisateur de laisser plus de 70 « likes » pour le connaître mieux que ses amis. Avec 300 « likes » ou plus, Facebook le connaît encore mieux que son conjoint, voire mieux qu’il ne se connaît lui-même !

On sait alors quels quartiers d’une ville seront plus susceptibles de changer d’opinion lors d’une campagne de porte-à-porte, ou encore d’appels téléphoniques. Emmanuel Macron a fait appel pour sa campagne de 2017 à un cabinet spécialisé dans le domaine : SelfContact.

Faux électeurs, procurations…

En plus des techniques de manipulation de l’opinion, la triche reste parfaitement possible, en particulier en amont de la chaîne. Cela peut se faire en ajoutant de faux électeurs à la liste électorale comme les morts ou même des personnes imaginaires, utiliser des procurations pour faire voter des non votants, etc. On peut même acheter des votes auprès de populations peu regardantes sur l’éthique et en manque de monnaie…

En 2017, beaucoup d’électeurs se sont vus radiés des listes sans aucune notification préalable. On parle là de dizaines de milliers d’électeurs. Des mauvaises langues murmurent qu’il s’agissait d’une purge pour diminuer les chiffres de l’abstention. Par ailleurs, certains électeurs ont parfois la possibilité de voter deux fois… on parle d’environ 500.000 doublons en 2017.

Les référendums

Le référendum, où il ne s’agit pas de voter pour une personne, mais pour un sujet, est un peu à part. En effet, la question posée lors d’un référendum est particulièrement importante car elle peut induire psychologiquement les indécis à pencher d’un côté ou de l’autre de la balance.

Un contre-exemple flagrant est le vote de ralliement de l’Autriche au Troisième Reich en 1938 :

Alors, 𝕵𝖆 ou 𝔑𝔢𝔦𝔫 – avec le pistolet sur la tempe -, mon cœur balance. Sans surprise, le résultat a été 99 % de « oui ».

Mais il y a plus subtil. Par exemple, lors du référendum sur le Brexit au Royaume Uni, une commission a écrit un document de 53 pages pour expliquer qu’il fallait changer la question envisagée. La question d’origine était :

Le Royaume Uni doit-il rester membre de l’Union Européenne ?

Après modification, la question a été changée en :

Le Royaume Uni doit-il rester membre de l’Union Européenne, ou bien quitter l’Union Européenne ?

Au passage, même la deuxième formulation n’est pas totalement neutre à cause du placement des deux possibilités. Qui sait, lorsque le score est extrêmement serré dans l’opinion entre les deux options, l’ordre peut avoir un effet décisif.

On pourrait parfaitement imaginer imprimer la moitié des bulletins avec une formulation et l’autre avec la formulation inversée… mais cela poserait des problèmes d’erreurs au dépouillement.

Les médias et les questions

Pourquoi mentionner les questions lors des référendums alors que cet article parle de l’élection présidentielle ? Tout simplement parce que, lors de leurs passages dans les médias, les candidats sont soumis à des questions de la part des animateurs et journalistes.

Évidemment, certaines techniques simples peuvent décrédibiliser un candidat. Par exemple, lui poser des questions totalement à côté de ses sujets favoris ou du fer de lance de sa campagne. Orienter les questions de manière à ce que ses réponses attendues paraissent loufoque. Ne pas lui laisser le temps d’expliquer pourquoi ses réponses diffèrent de ce que l’on attendait. Tout l’arsenal de manipulation est à disposition. À lire impérativement sur le sujet « L’art d’avoir toujours raison » de Schopenhauer.

L’après…

Autant le bureau de vote en France est extrêmement contrôlé, autant la suite de la chaîne est assez opaque. Il n’y a en tout cas quasiment jamais de communication dessus. C’est « de la technique », qu’on laisse aux experts. Tout cela est ensuite publié en accès libre sur le portail gouvernemental

Chacun est invité par exemple à vérifier que les résultats présentés en préfecture, qui sont des agrégés des résultats des différents bureaux de votes, correspondent bien à ce qui est attendu. Mais qui le fait vraiment ? Des anomalies sont souvent relevées par des voix, mais ces voix ne portent jamais. Là encore, pas besoin d’une balle dans la tête.

Les moyens alternatifs

Les choses se compliquent encore davantage lorsqu’on autorise le vote à distance par courrier. Hors des clous des bureaux de vote hyper contrôlés, la fraude peut exploser tranquillement.

Quant au vote électronique, à moins d’avoir un système dont le code source est publié et vérifiable, il y a toujours des tas de moyens de tricher. Les États-Unis sont devenus assez connus pour le flou entourant le vote électronique, avec des soupçons de fraude massive quasiment à chaque élection.

Conclusion sur le système actuel

Ce sont les médias qui sélectionnent les candidats finalistes lors de la campagne. En fonction de leur popularité auprès des différents médias, chaque candidat est également passé par un filtre plus ou moins positif et avec une exposition différente. Nos « élus » sont donc choisis, sélectionnés, filtrés, et finalement élus, par 10 milliardaires.

Les instances censées veiller à l’égalité des temps de parole dans les médias, les seules à pouvoir éventuellement rétablir l’équilibre, ne sont que des coquilles vides. Plus exactement, elles sont des hochets que les « démocrates » peuvent brandir à tout moment pour indiquer que tout va pour le mieux.

Clara Egger représente un projet plébiscité par plus de 70 % des Français, le Référendum d’Initiative Citoyenne. On peut difficilement en dire autant de toutes les autres mesures portées par les candidats en lice. Mais le RIC signifierait une perte énorme de pouvoir pour les oligarques français. Il serait totalement inadmissible pour ces derniers que le RIC entre dans les débats lors de la campagne présidentielle. Ainsi, il est très facile pour eux d’éliminer de telles voix dangereuses dès le départ.

Mais cela ne s’arrête pas là. Une fois élu, le peuple n’a absolument aucun moyen de lutter contre les décisions prises par cette personne qui ne représente qu’une petite fraction de la population.

Le peuple n’a aucun pouvoir

Rectifions. Les élus « représentent » le peuple sur le papier, mais dans la réalité, le Président prend des décisions qui l’arrangent… ou qui arrangent ses amis. Il prend toute action qui bénéficie au cercle de ceux qui l’ont élu. Car il sait parfaitement que ce n’est pas le peuple qui l’a choisi. Ce sont les médias. Et il sait qu’il en sera de même aux prochaines élections.

Emmanuel Macron, avec moins de 30 % d’approbation dans la population au cœur de son mandat, de l’aveu même des sondages payés par ses propres amis, ose même se représenter à l’élection, avec une exposition médiatique conséquente. Où est la représentativité ? En réalité il a été élu au premier tour en 2017 avec 28 % des voix. Et forcément pas beaucoup plus au deuxième tour en réalité. Non seulement il n’est pas représentatif des Français, mais il ne représente même pas un tiers d’entre eux.

Le peuple n’a qu’à se taire. Ah, évidemment, il peut parler. Le bla-bla n’est jamais vraiment dangereux s’il n’est pas accompagné d’actes concrets. Et si les plus exaspérés daignent montrer un peu les crocs, les milices armées du Gouvernement leur règlent violemment leur compte. Comme disait Guillemin : « Silence aux pauvres ! À la niche, une bonne fois, les gens de rien !»

Les alternatives

Critiquer sans proposer de solution est rarement constructif.

La critique est toutefois nécessaire pour que nous ayons conscience de la réalité. Pourquoi donc chercher des alternatives à ce qui serait déjà parfait ? Comprendre les limites et les failles de l’existant est d’autant plus important que cela évite de reproduire nos erreurs.

Dans le cas particulier de l’élection présidentielle, il y a tellement de facteurs à revoir que la tâche semble bien ardue. Voyons quelques améliorations que l’on pourrait envisager. Il y en a d’autres, mais j’ai retenu ici les principales, par ordre croissant d’impact.

Prendre en compte les votes blancs

Avec le système actuel, les votes blancs, ainsi que l’abstention, ne comptent pas pour obtenir la « majorité absolue ». Ainsi, en théorie, si seulement un seul Français se rendait aux urnes le jour de l’élection et votait pour le candidat X, le soir même tous les médias reprendraient en chœur que le candidat X a été élu avec 100 % des voix. C’est totalement absurde !

L’abstention est comptabilisée, mais est totalement ignorée ensuite par les médias lors de l’annonce des résultats. Dans tous les cas, elle ne change strictement rien concrètement. Il en va de même aujourd’hui pour les votes blanc. Ils sont comptabilisés, mais ils n’interviennent pas pour calculer la majorité.

Il faudrait impérativement, en considérant que l’on garde le système actuel, avoir un quorum sur l’élection, en prenant en compte les votes blancs. Et de mon point de vue, l’abstention également. Dans le cas où la majorité absolue ne serait pas atteinte, il faudrait refaire une élection complète en repartant à zéro. Et évidemment, aucun candidat s’étant présenté au premier passage n’aurait le droit de se représenter. Eh oui, tous ces candidats ont en réalité été rejetés par les électeurs, qui n’ont pas voulu d’eux. Cela changerait totalement la donne. Il faudrait d’ailleurs faire de même lors des autres élections.

Un changement mineur…

Prendre en compte les votes blancs avec un quorum serait totalement insuffisant pour rendre réellement le pouvoir au peuple. Malgré tout, un changement en apparence aussi mineur aurait un impact significatif sur tout le processus de l’élection. En effet, imaginons un instant qu’en 2017 il ait été appliqué.

Voici le résultat du vote au deuxième tour tel qu’il nous a été présenté dans tous les médias :

Résultat du 2ème tour de l’élection présidentielle de 2017, sans tenir compte de l’abstention ni des votes blancs et nuls.
… aux conséquences majeures

Mais le tableau est totalement différent lorsqu’on considère l’abstention ainsi que les votes blancs et nuls :

Résultat du deuxième tour de l’élection présidentielle de 2017 en prenant en compte l’abstention ainsi que les bulletins blancs et nuls.

