Lettre ouverte aux adeptes de la « main invisible »

RĂ©cemment, la chaĂźne Thinkerview recevait Charles Gave et Olivier Delamarche. Tous deux ont des lectures intĂ©ressantes de l’Ă©conomie. En revanche, Charles Gave a une foi en la « main invisible » du marchĂ© particuliĂšrement aveugle.

La « main invisible »

Introduite par Adam Smith au XVIIIĂšme siĂšcle, le concept de « main invisible » est facile Ă  comprendre. Adam Smith thĂ©orise que l’ensemble des gens qui s’affairent chacun trĂšs Ă©goĂŻstement Ă  leurs propres intĂ©rĂȘts finit en rĂ©alitĂ© par servir l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral.

La premiĂšre hypothĂšse sous-jacente est qu’on n’est jamais aussi motivĂ© que lorsqu’on s’affaire pour soi-mĂȘme. Si Adam Smith, avait pu voir l’Union SoviĂ©tique, cela aurait apportĂ© de l’eau Ă  son moulin. Une nation toute entiĂšre devenue improductive Ă  cause d’une planification globale oĂč plus personne ne se sent impliquĂ©, quelle aubaine ! Du coup, l’antithĂšse est que la compĂ©tition Ă  outrance est le systĂšme le plus productif, et donc le meilleur pour l’ensemble de la sociĂ©tĂ©.

La deuxiĂšme hypothĂšse est que la somme de tous les intĂ©rĂȘts tend vers l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. En effet, on part du principe que chaque acteur de l’Ă©conomie a des intĂ©rĂȘts divergents. Du coup, il est logique de penser que la somme de tous ces intĂ©rĂȘts est reprĂ©sentatif de l’intĂ©rĂȘt commun.

Des contre-exemples

L’Union SoviĂ©tique semble donner une « preuve » que lorsqu’on n’utilise pas la « main invisible », tout part en cacahuĂšte. Mais en logique, le fait de dĂ©montrer non-non-A ne veut pas dire que A est vrai.

L’interviewer demande Ă  Charles Gave s’il faut rouvrir les dossiers du passĂ©. Sous-entendu, toutes ces « affaires » oĂč l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral n’Ă©tait pas vraiment au rendez-vous. Charles Gave rĂ©pond qu’il ne faut pas juger les actions du passĂ© avec les standards d’aujourd’hui. C’est une Ă©vidence, il faut remettre les choses dans leur contexte. Pour autant, cela n’excuse pas les comportements prĂ©dateurs perpĂ©trĂ©s en toute connaissance de cause. Il est particuliĂšrement important de rĂ©ouvrir ces dossiers. Apprendre du passĂ© peut nous permettre de ne pas commettre Ă  nouveau les mĂȘmes erreurs.

Prenons quelques exemples, parmi les plus connus. Évidemment, il s’agit de cas oĂč les fraudeurs ont Ă©tĂ© pris « la main dans le sac ». Il y a probablement beaucoup de cas que l’on ne connaĂźtra jamais.

Le Cartel PhƓbus

Dans les annĂ©es 20, les principaux fabricants d’ampoules signent un accord pour limiter la durĂ©e des ampoules Ă  1000 heures de fonctionnement. Eh oui, plus la durĂ©e de vie d’une ampoule est Ă©levĂ©e, moins on vend d’ampoules. C’est un cas typique oĂč tous les acteurs ont en rĂ©alitĂ© exactement le mĂȘme intĂ©rĂȘt : tous y gagnent Ă  rĂ©duire la durĂ©e de vie des ampoules pour tous les fabricants.

La « main invisible » aurait-elle pu empĂȘcher cette situation ? En thĂ©orie, oui. Il suffisait qu’une entreprise vende des ampoules Ă  durĂ©e de vie trĂšs Ă©levĂ©e. Dans la pratique, c’est effectivement arrivĂ©. Mais il aura fallu attendre presque 10 ans. On fait plus efficace !

Mis Ă  part le gaspillage et les coĂ»ts Ă©levĂ©s pour les consommateurs, l’impact sur l’HumanitĂ© de cet Ă©pisode est assez faible. En revanche, lorsqu’on parle de santĂ©, il y a d’autres scandales beaucoup plus graves.