En réalité, Emmanuel Macron n’a pas du tout obtenu la majorité des votes de l’ensemble du corps électoral. Bien sûr, on peut arguer que les abstentionnistes n’avaient qu’à aller voter. Imaginons un instant que le vote blanc soit en réalité comptabilisé dans les résultats finaux. Imaginons également que les abstentionnistes aient tous voté blanc, ce qui ne serait pas si farfelu. L’élection aurait été invalidée car aucun des deux candidats n’auraient atteint les 50 % nécessaires.

Poussons le raisonnement plus loin. En effet, la grande majorité de ceux qui ont voté pour Emmanuel Macron n’ont en réalité pas voté « pour » lui, mais « contre » Marine Le Pen. Mais si les votes blancs comptaient réellement, la logique de ces électeurs auraient été différente. Plutôt que de voter « contre », ils auraient voté blanc, s’assurant de toute façon que Marine Le Pen n’aurait pas obtenu non plus les 50 % nécessaires.

Ce simple changement aurait pu invalider l’élection. Et s’il avait fallu tout recommencer, cette fois avec des candidats différents ?

Appliquer la parité des temps de parole

Il ne s’agit pas ici de présenter une idée totalement folle, une nouveauté disruptive, une mesure scandaleuse. Mais seulement de respecter réellement ce qui nous est présenté comme ce qui existe déjà.

Bien évidemment, les temps de parole devraient être respectés à stricte égalité de temps. La règle actuelle qui est censée se baser sur le « poids » d’un candidat est biaisée et inapplicable, surtout pour les candidats qui n’ont jamais été présents. Non, il faut laisser la parole à chacun, à égalité. Les gens, et les maires en tout premier lieu, se rendront vite compte des candidats loufoques.

Il y a fort à gager que si Clara Egger avait eu le même temps de parole qu’Éric Zemmour, elle avait toutes ses chances d’obtenir ses parrainages. Les maires ont tout à gagner avec le RIC, car les citoyens sont généralement plus proches de leur maire que du Président de la République. Ils exigeraient plus de pouvoir pour les maires, se battraient pour les zones rurales oubliées, demanderaient des lois et des mesures pour relocaliser et redonner des moyens aux communes. Il me semble qu’il s’agit là d’évidences.

Changer le mode de scrutin

Une autre mesure simple pourrait être mise en place, qui permettrait d’être beaucoup plus « juste » : se débarrasser du système de majorité absolue à deux tours. En effet, le système à deux tours provoque comme on l’a vu des attitudes totalement contre-productives, tant au niveau des électeurs que des partis : vote utile, alliances contre nature, vote de barrage, etc.

Il existe une alternative simple, qui respecte les choix de chacun : le jugement majoritaire. Pour comprendre de quoi il s’agit, cette vidéo l’explique en 3 minutes :

Pour ceux qui veulent aller plus loin, je ne peux que conseiller cette vidéo :

Ce serait un changement assez simple à mettre en œuvre, finalement. Par ailleurs, il n’y aurait pas deux tours à faire ce qui simplifierait les choses pour tout le monde.

Il y a également d’autres systèmes, comme le scrutin de Condorcet randomisé. Le jugement majoritaire a l’avantage d’être extrêmement simple à comprendre, et résout déjà les principaux problèmes du système actuel. Alors, qu’est-ce qu’on attend ?

Le RIC

Le RIC permet d’introduire le ver dans la pomme, sans pour autant changer toute la pomme. Avec un RIC en toutes matières, il devient possible de :

  • proposer des nouvelles lois en faveur de la population et plus seulement des élites,
  • supprimer ou modifier des lois qui vont à l’encontre des intérêts du peuple,
  • modifier la Constitution pour rendre petit-à-petit, article après article, le pouvoir au peuple dans tous les pans de l’exercice du pouvoir,
  • révoquer un élu qui aurait trahi le peuple,
  • contrôler les médias et l’information en général, au lieu de laisser une poignée d’oligarques nous dicter leurs volontés,
  • etc.

À terme, le RIC permettrait de totalement réformer les institutions, car il serait facile pour le peuple de faire voter des lois ou des changements dans la Constitution qui éroderait progressivement le pouvoir tout-puissant des élus. Supprimer les pantouflages. Enfin lutter contre l’évasion fiscale. Relocaliser nos industries. Et surtout, augmenter le contrôle citoyen contre la corruption et les abus des élus.

Conclusion

Loin d’être une démocratie, la France est une oligarchie.

L’élection présidentielle est tout sauf démocratique. Elle est manipulable à souhait par les puissants. Dans les faits, ce sont les quelques oligarques possédant les médias qui élisent le nouveau président, trié sur le volet parmi un panel de « présidentiables acceptables ». De fait, le nouvel élu n’a aucune marge de manœuvre : il doit suivre les lignes directrices de ses bienfaiteurs.

Pire encore, une fois élu, le Président a les pleins pouvoirs pendant 5 ans. Quelles que soient ses décisions, le peuple est totalement impuissant. Au cas où il se soulèverait, la seule réponse est la répression violente.

Il existe pourtant des solutions simples pour rendre tout cela un peu plus « démocratique ». Si le peuple avait ne serait-ce même qu’un tout petit peu de pouvoir, le RIC, plébiscité par une très large majorité de Français, aurait été mis en place il y a belle lurette. Preuve s’il en fallait encore une que nous ne sommes pas du tout en démocratie.

Post-scriptum

Ce texte clairement à charge contre l’élection présidentielle n’est pas une invitation à l’abstention ou au vote blanc. Je ne fais que présenter l’état des choses. À chacun ensuite de décider pour lui-même les conclusions qu’il doit en tirer.

Comprendre le conflit en Ukraine

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Introduction

Les infos se déchaînent sur l’Ukraine. Ce qui se passe est très caractéristique du monde d’aujourd’hui : cela divise les gens. D’un côté, on clame que Poutine est le nouveau Staline opprimant les Ukrainiens. De l’autre, on raconte que Poutine nous sauve des néo-nazis ukrainiens.

Mais dans le fond, il ne s’agit en fait que d’une ènième guerre par procuration entre la Russie et les États-Unis d’Amérique.

La Russie ? Évidemment, elle est limitrophe de l’Ukraine. Mais les Américains ? Vraiment ? Qu’est-ce qu’ils feraient donc si loin de leur patrie ?

La géopolitique, la guerre et la manipulation

La géopolitique est toujours complexe. La guerre, en revanche, rend tout noir et blanc. Les médias se transforment immédiatement en outils de propagande. Ils « informent » le public pour pointer du doigt les méchants (eux) et les gentils (nous).

Bien sûr, la pièce de monnaie a toujours deux faces. Les « gentils » d’un côté sont les méchants de l’autre, et vice-versa.

Et pourtant, ce n’est jamais ni noir ni blanc.

La Première Guerre Mondiale a démarré soit-disant par l’assassinat de l’archiduc d’Autriche. Mais dès qu’on s’intéresse d’un peu plus près aux circonstances qui ont mené à la guerre, on se rend tout de suite compte que c’était beaucoup plus complexe que cela. La situation était déjà explosive, et cet événement n’a été qu’une petite étincelle qui a tout embrasé.

On peut en dire autant de la Deuxième Guerre Mondiale. Pour la comprendre, il faut se renseigner sur le contexte. Y compris les conséquences des traités de paix signés à la fin de la première, la crise économique des années 1930, les tensions existantes entre les différents peuples d’Europe, l’inaction de la France et de la Grande-Bretagne avant qu’il ne soit trop tard, et bien d’autres facteurs.

La guerre en Syrie est un autre exemple de complexité géopolitique. Le pétrole. Les intérêts économiques divers. Des cultures et religions différentes qui cohabitent. Des relations préexistantes entre les différents pays de la région, mais aussi à l’international, comme celles entre la Syrie et la Russie.

Ce n’est pas différent pour la crise ukrainienne.

Les ressources de l’Ukraine

L’Ukraine est un très grand pays en superficie. C’est également un partenaire économique extrêmement important pour quiconque arrive à négocier des partenariats. Elle est très riche en ressources naturelles, et a les industries qui permettent de transformer ces matières premières en produits finis. Cerise sur le gâteau, elle bénéficie d’un climat très propice et beaucoup d’eau, qui devient une ressource de plus en plus précieuse.

Par ailleurs, sa situation géographique en fait un passage obligé pour du transit économique, en particulier le gaz russe en direction de l’Europe.

Gazoducs russes amenant le gaz en Europe par l’Ukraine

C’est un tampon entre l’Europe et la Russie. Avec la crise énergétique en Europe, son importance est de plus en plus cruciale pour l’Europe.

L’Ukraine est riche en eau. Sais-tu, lecteur, que l’Ukraine a coupé la source principale d’eau potable de la Crimée lorsque celle-ci a déclaré son indépendance en 2014 ? Le barrage mis en place par les Ukrainiens a été l’une des toutes premières cibles lors de l’invasion russe pour rétablir l’eau en Crimée.

À cause de tous ces éléments, il est évident que l’Ukraine est un pays d’une importance capitale stratégiquement. Quiconque la contrôle ou s’en fait une alliée gagne considérablement en pouvoir. Mais pour comprendre ce qui se passe avec son invasion par la Russie, il est nécessaire de connaître aussi l’histoire de ces deux pays.

L’URSS, la Russie et l’OTAN

L’OTAN (Organisation Transatlantique de l’Atlantique Nord, NATO en anglais) ne s’est pas créée d’un coup. Il y a d’abord, au sortir de la Deuxième Guerre Mondiale une série de traités entre pays européens. Les deux craintes majeures étaient un réveil de l’Allemagne nazie, d’une part, et une attaque de la part du bloc communiste, d’autre part. Finalement, les États-Unis entrent dans la danse et vont forger la direction principale suivie par l’OTAN : créer une union pour contrer le Pacte de Varsovie.