L’industrie du tabac

AprĂšs la seconde guerre mondiale, l’industrie du tabac est un Ă©norme cartel avec un but commun Ă©vident : montrer au monde que le tabac est sans danger pour la santĂ©. Aucune entreprise du secteur ne serait assez folle pour dĂ©montrer que le tabac provoque des cancers, c’est une Ă©vidence. Cela signifierait mettre la clĂ© sous la porte immĂ©diatement.

À l’Ă©poque, les mĂ©decins sont mĂȘme payĂ©s pour vanter les mĂ©rites de telle ou telle marque. Des Ă©tudes – bidon, Ă©videmment – sont financĂ©es en masse par l’industrie pour montrer l’innocuitĂ© du tabac, voire mĂȘme ses bĂ©nĂ©fices ! « Autre temps, autres mƓurs » ? Sans doute. Ce ne serait excusable que si les dirigeants ne savaient pas que le tabac Ă©tait dangereux. Or, ils savaient. Niaient. Mentaient.

Il faudra attendre des décennies avant que leurs mensonges éclatent finalement au grand jour. Dans cette histoire, combien de millions de cancers la « main invisible » a-t-elle causé ?

Le DDT

Doit-on ouvrir les dossiers comme celui du DDT ? Oui, Ă©videmment.

Le DDT est un insecticide qui a des effets terribles sur l’environnement
 et sur les humains. En particulier, il provoque des cancers. LĂ  encore, il me paraĂźt Ă©vident, mĂȘme si nous n’avons pas de preuves, que les fabricants connaissaient trĂšs tĂŽt l’impact de leur produit sur l’environnement.

Il faudra attendre qu’une lanceuse d’alerte tire la sonnette d’alarme pour que le DDT soit interdit
 aux États-Unis, mais toujours vendu et utilisĂ© dans le reste du monde. Belle hypocrisie ! OĂč Ă©tait donc la main du marchĂ© Ă  ce moment-lĂ  ? On savait pourtant parfaitement que l’insecticide Ă©tait nocif. Mais il valait mieux Ă©couler les stocks dans les pays pauvres que de perdre de l’argent ! La main invisible ne prend pas de gants.

Entente dans les télécoms

Il y a Ă©videmment bien d’autres histoires en-dehors de la santĂ© – j’aurais pu parler du Mediator, par exemple.

Dans les annĂ©es autour de 2000, les trois principaux opĂ©rateurs de tĂ©lĂ©phonie mobile français signent des accords secrets pour garder des prix Ă©levĂ©s. LĂ  encore, il ne s’agit pas d’une « erreur involontaire ». Il s’agit au contraire d’une trĂšs claire volontĂ© de nuire
 ou plus exactement de profiter au maximum aux dĂ©pens du consommateur. OĂč Ă©tait donc la main du marchĂ© pour empĂȘcher une telle entente ?

Le pillage des ressources

Il faut le reconnaĂźtre et ne pas hĂ©siter Ă  l’affirmer : dans la frĂ©nĂ©sie sans fin de concurrence actuelle, tout le monde dans l’industrie est totalement Ă  l’unisson. Il est beaucoup plus profitable de piller les ressources que de ne pas les exploiter.

OĂč est donc la main du marchĂ© lorsqu’il s’agit d’arrĂȘter la dĂ©forestation au BrĂ©sil ? Que fait-elle pour sauver forĂȘts rasĂ©es en OcĂ©anie pour y planter des palmiers ? Dit-elle stop lorsqu’on dĂ©truit l’environnement absolument partout, jusqu’au fond des ocĂ©ans ? La main piĂ©tine, Ă©crase, extermine. C’est un fait vĂ©rifiable, partout autour du globe. La main n’est jamais rassasiĂ©e, elle en veut toujours plus. Et si tout cela passe par raser la planĂšte de A Ă  Z, les requins n’hĂ©siteront pas une seule seconde, pour ĂȘtre plus compĂ©titifs que la concurrence.

Explication

L’explication de ces contre-exemples est en fait trĂšs simple.