En effet, dans le camp communiste, l’URSS et les pays du bloc de l’est sont liés par ce pacte d’assistance militaire mutuelle. Voici à quoi ressemblaient les deux blocs en 1990, juste avant la dissolution de l’URSS :

Lors de l’effondrement de l’URSS en 1991, les anciens pays du bloc de l’est obtiennent enfin leur indépendance. Des pays qui existaient avant l’URSS, comme l’Ukraine, la Biélorussie et les trois pays baltes, renaissent de leurs cendres. Pour acter la défaite du communisme, la Russie perd des portions de territoire énormes. Et ce tant à l’ouest du côté européen qu’en Asie où le territoire immense du Kazakhstan ainsi que d’autres républiques sont maintenant indépendants.

Découpage de l’URSS après sa chute

Je pense que le découpage de l’époque est à la source de la crise que nous vivons aujourd’hui. Nous y reviendrons.

Les années 1990

Les années 1990 sont des années très sombres pour la Russie. La corruption est rampante et ronge le pays. La privatisation de l’ensemble du territoire est un terrain de jeu pour les oligarques qui achètent des villes entières, et se disputent des quartiers à coups de tanks.

Dans le même temps, la situation de la population est extrêmement précaire. L’inflation tue le pouvoir d’achat, les gens n’ont même pas de quoi se nourrir. Et, par-dessus tout, le président Eltsine, poivrot invétéré, est la risée du monde entier.

Eltsine ivre, tentant de délivrer un discours, déclenchant l’hilarité de Bill Clinton.

C’était également des temps difficiles pour tous les pays et nouvelles républiques qui venaient de gagner leur indépendance. Elles étaient souvent dans des états économiques catastrophiques. Sur le long terme, certaines d’entre-elles ont fini par s’en sortir très convenablement. D’autres sont encore rongées par la corruption. C’est même le cas pour des pays qui ont réussi à entrer dans l’Union Européenne comme la Bulgarie et la Roumanie. Mais c’est aussi le cas pour l’Ukraine.

Les difficultés des années 1990 culminent avec les deux guerres de Tchétchénie. La première, de 1994 à 1996 est une défaite cuisante qui ne résout absolument rien. Ce n’est finalement qu’en 2002, après la prise d’otages du théâtre à Moscou que la crise tchétchène prend un tournant décisif.

Renouveau dans les années 2000

Poutine résout le problème tchétchène, qui était secrètement soutenu par les Occidentaux, par une guerre sanglante. C’est un message très clair à ses « partenaires » occidentaux, comme il aime les appeler : « Ne jouez pas avec le feu avec moi ». C’est également un message très fort aux Russes : « Je ne suis pas Eltsine, je vous protégerai ainsi que votre honneur ».

Malgré tout, pendant ce temps, l’OTAN s’étend progressivement à l’est, en incorporant la Pologne, la Hongrie et la Tchéquie. On peut d’ailleurs se dire que, l’ours russe étant de toute façon en pleine décomposition et plus du tout une menace, l’OTAN ne servait en réalité plus à rien.

Poutine a commencé à remettre un peu d’ordre en Russie en arrêtant des oligarques, et à restaurer l’économie. Dans les faits, le rouble, qui plongeait comme dans un pays sous-développé, s’est stabilisé. La famine a quasiment disparu. Les infrastructures en ruine ont été reconstruites. Oh, tout n’était pas parfait, c’est certain. Mais il y a eu des progrès réels. On peut dire qu’il a ressuscité l’ours de ses cendres.

Pourtant, internationalement, c’en était fini de la Russie. Poutine était écarté, ridiculisé, ignoré, comme si la Russie était devenue un pays du Tiers Monde insignifiant. Il a tendu la main à de nombreuses reprises à l’ouest, sans succès. Beaucoup d’analystes internationaux, y compris américains, s’accordent à dire que cette humiliation constante a construit le Poutine d’aujourd’hui.

En 2007, il prononce un discours devenu célèbre aujourd’hui à Munich. Il y prévient les Occidentaux des dangers d’un monde unipolaire, où un seul pays, les États-Unis, tentent d’imposer leur marque partout.

L’expansion de l’OTAN

Pendant ce temps, l’OTAN continue de s’agrandir. Et ce, au mépris total des promesses faites par les États-Unis aux Russes en 1991. En effet, le Pacte de Varsovie n’a été dissout qu’après avoir eu des assurances que l’OTAN ne s’étendrait pas à l’est. Malheureusement, ces promesses n’étaient pas écrites, mais on en a encore des traces.

En 2004, l’OTAN se retrouve directement à la frontière avec la Russie, en intégrant les trois pays baltes. Cela déclenche l’ire des Russes. La Bulgarie, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie intègrent également l’OTAN la même année. La Roumanie autorise même les États-Unis à stationner des missiles nucléaires sur son sol.

En 2008, l’OTAN invite officiellement la Moldavie et l’Ukraine à rentrer dans l’OTAN, mais ce n’est encore qu’au stade de négociations. Poutine crie qu’il s’agit d’une ligne rouge à ne pas franchir, personne ne l’écoute.

Bon, après tout, l’Ukraine est un pays souverain, elle fait bien ce qu’elle veut ! Non ? Pourtant, il serait bien naïf de s’en tenir à la théorie sans regarder la réalité en face.

Il suffit de se rappeler ce qui s’est passé lorsque l’URSS a tenté d’installer des missiles sur le sol cubain. Nous étions au bord de la troisième guerre mondiale. Si les Russes n’avaient pas cédé, la première étape aurait été de raser Cuba, puis potentiellement de basculer dans un conflit ouvert entre les deux blocs. Ce qui se passe aujourd’hui en Ukraine est exactement la même chose, les rôles sont simplement inversés.

Malgré tout, l’OTAN continue de s’étendre, pays par pays, ignorant ostensiblement l’ours qui gronde : l’Albanie et la Croatie en 2009, le Monténégro en 2017, la Macédoine du Nord en 2020.

Géorgie – 2008

Les Occidentaux continuent leur politique de déstabilisation de l’ancien bloc de l’est. C’est une tentative évidente des USA d’obtenir un contrôle total tout autour de la Russie, afin de la neutraliser pour de bon. La géopolitique est une histoire d’influence. Plus une nation unique en a d’autres à ses pieds, plus nous avançons vers un monde unipolaire. Et plus l’OTAN et les États-Unis ajoutent des missiles autour de la Russie, plus nous nous rapprochons d’une troisième guerre mondiale. Est-ce que la Russie ou même la Chine installent des missiles tout autour des États-Unis ? Pas à ma connaissance.

Mais revenons à la Géorgie. Tout ne s’est pas vraiment passé comme prévu. En voyant que le Gouvernement était de plus en plus phagocyté par l’Occident, les Russes ont commencé par soutenir des rebelles au nord de la Géorgie. En août 2008, les Géorgiens attaquent un bataillon russe qui aidait des rebelles. La réponse ne s’est pas fait attendre : l’armée russe envahit soudainement la Géorgie, provoquant un retrait des troupes géorgiennes jusqu’à la capitale.

Un accord de paix fut signé très vite. Depuis, la Géorgie est très « amicale » avec la Russie, tout en continuant à pas mesurés son rapprochement avec l’ouest.

Conclusion sur l’OTAN

L’OTAN est bien évidemment une menace pour la Russie, tout comme les missiles soviétiques à Cuba menaçaient les États-Unis. Au passage, c’est quand même pour ça qu’elle a été créée ! Aucun politicien de bonne foi ne peut le nier. Par ailleurs, l’OTAN s’est tellement développée en Europe qu’elle est maintenant aux portes de la Russie, avec des missiles capables de frapper Moscou et au-delà. Une carte vaut mille explications :

Pour conclure, j’ajouterais simplement que le diplomate américain Zbigniew Brzeziński a écrit que si les États-Unis parvenaient à mettre la main sur l’Ukraine, ce serait la fin de l’influence russe dans le monde. Rien de moins. Après avoir pris sa retraite, il a prévenu qu’il ne serait pas une bonne chose de prendre l’Ukraine dans l’OTAN.

Les révolutions populaires

Pour comprendre pourquoi les Américains jouent un rôle prépondérant dans la crise ukrainienne, il faut déjà comprendre leur mode opératoire.

Les printemps arabes

Les printemps arabes ont ébranlé le monde arabe depuis 2010. En Tunisie, en Égypte, au Bahreïn, en Libye, dans les États Arabes Unis, au Yémen, en Arabie Saoudite, le procédé est toujours le même.

Ça démarre par une étincelle qui entraîne des protestations populaires. Les gens descendent dans la rue, pacifiquement au début. Il suffit de financer des milices qui vont alors mettre le feu aux poudres. Elles ont pour cible principale le gouvernement, et créent l’environnement nécessaire pour fomenter un coup d’état.

Bien sûr, cette recette ne fonctionne que s’il y a déjà des résistances importantes contre le gouvernement en place. Les régimes autoritaires sont des cibles parfaites pour ce genre de manipulations.

L’avantage est énorme : il est possible de renverser un régime avec très peu d’efforts. Par ailleurs, comme tout cela est fait de manière non officielle, personne ne va venir pointer du doigt le manipulateur.

Malheureusement, les résultats ne bénéficient pas forcément à la population locale. Bien au contraire. Oui, les dictateurs, c’est pas cool, c’est évident. Mais le chaos, l’instabilité, la guerre, ont des conséquences encore bien plus funestes pour l’ensemble de la population.

Au passage, aucun pays de ce monde ne va dépenser des millions d’euros, mettre ses propres citoyens en danger, pour « libérer » des populations civiles étrangères des griffes d’un dictateur. Il faut être très naïf pour croire un conte de fées pareil. La démocratie, ça s’amène par l’éducation, pas autrement.

La Libye

La Libye est l’un des exemples le plus frappant, si je puis dire. Il n’y a aucun doute sur le fait que Kadhafi était un dictateur. Il réprimait brutalement toute opposition à son régime. On ne va pas m’accuser de le nier.

Malgré tout, son pays était en paix, bénéficiait d’une économie prospère aux infrastructures modernes, l’éducation et les soins médicaux étaient gratuits. Aujourd’hui, 10 ans après la « libération », c’est un champ de ruines qui manque d’eau et de ressources de première nécessité, et la guerre continue. C’est également devenu une porte corrompue pour faire passer les migrants africains en direction de l’Europe.

Par ailleurs, l’intervention militaire de la France était totalement illégale car non autorisée dans le territoire d’un pays souverain. Au passage, les motivations n’étaient pas du tout pour « amener la démocratie » ou je ne sais quelle fable. Pour résumer, Kadhafi était une menace pour le pétrodollar, risquait de miner l’influence du franc CFA dans l’ouest africain avec son « dinar or », et Nicolas Sarkozy, alors Président de la France, avait un intérêt personnel à faire tomber son ancien « pote ».

Dans tous les cas, vis-à-vis du droit international, l’intervention française était tout aussi illégale que ce que fait Poutine actuellement. Mais c’était la France. Pas un « dictateur ». Mais des « soldats de la paix ». Bien sûr. Exemple typique de propagande noir et blanc que je mentionnais en début d’article.

La Syrie

Il y aurait beaucoup à dire sur la Syrie. Je vais m’en tenir à l’essentiel. Les interventions militaires des pays occidentaux (États-Unis, France, Grande-Bretagne, Turquie, Israël entre-autres) sont totalement illégales vis-à-vis du droit international. Le moins qu’on puisse dire, c’est que, le droit international, on s’assoit volontiers dessus. Mais on est les gentils, nous. Alors pas besoin de droit.

D’un autre côté, les Russes ont été invités par le pouvoir en place pour venir apporter leur aide. Peu importe ce qu’on pense du sentiment de Poutine pour le Dictateur Assad, je vais donner ma lecture en quelques mots.

La Russie n’a qu’une seule base navale sur la Méditerranée. Elle se trouve à Tartous, une ville syrienne. Curieusement, la Russie n’est intervenue que lorsque les « rebelles » syriens ont commencé à s’approcher de cette base. Pas avant. Est-ce vraiment une coïncidence ? Je ne sais pas ce qui se serait passé si cette base n’avait pas existé.

De mon point de vue, la Syrie a été un tournant dans la psychologie de Poutine. Il a soudain réalisé que sa puissance militaire était plus importante qu’il ne le pensait. Au passage, il a envoyé un message clair à la communauté internationale : l’Occident qui se mêle des affaires d’un pays souverain, ça ne se passe pas toujours comme prévu.

C’est une humiliation pour les USA, qui ont évidemment des velléités de revanche.

La Biélorussie et le Kazakhstan

Je connais des Biélorusses, et comme eux, je ne suis pas particulièrement fan de leur gouvernement. Tout comme je n’aime pas du tout tous ces dictateurs aux quatre coins du monde. Il y a eu beaucoup de remous en Biélorussie dans la dernière décennie. Plus récemment, on a pu y voir les mêmes tactiques qui ont été utilisées lors des Printemps Arabes. Mettre le bazar. Armer des milices pour que ça dégénère. Tenter de déstabiliser le régime.

Mais cette fois, ça n’a pas fonctionné. La Russie soutient la Biélorussie et ces tactiques commencent à prendre de l’âge.

La même chose est arrivée au Kazakhstan encore plus récemment. Cette fois avec des islamistes radicaux. La Russie a réagi très rapidement, la tactique a échoué, comme en Biélorussie. La Russie ne peut pas se permettre de perdre le Kazakhstan, territoire immense et qui abrite l’un de ses principaux cosmodromes, Baïkonour.

On dirait bien que les États-Unis devraient envisager de changer leur modus operandi.

La russophobie

La phobie des oppresseurs

Les abus perpétrés par un groupe finissent toujours par générer une réaction de haine qui traverse les générations. Elle reste parfois pendant des siècles. Dans le même temps, les oppresseurs tendent de leur côté à avoir un sentiment de supériorité envers les opprimés, même longtemps après que la domination se soit arrêtée.

Partout dans le monde, on peut voir ce phénomène à beaucoup de niveaux :

  • les Américains sont perçus comme des impérialistes,
  • les Français sont haïs dans leurs anciennes colonies,
  • les « blancs » en général sont vus par les « noirs » comme des colonialistes et des esclavagistes, aux États-Unis, mais aussi en Afrique du Sud, etc.
  • la Chine ne s’est toujours pas remise des abus des Occidentaux aux 19ème siècle,
  • etc.

L’impérialisme soviétique

Évidemment, le régime autoritaire soviétique n’était pas seulement autoritaire envers sa propre population. Il était encore pire avec les « républiques » qui étaient sous son contrôle. Il n’hésitait pas à procéder à des purges ethniques, à déplacer des populations entières, voire à organiser volontairement des famines comme cela a été le cas en Ukraine.

La plupart des gens d’un certain âge des pays du bloc de l’est connaissent la langue russe : ils ont été obligés de l’apprendre à l’école. Ils cultivent également la haine du Russe. C’est particulièrement vrai en Pologne, en Tchéquie ainsi que dans les pays baltes. Les bruits des bottes et des chars soviétiques dans les rues de leurs villes sont encore des cauchemars très vivaces.

Qui pourrait leur en vouloir ? Pas moi.

Dans les pays baltes, ça se traduit par une situation un peu particulière. Sous les Soviets, ils ont enduré des déportations, et surtout une tentative de remplacer la population locale par des Russes, venus d’ailleurs. Vraiment pas chouette. Au passage, ils ont des cultures et langues très différentes des Russes. Le sentiment nationaliste à leur libération a littéralement explosé. Là encore, difficile de leur en vouloir. Certains Russes qui y vivent ont un statut un peu particulier. Par exemple, en Estonie, ils ne sont ni russes ni estoniens. Ils ont un « passeport gris ». Cela ne pose pas de problème particulier pour vivre mais c’est dire l’impact du passé sur le présent. C’est le reflet de cette appréhension du Russe.

Il y a de l’espoir

Malgré toutes ces difficultés, il y a de l’espoir. Je pense ici à l’exemple de l’Allemagne et des Nazis.

Inutile de rappeler la brutalité des Nazis à travers toute l’Europe, l’histoire est connue. Pourtant, la « haine du Boche » n’a pas persisté très longtemps. C’est par une auto-flagellation quasiment à l’extrême que l’Allemagne a fini par faire accepter au monde entier qu’ils ne sont pas des Nazis dans leur ensemble et que l’Allemand moyen n’est pas un SS.

Malheureusement, le sentiment anti-allemand revient en force ces dernières décennies, mais il a d’autres sources : elles sont économiques. Il devient de plus en plus évident que l’euro ne sert que l’Allemagne au détriment des autres pays d’Europe. Mais c’est vraiment un autre sujet.

Ce qu’il est intéressant de noter ici, c’est qu’un vocabulaire bien particulier peut être utilisé. Il suffit de distinguer ce qui caractéristique l’oppresseur d’un individu lambda. Lorsqu’on parle de « Nazis » d’un côté, et d’« Allemands » de l’autre, les choses sont plus claires. La haine diminue plus facilement.

Il est peut-être temps de prendre des bonnes habitudes et de nommer un chat un chat. L’occupation du Politburo vs citoyens russes. L’État Profond vs citoyens américains. « Le Gouvernement » plutôt que « les Français ». Les marchands d’esclaves vs des citoyens de la France, des USA, etc. Au passage, les « slaves » ont donné leur nom à l’« esclavage », car ils étaient des esclaves de choix au Moyen-Âge.

Enfin, peut-être que les Polonais peuvent également se rappeler que, sans l’intervention de l’URSS, nous serions peut-être tous encore sous le joug nazi.

Vue d’ensemble de la crise ukrainienne

L’Ukraine est le berceau de tous les Slaves. Les Rus de Kiev sont à l’origine de toute la culture russe. Ainsi, l’Ukraine est vue par la grande majorité des Russes comme la sœur de la Russie. Beaucoup d’Ukrainiens ont d’ailleurs également une vision très positive de la Russie. Une guerre entre ces deux pays est une guerre fratricide. Et il y a fort à parier que cela va renforcer le sentiment anti-russe.

Les frontières de l’Ukraine ont beaucoup changé au cours de l’histoire. Malgré tout, son territoire central a fait partie de la « Grande Russie » pendant des siècles, et l’essentiel de son existence. Le problème étant que le découpage actuel de l’Ukraine regroupe des populations qui ont subi des influences très diverses.

Une population non uniforme

À l’ouest, la grande majorité de la population parle ukrainien, une langue slave qui ressemble de loin au russe, mais qui a été fortement influencée par des langues aux frontières : le polonais à l’ouest, le biélorusse et les langues baltes au nord. Ces parties de l’ouest ukrainien ont également fait partie d’autres pays dans leur histoire : la Pologne et l’Empire Austro-hongrois notamment. Elles sont définitivement tournées vers l’ouest et le reste de l’Europe.

Au contraire, plus on se déplace à l’est, plus les gens parlent russe en passant par des dialectes qui sont des mélanges d’ukrainien et de russe. De manière générale, il y a de plus en plus de sympathie pour la Russie dès qu’on se déplace vers l’est.