La thĂ©orie de la main invisible part du principe que tous les acteurs n’ont pas les mĂȘmes intĂ©rĂȘts. Et pourtant, dans une Ă©conomie de marchĂ©, toutes les entreprises ont en rĂ©alitĂ© un seul et mĂȘme but : ĂȘtre les plus rentables possible. On pourra arguer qu’une entreprise peut Ă©galement ĂȘtre « Ă©thique », ou mĂȘme Ă  l’image du slogan initial de Google « ne pas ĂȘtre mauvaise ». Tout cela n’est que du marketing. Une entreprise qui n’est pas profitable comparĂ©e Ă  ses concurrents est tout simplement vouĂ©e Ă  disparaĂźtre. Et ce, quelles que soient les « valeurs » qu’elle communique.

D’une certaine maniĂšre, ils sont tous en conflit d’intĂ©rĂȘts : tous ont en rĂ©alitĂ© le mĂȘme but. MĂȘme si celui-ci peut ĂȘtre atteint de plein de maniĂšres diffĂ©rentes, il reste tout de mĂȘme des constantes :

  • exploiter des enfants dans un pays en dĂ©veloppement restera toujours beaucoup plus rentable que d’employer des adultes d’un pays dĂ©veloppĂ© oĂč les salaires sont beaucoup plus Ă©levĂ©s et les protections sociales plus strictes,
  • rejeter sauvagement les dĂ©chets toxiques dans la riviĂšre d’Ă  cĂŽtĂ© est toujours moins cher que de les retraiter avec des moyens chimiques et de les jeter dans des endroits sĂ©curisĂ©s,
  • lorsque tous les autres mentent sur leurs publicitĂ©s, il n’y a pas d’autre choix que de mentir Ă  son tour si on ne veut pas disparaĂźtre,
  • une Ă©quipe marketing pour vendre du rĂȘve est toujours plus efficace que de devoir rĂ©ellement ĂȘtre totalement Ă©thique, Ă©co-responsable, Ă©co-renouvelable, etc. L’esbrouffe ne coĂ»te pas cher, une usine de traitement des dĂ©chets, si.

La magie du marketing

Il y a un autre argument classique mis en avant par les adeptes de la « main invisible ». Les entreprises « non Ă©thiques » finissent par perdre leurs clients au profit d’entreprises « Ă©thiques ». Typiquement, Charles Gave prĂ©tend dans l’interview que « toutes les entreprises sont Ă©co-sociales ». Soit-disant, personne ne va acheter chez les entreprises qui ne le sont pas. La bonne blague !

À l’heure oĂč l’Ă©cologie est prĂ©sentĂ©e comme une prĂ©occupation majeure, on voit parfaitement comment le « green washing » permet de faire avaler des couleuvres Ă  la population. Dans mon livre « La monnaie : ce qu’on ignore », je parle des biais cognitifs. Ici, de nombreux biais entrent en jeu. Au final, ce n’est pas la vĂ©ritĂ© qui compte, mais uniquement la perception qu’ont les gens de l’entreprise. Et cette perception peut ĂȘtre forgĂ©e de toute piĂšces, grĂące Ă  la publicitĂ© et au marketing.

Il est trĂšs facile de clamer haut et fort qu’on est « Ă©co-social ». Les services marketing savent parfaitement mettre un coup de pinceau vert sur les pires gabegies Ă©cologiques. Ils savent Ă©galement mettre en avant le tout petit pourcentage de l’entreprise qui Ɠuvre Ă  ĂȘtre plus Ă©co-responsable, mĂȘme si ce n’est que pour camoufler tout le reste. Toutes les grandes entreprises ont des Ă©quipes dĂ©diĂ©es uniquement Ă  cette tĂąche. Et il n’y a pas Ă  dire, elles font des miracles.

La cause des causes

Pendant trois heures de dĂ©bat, il est tout de mĂȘme curieux que ces Ă©conomistes chevronnĂ©s n’aient pas soufflĂ© mot du problĂšme principal, de la cause des causes de tout cela. Il s’agit de la crĂ©ation monĂ©taire.