Plus on s’éloigne du centre du pays, plus les liens culturels et économiques se font naturellement avec les pays qui bordent le pays des deux côtés. Avec les plus extrémistes d’un côté et de l’autre de part et d’autre du pays.

Pour ceux qui seraient sceptique de cette vision qui peut paraître caricaturale, il suffit de regarder les résultats des élections, comme par exemple celles de 2004 :

L’ultra nationalisme

Le sentiment ultra-nationaliste, accompagné d’une russophobie aiguë, n’existe vraiment que dans l’ouest ukrainien. Le parti nazi Svoboda, le Parti National Socialiste de l’Ukraine (ça ne s’invente pas) en est la manifestation typique. Il a créé son emblème avec des références particulièrement parlantes :

De gauche à droite : la 2ème division SS de Panzers, l’ancien logo de l’ancien parti dont est issu Svoboda, et le logo actuel

Alors, qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit. Les partis ultra-nationalistes et les malades existent partout. Autre point à noter, Svoboda n’a à l’heure actuelle qu’un seul siège au Parlement. C’est totalement vrai, ces nazis ne sont qu’une toute petite minorité lorsqu’on considère l’Ukraine dans son ensemble. Mais malheureusement, ils sont proches de la majorité dans certaines petites régions en fonction des circonstances.

Résultats de Svoboda aux élections de 2012, avec un score avoisinant les 40 % dans certains endroits…

Par ailleurs, ce qui les distingue particulièrement des autres pays, c’est qu’ils sont aidés et armés par le pouvoir en place.

Le multiculturalisme existe ailleurs

Bien sûr, il y a plein de pays dont les populations sont parfois très hétérogènes, et qui s’en sortent très bien sans se taper dessus. Mais pour que ça fonctionne vraiment, je ne connais que deux recettes. Un dictateur qui va étouffer tout sentiment indépendantiste. Ou bien une intention scellée sur le papier de respecter son voisin et d’être en paix.

La Suisse nous en donne un parfait exemple. Quatre cultures et langues cohabitent, et le pays n’a connu aucune guerre depuis deux siècles.

Pour prendre un autre exemple, la situation interne en Ukraine n’est finalement pas très différente de celle des États-Unis, avec les Républicains au sud qui correspondent aux états sécessionnistes lors de la guerre civile, et les Démocrates au nord. Le problème en Ukraine, c’est que ces divisions sont utilisées par des puissances étrangères pour semer le trouble.

Au 20ème siècle

L’Ukraine tente une première fois de prendre son indépendance en profitant de la Révolution d’Octobre en Russie. Mais ça ne dure pas, l’URSS toute neuve fait main basse sur l’Ukraine en 1922.

Au début de la Deuxième Guerre Mondiale, les Ukrainiens de l’est voient dans la guerre le moyen de se détacher du joug russe. Pour rappel, ce sont les plus nationalistes, et certains vont jusqu’à sympathiser avec les Nazis. Les partis extrémistes d’aujourd’hui n’en sont qu’un héritage.

À la fin de la guerre, au vu de la résistance des Ukrainiens contre les Bolcheviks, Staline provoque une famine et fait du « nettoyage ». Mais en 1954, l’Ukraine est devenue le « bon élève » et est l’un des plus gros producteurs du bloc soviétique. Khrouchtchev décide de donner la Crimée à l’Ukraine en signe de reconnaissance. Une action non sans conséquences plus tard…

Dans tous les cas, le sentiment anti-russe, surtout dans l’ouest, provient évidemment de ces décennies d’abus. Les premières actions d’un régime autoritaire sont de détruire toute culture et langue locale. Mais les gens ont tendance à oublier que le Russe moyen d’aujourd’hui n’a plus grand-chose à voir avec Staline.

1991-2004

Avec la chute de l’URSS, l’Ukraine obtient finalement son indépendance pour de bon. Elle signe des accords avec les USA, la Grande-Bretagne et la Russie qui assurent qu’elle restera un pays souverain, à la condition qu’elle renonce à tout l’arsenal nucléaire provenant de l’ex-URSS.

De mon point de vue, c’est le découpage géographique lors de ces accords qui a donné lieu à la situation que nous vivons aujourd’hui. Mettre ensemble deux populations qui ont la tête tournée à l’opposé l’une de l’autre n’était peut-être pas la meilleure idée qui soit. Peu de gens comprennent cela. La Yougoslavie nous a montré dans les années 1990 les conséquences que peuvent avoir une erreur de ce genre. Il y a probablement une leçon à en tirer.

La corruption

Je m’autorise une petite pause historique pour m’arrêter sur un autre problème qui est également en partie responsable de la situation actuelle.

La corruption est profondément ancrée en Ukraine, du même style que la corruption en Russie dans les années 1990.

Depuis, la Russie a su faire un peu de ménage, même s’il reste beaucoup à faire. Mais des oligarques ont été arrêtés, des sanctions et mesures prises pour tenter de limiter les dégâts. Elle a aussi relevé son économie et la redistribution de richesses fonctionne déjà un peu mieux. Elle est parmi les pays du monde ayant la dette publique la plus faible. Tout cela malgré les sanctions imposées par l’Occident depuis 2014. Il y a encore beaucoup de défis à relever et la corruption y est encore élevée, mais la situation n’a plus rien à voir avec ce qu’elle était dans les années 1990. Et avant de critiquer, nous pourrions déjà nous regarder dans la glace…

En Ukraine, en revanche, tout cela n’a pas eu lieu. Le résultat est que, malgré une industrie et un secteur agricole extrêmement productifs, des ressources naturelles en pagaille, la pauvreté est toujours un problème énorme. Je recommande un documentaire qui montre l’un des symptômes : les orphelins de la rue (en anglais). En 2012, Ernst and Young classe l’Ukraine parmi les trois premiers pays les plus corrompus du monde. Elle est neuvième en 2017. La situation s’améliore très très lentement, mais l’Ukraine reste l’un des pays les plus corrompus au monde.

L’Ukraine est parmi les 4 pays les plus cités dans les dernières révélations en date, l’affaire du Crédit Suisse :

Au passage, le président lui-même est aussi enfoncé dans la boue, malgré de grands discours anti-corruption.

2004 : La Révolution Orange

Revenons à notre voyage dans le temps. En 2004, deux candidats sont en lice pour la présidence :

  • Viktor Iouchtchenko appuyé par Ioulia Tymochenko => camp occidental
  • Viktor Ianoukovytch => pro-russe

Tous deux reçoivent de l’aide de leur camp respectif. Russes d’un côté, et de l’autre des fondations comme la Fondation Soros ou la Freedom House et autres organisations américaines « pour la démocratie » (lire : pour faire des coups d’état et renverser les gouvernements qui ne sont pas alignés avec les USA).

Il se trouve que, manque de chance, le pro-russe Ianoukovytch est élu de justesse. Des manifestations sont organisées à Kiev, évidemment organisées et orchestrées par les Occidentaux, pas trop contents. Les élections sont annulées. Iouchtchenko est mystérieusement empoisonné (je te laisse deviner par qui) mais survit. Il est cette fois élu lui-aussi de justesse. Pas de protestations. Les gentils ont gagné.

L’un des facteurs majeurs ici est de savoir que Kiev se situe dans la partie « pro-occidentale » de l’Ukraine. Il est donc beaucoup plus facile d’y organiser un renversement de régime pour les Occidentaux que pour les Russes.

La claque de 2010

La crise de 2008 passe par là, le bilan de Iouchtchenko est assez catastrophique, et c’est Ianoukovytch qui l’emporte lors des élections de 2010, cette fois sans protestations. Il semblerait que les Russes aient gagné. Mais c’est seulement parce que Ianoukovytch a lancé des signes qui indiquent qu’il a l’intention de se rapprocher de l’Occident.

En effet, il commence à négocier des accords économiques avec l’Union Européenne. Cela ne fait pas du tout l’affaire des gens de son parti, qui sont particulièrement inquiets des répercussions qu’un accord avec les Européens pourraient avoir sur leurs propres relations avec la Russie côté est. Malgré tout, il donne l’espoir à la population qu’une ouverture est possible. Quelques mois plus tard, il envoie tout balader d’un coup et se tourne soudain vers Moscou. Difficile de savoir ce qui a provoqué ce changement d’humeur.

2013 Maïdan

Malheureusement, si l’espoir fait vivre, la déception est source de violence. Des manifestations commencent à Kiev, dans la place Maïdan, pour protester contre ce revirement soudain.

Là où ça devient intéressant, c’est qu’on voit des diplomates européens et américains venir soutenir les manifestants en personne. Que dirions-nous si des diplomates russes venaient se mêler aux manifs des gilets jaunes pour les soutenir ? Ce serait clairement inacceptable.

Ah, mais non. Nous, on est les gentils. Donc ça va.

Le sénateur américain McCain au milieu des manifestants

Et dans le même temps, les Américains utilisent la même tactique que dans les Révolutions Arabes. Ils se servent cette fois des extrémistes nazis de l’ouest pour faire le sale boulot. Ces organisation radicales jouent un rôle décisif dans la tournure que vont prendre les événements. Ne reculant devant rien, des snipers tirent dans les manifestants et dans les policiers pour provoquer l’escalade.

De très sympathiques snipers de Maïdan… au passage, il me semble voir quelques drapeaux intéressants sur cette photo (oui oui, c’est bien le drapeau de l’OTAN à gauche)

Ça fonctionne. Le gouvernement est renversé.

L’implication occidentale

Bon, mis à part les sénateurs occidentaux qui vont faire les beaux dans les manifs, on pourrait se dire que tout ça est finalement une affaire interne à l’Ukraine. Mais ça ne s’arrête pas là.