Charles Gave pourrait probablement arguer que c’est effectivement la faute des banques centrales. En effet, selon lui tout est la faute de ces institutions qui mettent les pieds dans le plat du marchĂ©. Celui-ci devrait ĂȘtre laissĂ© tranquille pour qu’il se rĂ©gule tout seul. Mais Charles, c’est exactement ce qui se passe !

Effectivement les banques centrales crĂ©ent un peu de monnaie. Mais pour rappel, l’essentiel de la monnaie est crĂ©Ă© par les banques privĂ©es. Et ce, sans aucune intervention extĂ©rieure. Ce sont bien elles qui sont censĂ©es ĂȘtre les garantes de crĂ©er de la monnaie pour ce qui est « le plus efficace ». Ou plus exactement, le plus rentable.

La main invisible est déjà là !

Dans les faits, ce sont les banques privĂ©es, dont le but est toujours la rentabilitĂ© Ă  tout prix, qui choisissent ce qui va ĂȘtre financĂ©, et ce qui ne va pas l’ĂȘtre. Chaque banque Ɠuvre dans son propre intĂ©rĂȘt
 mais de toute Ă©vidence la somme des intĂ©rĂȘts particuliers du systĂšme bancaire n’Ă©quivaut pas exactement Ă  l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral.

OĂč sont donc ces systĂšmes de santĂ© qui devraient nous permettre de lutter efficacement contre des Ă©pidĂ©mies, alors que tout le systĂšme de santĂ© est de plus en plus privatisĂ© ? OĂč sont donc ces systĂšmes ultra-efficients du marchĂ© permettant d’Ă©viter l’accumulation morbide de capital par une petite minoritĂ© d’acteurs, pendant que le reste de la population sombre toujours plus dans la pauvretĂ© ? La privatisation de la « gestion des vieux » est lĂ  aussi totalement catastrophique, avec un rapport qualitĂ©-prix totalement ubuesque pour l’individu lambda, mais Ă©videmment extrĂȘmement profitable pour les gestionnaires. Et tout cela dans une pĂ©riode oĂč on n’a cessĂ© de privatiser les acteurs du secteur.

Tout cela n’est dĂ» qu’Ă  un seul facteur : ce sont les banques privĂ©es qui dĂ©cident ce qui est financĂ© ou non. Exemple typique de la « main du marchĂ© ». Nous devrions nous en inspirer pour comprendre que cette main invisible est destructrice, et qu’elle n’a rien Ă  voir avec « l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral ».

La démocratie

Pour terminer leur dĂ©monstration, nos deux sbires finissent par parler de « dĂ©mocratie ». De leur point de vue, l’État, quel qu’il soit, fait toujours n’importe quoi. Il n’y a rien de plus intelligent que le « chaos constructif », selon eux. L’État dĂ©stabilise l’Ă©quilibre, et tous les dysfonctionnements sont de sa faute.

Mais lĂ  encore, les hypothĂšses de dĂ©part sont fausses. L’État tel que nous le connaissons n’est en rĂ©alitĂ© rien d’autre qu’une oligarchie, un ensemble d’individus qui contrĂŽlent toutes les dĂ©cisions et font toujours pencher la balance de leur cĂŽtĂ©. Il n’est en aucun cas l’organisme impartial qu’on tente de nous vendre, et qui permettrait de faire rĂ©gner « l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral ». L’État sous forme d’Ă©lites auto-proclamĂ©es Ă©lues n’est en rĂ©alitĂ© qu’un cartel de plus que la main invisible ne saurait Ă©liminer.

Le rĂŽle de l’État, le vrai, celui oĂč « l’État, c’est nous », est de protĂ©ger les Citoyens des requins qui se revendiquent de la main invisible, en lui tordant le cou une bonne fois pour toutes. Et ce, sans pour autant tout transformer en plans, kolkhoses et sovkhoses. Car non, la vie n’est jamais juste toute blanche ou toute noire. Quiconque prĂ©sente une dichotomie aussi absurde n’est qu’un manipulateur.

Le Great Reset En Marche (attachez vos ceintures, ça va secouer)

De retour de jet ski, Emmanuel Macron vient de s’exprimer sur ce qui nous attend Ă  la rentrĂ©e. Toute la rhĂ©torique du Great Reset de Klaus Schwab est lĂ .