L’Occident a soutenu financièrement des organisations nazies. Tout est bon dans le cochon. Pire, les soutiens sont carrément officiels. D’ailleurs, un enregistrement révélera plus tard que la Sous-Secrétaire d’État américaine, Victoria Nuland, a appelé l’ambassadeur américain en Ukraine pour lui indiquer qui il fallait mettre au pouvoir. Tout en ajoutant « que les Européens aillent se faire voir » (avec le mot en F en anglais, oui oui).

La photo suivante est particulièrement parlante. L’homme au milieu est le chef de Nuland, John Kerry, Secrétaire d’État des États-Unis. On comprend qu’il soit content, mais quand même… à gauche Oleksandr Tourtchynov le nouveau président par intérim de l’Ukraine après le coup d’état, et à droite le Premier Ministre Arseni Yatsenjouk. Mais pas d’inquiétude, on est les gentils !

Si j’étais ukrainien, avec tout ça j’aurais un peu l’impression d’être pris pour un imbécile. Mais passons.

Évidemment, sans surprise, le nouveau gouvernement est composé quasiment de membres pro-ouest.

Au passage, comme je m’intéresse beaucoup à la monnaie, voici le nouveau billet ukrainien de 500 Hryven :

Il y a tout de suite un truc qui m’a sauté aux yeux… si je puis dire. Au centre, on a un clin d’œil… enfin une référence assez évidente, quoi, au billet américain :

En tout cas, ces événements sont une véritable catastrophe pour les Russes qui n’ont pas réussi à stopper le coup d’état. Et la partie russophone de l’est ukrainien ne voit pas tout cela d’un bon œil, justement.

Imaginons un instant le Mexique…

D’une certaine manière le Mexique est aux États-Unis ce que l’Ukraine est à la Russie. Une large frontière commune. Des interactions économiques fortes. Un relatif continuum de populations à la frontière.

Imaginons maintenant un soulèvement au Mexique, orchestré par la Russie qui financerait des guérilleros mexicains pour éjecter le gouvernement, avec en plus le soutien ouvert des officiels russes. Par-dessus le marché, une fois le nouveau gouvernement fantoche mis en place par les Russes, le Mexique signe une coopération militaire avec la Russie, en mémoire de la guerre perdue contre les États-Unis au XIXème siècle, permettant l’installation d’ogives nucléaires au nord du Mexique, histoire aussi de bien montrer leur désaccord avec le mur à la frontière.

Il se passerait quoi à ton avis, cher lecteur ? Les États-Unis resteraient-ils les bras croisés ?

Oui, je suis d’accord, Poutine n’est pas tout blanc, loin de là. Mais la nature explosive de la situation en Ukraine est causée en premier lieu par les abus et l’arrogance visible des Occidentaux. Pour clore le débat, voici le président ukrainien (à gauche), Volodymyr Zelensky implorant l’OTAN en décembre 2021 d’accepter l’Ukraine en son sein. Ce qui peut expliquer en grande partie les événements qui ont suivi.

Le Donbass et la Crimée

Le Donbass, une région à l’extrême est de l’Ukraine, et la Crimée, une péninsule au sud, ont une large majorité de locuteurs russes. Après le coup d’état de Maïdan, ces deux parties du pays rejettent massivement Porochenko, le nouveau président.

Par ailleurs, le nouveau gouvernement de Kiev s’attaque de plus en plus à la langue russe et tente d’en bannir l’usage par des lois, ce qui provoque un mécontentement bien compréhensible à l’est.

La Crimée

En Crimée, le processus est rapide. L’une des raisons est que la péninsule est isolée géographiquement de l’Ukraine par un isthme, et donc beaucoup plus difficile à atteindre pour les forces ukrainiennes. Un référendum est organisé, lors duquel les criméens appellent à rejoindre la Russie avec un score sans appel de 96,77 %.

Bien sûr, la Russie est derrière tout cela, c’est une évidence. Peut-on questionner la légitimité du référendum ? Sans doute. Mais il est tout de même avéré que les criméens sont historiquement beaucoup plus proches des Russes que des Ukrainiens. Pour rappel, elle n’a été donnée à l’Ukraine qu’en 1954.

Alors, est-ce pour le meilleur ou pour le pire ? Je pense que si la Crimée était restée en Ukraine, son sort n’aurait pas été bien différent de celui du Donbass. Pourquoi Poutine est-il intervenu si rapidement dans la péninsule, alors qu’il a laissé pourrir la situation plus au nord ? La réponse me paraît évidente : Sébastopol, la ville principale, qui est la plus grande base militaire russe sur la Mer Noire. La ville a d’ailleurs un statut spécial et est restée russe même après l’indépendance de l’Ukraine.

En tout cas, l’« annexion » de la Crimée par la Russie, donc par les méchants, a donné lieu à des sanctions internationales contre l’économie russe.

Quant à la légalité du procédé, il a un précédent. En 2008, le Kosovo, une province officielle de la Serbie, a déclaré son indépendance, approuvée « légalement » par les États-Unis et une bonne partie des pays du monde. Mais c’était les gentils, alors ça ne pose pas de problème.

Le Donbass

Au Donbass, en revanche, la situation est beaucoup plus compliquée. Les insurgents ont pourtant eux-aussi saisi les bâtiments administratifs et on pris de facto le contrôle des territoires et déclaré leur indépendance. La Russie n’a pourtant pas reconnu ces territoires. Évidemment, les Occidentaux non plus. Il ne faudrait tout de même pas exagérer. Quelle différence avec le Kosovo ? Il y a eu aussi des massacres de pro-Russes en Ukraine en particulier lors de l’épisode Maïdan ainsi qu’à Odessa, ce qui rend la situation finalement très proche de celle du Kosovo en son temps.

En tout cas, depuis, c’est la guerre civile, aidée bien évidemment par les Russes, tout contents de pouvoir créer de l’instabilité dans cette Ukraine tombée dans les mains occidentales. Quand je dis « guerre civile », il ne s’agit pas de quelques coups de feu par-ci par-là. Cette guerre a fait la bagatelle de 14.000 morts depuis 2014, dont au moins 3.000 civils. C’est une vraie guerre, au milieu des civils.

Peu de gens parlent de cette guerre, comme si elle n’existait pas et que tout allait bien en Ukraine. Il est indispensable de comprendre que la population locale est particulièrement remontée contre le pouvoir central et soutient activement les séparatistes, sinon cette guerre n’aurait pas pu durer aussi longtemps.

Les accords de Minsk (1 et 2)

Les séparatistes et le gouvernement ukrainien tentent des négociations. Ils signent par deux fois des accords de paix et de désescalade des tensions militaires à Minsk. Mais ceux-ci ne sont pas respectés, en particulier par les Ukrainiens. Il est clair qu’après 8 ans à s’envoyer des tirs de mortiers et autres obus, la situation n’est pas près d’être résolue.

Bien sûr, comme je l’ai déjà mentionné, les Russes n’y sont pas pour rien dans cette histoire. Poutine ne veut évidemment pas que l’Ukraine devienne un vassal des États-Unis. La frontière entre l’Ukraine et la Russie fait 1500 km. De ce point de vue, avoir les troupes américaines tout le long deviendrait un cauchemar. Non seulement pour la Russie, mais pour la paix dans le monde tout court. Pas besoin d’être sorti des Mines pour le comprendre.

Les USA utilisent la force partout où ils le jugent nécessaire… c’est-à-dire partout. Comme je l’ai mentionné dans mon livre « La monnaie : ce qu’on ignore », la section 301 de la loi américaine de 1974, qui est toujours appliquée aujourd’hui, « autorise le Président à prendre toute mesure appropriée […] pour obtenir le retrait de tout acte, politique ou pratique d’un gouvernement étranger […] qui restreindrait le commerce avec les États-Unis ». Impérialisme, quand tu nous tiens.

Volodymyr Zelensky

Faisons un petit zoom sur le président Zelensky. Il a accédé au pouvoir par des moyens assez peu conventionnels. On peut d’ailleurs le comparer à Macron en France, ou Trudeau au Canada. Sa campagne n’a pas été « classique » :

  • il n’est pas politicien professionnel, c’est un comédien héros d’une série télé où il jouait justement son propre rôle de « type normal » devenant président, une sorte de prophétie auto-réalisatrice, et promet un « renouveau en politique »,
  • un homme assez jeune pour la fonction présidentielle, avec une campagne particulièrement axée sur sa personne plutôt que sur des idées,
  • l’usage de nouvelles technologies et des réseaux sociaux,
  • beaucoup de promesses non tenues et une chute dans les sondages peu après son élection.

Par ailleurs, alors qu’il a juré de combattre la corruption, le « serviteur du peuple » est lui-même en plein dedans. Son principal soutien, Igor Kolomoisky, un oligarque anti-américain, possède la plus grande chaîne de télévision. Mais il est aussi régulièrement impliqué dans des scandales de corruption.

Les Pandora Papers révèlent en outre que Zelensky possédait un compte offshore, cédé peu avant son élection à un ami… hum. Serviteur du peuple, mon œil.

En fait, les Ukrainiens eux-mêmes ne sont pas ravis de leur président. Voici les résultats de sondages en 2021, par un site qui n’a pas d’affiliation avec les Russes et qu’on peut donc qualifier de « neutre » :

Réponses à la question « En général, approuvez-vous les activités de Volodymyr Zelensky ou non »

Sa popularité, déjà bien entamée en juin 2021, descend encore davantage avec 28 % d’opinion favorable.

Je ne serais pas surpris d’apprendre que l’oligarque s’est senti trahi et s’est finalement tourné vers Poutine.

Les demandes russes

En décembre 2021, les Russes envoient aux Occidentaux une liste formelle de demandes. C’est de mon point de vue un piège car Poutine sait parfaitement que ses « partenaires » ne signeront jamais. Ils l’auraient fait depuis longtemps s’ils l’avaient voulu. Mais il veut tenter de tendre la main une dernière fois.

Évidemment, ces demandes sont purement et simplement ignorées, et la réponse parle de demandes de la part des Occidentaux, totalement différentes.

Aurions-nous pu éviter la guerre en Ukraine ? Oui. J’en suis persuadé. Si les Européens ou les Américains avaient au moins pris ces demandes au sérieux, il y avait de très fortes chances d’éviter une guerre militaire. À la place, Macron nous a fait un grand cirque, a joué des mécaniques en se faisant passer pour le Saint Sauveur en clamant que Poutine lui avait promis de ne pas attaquer l’Ukraine. Ce que le Kremlin a formellement démenti dans la foulée. Quel clown !

Il est bien malheureux de constater que personne n’a pris Poutine au sérieux. Comme toujours. Mais évidemment, cela ne justifie pas, ne justifiera jamais, un conflit armé.

La décision d’attaquer

Difficile de dire ce qui a déclenché la décision finale de lancer l’assaut contre l’Ukraine. C’est d’autant plus surprenant que la date choisie est un contresens total en terme militaire. En effet, c’est la période de l’année où les champs se transforment en boue. De fait, les colonnes militaires sont totalement coincées sur les axes routiers, ce qui fait des cibles parfaites. Si l’attaque avait été prévue de longue date, elle aurait eu lieu en été ou en plein cœur de l’hiver.

Difficile, donc, de savoir ce qui a motivé Poutine à prendre cette décision soudaine. Je pense que c’est un ensemble de facteurs. Il me semble que l’expérience syrienne lui a donné une assurance de ce dont son armée était capable. Les récents événements au Kazakhstan l’ont probablement sérieusement irrité. Et la récente provocation de Zelensky demandant à rejoindre l’OTAN a vraisemblablement été la goutte de trop.

Petit rappel d’événements marquants de l’attaque sur l’Ukraine, qui ne sont de toute façon que des prétextes, la décision était déjà prise à mon avis à ce moment-là :

  • 21 février : attaques d’une position russe à la frontière par les Ukrainiens,
  • 22 : la Russie reconnaît les deux républiques séparatistes à l’est dans le Donbass, envoie des troupes pour « maintenir la paix »,
  • 23 : déploiement au Donbass, Poutine déclare vouloir « démilitariser » et « « dénazifier » l’Ukraine qui menace l’intégrité de la Russie, un discours de guerre très classique pour faire peur,
  • 24 : attaque de l’Ukraine par le nord, l’est et le sud, avec bombardement de zones militaires pour tenter de prendre le contrôle de l’espace aérien,
  • 25 : l’armée russe fonce sur Kiev.

Personne ne peut prédire ce qui va advenir. Il semblerait que les Ukrainiens, armés massivement par les Occidentaux, offrent plus de résistance que prévu à l’avance des troupes russes.

Les buts de Poutine

Évidemment, je ne suis pas dans sa tête. Malgré tout, il me semble que les buts qu’il poursuit sont très clairs.

Je ne crois pas une seconde qu’il veuille occuper l’Ukraine sur le long terme. Toutes les invasions de ce type ont conduit à des conflits de guérilla interminables et impossibles à gagner lorsqu’on n’a pas le soutien de la population, et il le sait. Peu importe ce qu’on pense de lui, c’est un fin tacticien, il ne ferait pas une erreur aussi grossière.

Il veut se débarrasser de Zelensky, c’est indéniable. Et probablement mettre un président pro-russe au pouvoir. Le peut-il ? Cela reste à voir.

Il est parfaitement possible qu’il veuille couper l’Ukraine en deux. Cela aurait l’avantage de régler les problèmes internes. Et cela lui ferait le pays tampon dont il a besoin du côté est. Tant pis si l’ouest bascule du côté atlantiste. Ce serait en tout cas gagnant-gagnant pour lui, surtout s’il contrôle le fleuve Dniepr au milieu. L’est ukrainien contient beaucoup de ressources et des industries lourdes, ce qui lui permettrait de renforcer et diversifier l’économie russe.

Évidemment, l’un des autres buts est de délivrer un message très clair aux Occidentaux : ne m’ignorez plus, je ne rigole pas, ne franchissez pas mes lignes rouges. En d’autres termes, l’Ukraine ne devrait jamais faire partie de l’OTAN, inutile d’en rêver.

Une guerre mondiale ?

Est-ce que Poutine veut un conflit international ? Non, je ne pense pas.

Les États-Unis et l’Union Européenne, en revanche, ne refuseraient probablement pas une petite guerre en ce moment. Je parle évidemment des fous qui nous gouvernent, pas du peuple, qui n’a jamais envie de guerre. Mais les pays occidentaux ont beaucoup de problèmes avec des populations de plus en plus opposées à leurs gouvernements, une dette massive et irremboursable, une crise économique et énergétique qui n’ont pas de solutions.

À l’inverse, la Russie n’a quasiment pas de dette, a du gaz à ne pas savoir qu’en faire, et le gouvernement n’a pas particulièrement de problèmes avec sa population. Poutine n’a aucune raison particulière de faire la guerre, si ce n’est pour montrer qu’il en a raz-le-bol qu’on se paie sa tête. Une chose est sûre, l’ours est énervé.

Conclusion

Que va-t-il se passer ? Je n’en sais rien, je ne suis pas médium. Même si elle ne semble pas vraiment se passer comme prévu, je pense que cette guerre ne va pas durer très longtemps. Les Russes ont à mon avis attaqué beaucoup trop tard dans la saison, ils auraient dû attaquer au cœur de l’hiver pour un « blitz ». Nous allons tous suer pendant un moment… il va y avoir des dégâts. Mais je pense que Poutine va finalement obtenir ce qu’il demande depuis des années, voire des décennies : être entendu.

Les Occidentaux ne sont pas vraiment préparés à une guerre. La Russie, elle, l’est, et a un avantage technologique au niveau militaire. Les Ukrainiens vont devoir se bagarrer tout seuls, et il me semble qu’il n’est que pure folie de leur donner davantage de matériel. Cela ne fait que retarder l’inévitable, tout en augmentant les chances de dérapages et les morts. Mais il faut bien écouler le matos et se faire des cacahuètes en or.

Bien sûr, si l’OTAN décidait d’intervenir, cela pourrait conduire à la catastrophe. C’est impossible. Enfin, ça le serait si on n’était pas gouvernés par des pyromanes.

Est-ce que j’aime la situation actuelle ? Non, évidemment. J’aime la France suffisamment pour être atterré de voir qu’on en est arrivés là. Est-ce que Poutine est seul coupable ? Je pense qu’après avoir lu autant de paragraphes, il est évident que la situation n’est ni blanche ni noire. En fait, les pays Occidentaux sont totalement responsables de l’escalade de ces deux dernières décennies.

C’est un peu comme quelqu’un qui te harcèle continuellement en te filant des claques à répétition. Exaspéré, tu lances le premier coup de poing et du coup tu es seul responsable. Vraiment ?

Ma seule inquiétude est que cela crée un précédent qui inviterait les Chinois à attaquer Taïwan. Pas sûr que ça se passe aussi bien.

Le scandale des temps de parole

L’Arcom, anciennement CSA, est en charge de surveiller les temps de parole des candidats dans les médias avant une élection.

Mais… pourquoi donc surveiller les temps de parole ? Après tout, c’est à chaque citoyen de voter en son âme et conscience pour le candidat qui lui plaît le plus.

Non ?

Les temps de parole décident du candidat élu

L’excellent blog « Notre Époque » a fait un excellent travail de recherches (y compris bibliographique) sur le sujet. Malheureusement, ce blog a disparu. J’ai donc reproduit les articles de l’époque sur mon propre blog à des fins d’archives :

Les conclusions sont sans appel : le pourcentage de temps de parole dans les médias permet d’avoir un pourcentage de votes équivalent lors de l’élection. C’est une relation directe, immuable, mathématique.

Ni plus, ni moins.

Il y a des études éparpillées à l’étranger, car c’est un sujet assez peu étudié, qui arrivent aux mêmes conclusions. Certaines vont même d’ailleurs plus loin : le contenu positif ou négatif pour un candidat n’a que peu d’importance. C’est principalement le temps d’exposition dans les médias qui est décisif. Peu importe qu’on dise du mal ou du bien de ce candidat, c’est le fait d’en parler qui est crucial.

Ce n’est pas pour rien…

… que le CSA est censé veiller.

L’un des rôles de cet organisme est de veiller à « la pluralité » en terme de temps de parole politique en période électorale. S’il était démontré qu’il n’y a aucun lien entre temps de parole et résultats des votes, il y a fort à parier que ce rôle n’existerait tout simplement pas.

Ainsi donc, le CSA veille.

Mais comme tant de ces « API » (Autorité Publique Indépendante) et autres « Hautes Autorités » aux rôles pourtant cruciaux pour le bon fonctionnement de la République, cet organisme n’a aucun pouvoir.

Il peut s’époumoner autant qu’il veut, publier les chiffres qu’il veut. Aucun problème. Parfois, il va même jusqu’à émettre des « mises en garde ».

Il est purement et simplement ignoré.

Il n’est qu’une entité fantôme qui ne sert qu’à agiter l’épouvantail : « Pas d’inquiétude de ce côté-là, on a le CSA qui veille ».

Une loi infâme pour éliminer les petits

En avril 2016 est votée une loi scandaleuse sur les temps de parole. Adieu l’égalité absolue ! Les temps de parole seront maintenant proportionnels à la « représentativité » des candidats. Cette loi aux définitions floues et subjectives est un nouveau clou enfoncé dans le dos des « petits candidats ». Ils sont petits, qu’ils le restent !

On peut effectivement se dire que, si un clown se présente comme candidat, il paraît logique de ne pas trop lui donner la parole pour éviter aux gens de perdre leur temps. Le problème de la loi en question est : qui décide ? Les « petits candidats » n’ont-ils réellement tous « rien à dire » ? Qui juge qu’ils sont « petits » ?

Quelques précisions

La loi précise trois manières de « calibrer » l’importance des candidats :

  • en fonction des résultats obtenus aux plus récentes élections par les candidats ou par les partis et groupements politiques qui les soutiennent,
  • en fonction des sondages d’opinion,
  • la contribution de chaque candidat à l’animation du débat électoral.

Le premier point est totalement hors sol. C’est un peu comme si les opinions des peuples ne changeaient jamais, comme si l’environnement ne se transformait pas, comme si aussi les formations politiques ne variaient jamais leurs discours. Comme si la politique était quelque chose de statique. Quel intérêt à élire de nouvelles têtes, dans ce cas ? La loi est clairement faite pour que rien ne change.

Quant au deuxième point, les « sondages d’opinion » sont financés par les mêmes qui financent les médias. Ils ont donc exactement les mêmes conflits d’intérêts et mettent donc en avant exactement les mêmes candidats. Qui contrôle le bon fonctionnement de ces sondages ? Ah oui, une autre coquille vide, la « commission des sondages ».

Heureusement que le ridicule ne tue pas, car le dernier point est évidemment une mesure qui se mort la queue. Un candidat ne peut contribuer au débat que si on le laisse parler en premier lieu…

Le test du terrain

Prenons un exemple précis pour juger de la pertinence de cette loi.

Le candidat ayant le plus de temps de parole cumulé en janvier 2022 est de très loin… Éric Zemmour.

Or, il n’a jamais été candidat, n’est pas dans un parti. Par ailleurs, il est crédité tout au plus de 15 % des votes.

À l’autre extrémité du spectre, tout en bas du graphique, une candidate, Clara Egger, a eu droit à 0 secondes de temps de parole dans les principaux médias. Pourtant, le programme de cette candidate est axé sur une mesure soutenue par une grande majorité de Français. En effet, elle soutient le RIC. Un sondage Ifop montre que 73 % des Français y sont favorables.

On a donc d’un côté un candidat qui se répète en boucle sur tous les plateaux télé alors qu’il attire moins d’un Français sur 5, et de l’autre côté une candidate soutenant une mesure plébiscitée par les 3/4 des Français qui n’a pas eu le droit à une seule seconde de temps de parole.

Un véritable scandale…

Loin du discours officiel et lissé, les temps de parole sont donc choisis par les médias. Évidemment, les discours les plus clivants sont retenus en priorité, tandis que les idées qui pourraient rassembler le peuple sont recalées.

Cela a un impact majeur sur le fonctionnement de la République et de la représentativité des élus. En effet, comme l’indique très justement le blog que j’ai reproduit plus haut, la conclusion qui en découle est que :

Le candidat vainqueur de l’élection n’est pas le candidat privilégié des Français, mais celui des médias.

Ainsi, les quelques milliardaires qui se partagent le contrôle des médias sont en réalité ceux qui élisent le futur candidat. Pas vous, cher lecteur, navré de vous délivrer peut-être un petit électro-choc.

Dans mon roman « Le Président Providentiel », c’est un candidat totalement inconnu du peuple qui se présente. Plébiscité par les médias, le résultat n’est pas surprenant.

Un petit outil à disposition

Les fichiers du CSA étant assez indigestes pour le citoyen lambda, je mets à disposition un petit outil pour visualiser les temps de parole des candidats. Il s’agit de graphes qui permettent de voir d’un seul coup d’œil le gouffre qui sépare les « baleines » des « sauterelles », pour reprendre l’analogie du blog « Notre Époque ».

Pour y accéder, cliquer sur l’image ci-dessous :

On va me dire qu’il y a bien parité pour les 4 ou 5 premiers candidats. Mais il faut se rendre à l’évidence, tous sont extrêmement clivants. Par ailleurs, ils se ressemblent tous sur les sujets les plus essentiels :

  • création monétaire,
  • évasion fiscale,
  • répartition des richesses,
  • corruption,
  • souveraineté nationale,
  • impuissance du peuple.

Où sont les rares candidats qui pourraient changer quelque chose à ces points essentiels ? Ils obtiennent littéralement mille fois moins de temps de parole que les autres. Autant dire que, pour qu’ils soient élus, il faudrait un miracle, une licorne statistique, de ce genre :

Visualisé ainsi, c’est déjà beaucoup plus clair.

Conclusion

La fameuse « parité des temps de parole » est une vaste farce. Il n’y a strictement aucune parité, tout le temps de parole est donné aux futurs vainqueurs élus par les médias.

Où sont donc les « autorités » censées s’assurer du « bon fonctionnement » de la République ? Mais que fait la police ? Comment croire encore à la « démocratie » pourtant dans toutes les bouches ?

Archive Web – Notre Époque – Élections et temps de parole – Partie 4

Le blog d’origine ayant malheureusement disparu, je reproduis ici le post d’origine. Il est normalement encore disponible sur l’archive de l’internet.

Médias et élections (4) : Internet et temps de parole médiatique

 

Archive Web – Notre Époque – Élections et temps de parole – Partie 3

Le blog d’origine ayant malheureusement disparu, je reproduis ici le post d’origine. Il est normalement encore disponible sur l’archive de l’internet.

L’effrayante corrélation entre temps de parole et résultats des élections (3) : les mécanismes

 

Archive Web – Notre Époque – Élections et temps de parole – Partie 2

Le blog d’origine ayant malheureusement disparu, je reproduis ici le post d’origine. Il est normalement encore disponible sur l’archive de l’internet.

L’effrayante corrélation entre temps de parole et résultats aux élections (2) : la confusion des experts

 

Archive Web – Notre Époque – Élections et temps de parole – Partie 1

Le blog d’origine ayant malheureusement disparu, je reproduis ici le post d’origine. Il est normalement encore disponible sur l’archive de l’internet.

L’effrayante corrélation entre temps de parole et résultats aux élections (1)

 

Effondrement historique du PIB en France et en Europe

Tous les grands médias caracolent actuellement avec des gros titres :

  • hausse historique du PIB en 2021,
  • du jamais vu depuis 50 ans,
  • etc.

Au-delà de ces titres-dont-je-tairai-le-but, la réalité est bien différente.

Effondrement historique du PIB en 2020

Comme on le sait tous, le PIB a chuté en 2020 un peu partout dans le monde. En particulier, il a reculé de 6,4 % dans la zone euro. En France, encore plus, il a chuté d’environ 8 %.

La fameuse « hausse historique » de 5,2 % en 2021 en Europe est donc vue sous un autre angle lorsqu’on garde en tête la succession des années. Sortons notre calculette :

(100 – 6,4) × 1,052 = 98,47

soit une baisse sur deux ans de 1,53 %.

En France, si on fait le même calcul, on a droit à une baisse de 1,56 % sur deux ans.

Mais ce n’est pas tout.

Injection massive de monnaie par la BCE

Face à l’arrêt de l’économie en 2020, la Banque Centrale Européenne a décidé de ne pas y aller de main morte.

Après tout, elle commence à en avoir l’habitude. Cela fait presque une décennie qu’elle injecte régulièrement de la monnaie dans la sphère financière par le mécanisme de l’assouplissement quantitatif (QE – Quantitative Easing en anglais). Et l’euro ne s’en porte pas plus mal, du moins en apparence. Alors, pourquoi ne pas y aller franchement ? Au fond, il s’agit de « sauver l’économie ». Ou plus exactement la sphère financière, mais chut.

Il me semble que le blog creationmonetaire.info est l’un des seuls, si ce n’est le seul, à nous donner des graphiques de l’évolution de la masse monétaire en euro. Celui-ci est particulièrement parlant :

Masse monétaire euro
Source : https://www.creationmonetaire.info/2022/01/masse-monetaire-e-janvier-2022-les-15000-milliards-depasses-le-rsa-au-plus-bas-de-tous-les-temps.html

Depuis mars 2020, c’est-à-dire moins de 2 ans, la BCE a injecté la bagatelle de 20.000 milliards d’euros dans l’économie. 10 fois le PIB de la France.

À masse monétaire constante, le PIB a donc déjà reculé de 1,5 % en deux ans. Mais si on tient compte du gonflement de presque 20 % de la masse monétaire dans le même temps, alors la conclusion s’impose :

en deux ans, le PIB a reculé de 20 %.

Il s’agit donc d’un effondrement historique du PIB, contrairement à ce qu’on veut bien nous faire croire, en pleine période électorale.

Inflation

J’indiquais en 2016 dans mon livre « La monnaie : ce qu’on ignore » que les QE successifs n’avaient eu qu’un très faible impact sur l’inflation :

Or, malgré l’augmentation constante et soutenue de la masse monétaire, l’inflation officielle dans l’Union Européenne sur 10 ans est d’environ 2 % par an, guère plus de 25 % en 10 ans, soit un quart de la hausse de la masse monétaire (pour rappel, la masse monétaire M1 a doublé dans les 10 dernières années et la monnaie fiduciaire a même quadruplé en 15 ans).

Il semblerait tout de même que la dernière folie de nos banquiers centraux commence à porter ses fruits : partout, « on craint » une inflation record en 2022. La question est : qui donc craint cette inflation ?

La réponse est simple : le petit épargnant, le salarié qui ne va pas voir son salaire suivre la courbe de l’inflation, le petit commerçant qui va devoir racler sur ses marges déjà inexistantes pour ne pas trop perdre de clientèle, etc.

L’État, lui, en sort grand gagnant. Il pourra de toute façon relever les taxes et autres impôts. En effet, il suffira de justifier qu’ils sont indexés par défaut sur l’inflation. Mais surtout, il voit sa dette fondre comme neige au soleil.

À lire aussi sur le sujet, cet autre récent billet sur le petit jeu de la BCE.