Pour une fois, Macron ne semble plus du tout optimiste, ce qui n’est pas bon signe. Les couleuvres qu’il veut nous faire avaler sont sans aucun doute Ă  la hauteur de sa gravitĂ©. Mais oĂč est donc passĂ© l’Emmanuel Macron du « penser printemps » ?

L’Ă©volution en cours est en effet une formidable opportunitĂ© pour saisir au vol plein de chantiers dont on sait pertinemment qu’ils auraient un impact positif pour l’essentiel de la population.

« La fin de l’abondance des liquiditĂ©s sans coĂ»t »

Mais de quoi parle-t-il au juste ? Que je sache, je n’ai pas reçu de la monnaie tombĂ©e du ciel sur mon compte en banque !

En quelques mots, voici ce Ă  quoi il fait rĂ©fĂ©rence. VoilĂ  une quinzaine d’annĂ©es que les taux d’intĂ©rĂȘts bancaires n’ont cessĂ© de baisser, pour atteindre des taux nĂ©gatifs. En clair, lorsque la France emprunte de l’argent, elle doit parfois rembourser moins que ce qu’elle a empruntĂ© ! De plus, depuis une dizaine d’annĂ©es, la Banque Centrale EuropĂ©enne inonde le systĂšme financier et les marchĂ©s de monnaie toute fraĂźche qu’elle crĂ©e Ă  partir de rien. Tout cela, cela n’impacte directement ni vous ni moi. Indirectement, en revanche, cela a de nombreuses rĂ©percussions, dont la hausse des prix de l’immobilier – mais ce n’est pas le sujet de cet article.

Justement, les taux remontent fortement et la crĂ©ation monĂ©taire s’arrĂȘte ou ralentit. D’oĂč sa phrase, qui peut se rĂ©sumer Ă  : « la fin de l’abondance d’argent magique ». Une fin dont se rĂ©jouissait d’ailleurs il y a peu Bruno Le Maire, qui ne semblait pas avoir compris ce que cela impliquait Ă  moyen et long terme pour la France, vouĂ©e Ă  crouler sous la dette.

La fin de l’argent magique implique que la France ne pourra de toute façon jamais rembourser sa dette – elle ne le pouvait dĂ©jĂ  pas avec les politiques extrĂȘmement complaisantes de la BCE, mais cette fois les carottes sont cuites ! Il va donc falloir prendre le taureau par les cornes et trouver des solutions.

La plus simple et qui ne coĂ»te rien est dĂ©jĂ  de se rĂ©approprier le pouvoir rĂ©galien de crĂ©ation monĂ©taire, ce qui nous Ă©viterait de donner des dizaines de milliards d’euros d’intĂ©rĂȘts au systĂšme bancaire chaque annĂ©e.

Bien sûr, il va falloir trouver des milliards pour renflouer les caisses. Or, il y en a à foison :

  • en jugulant l’Ă©vasion fiscale, c’est pas moins de 100 milliards d’euros par an de recettes que nous pourrions trouver, et encore ce n’est qu’en tapant dans l’optimisation fiscale, on pourrait parfaitement envisager d’augmenter les taxes et de rĂ©tablir l’ISF, par exemple, puisque l’État est en difficultĂ©, il n’y a pas de raison que les plus riches ne contribuent pas,
  • en arrĂȘtant les politiques de l’autruche, nous pourrions rĂ©cupĂ©rer plus de 400 milliards d’euros d’impayĂ©s de la part des secteurs de la grande distribution,
  • comme dit plus haut, le systĂšme bancaire, financier et en particulier les bourses ont bĂ©nĂ©ficiĂ© de beaucoup d’argent magique ces derniĂšres annĂ©es, il y a donc Ă©normĂ©ment de monnaie en circulation, qui pourrait ĂȘtre captĂ© aisĂ©ment avec par exemple une micro-taxe sur les transactions financiĂšres, oĂč mĂȘme une taxe Ă  0,1 % (oui oui, un pour mille) permettrait de collecter des centaines de milliards d’euros tout en limitant la spĂ©culation,
  • cette annĂ©e, les rentiers ont perçu plus de 44 milliards d’euros en France, tout cela sans rien faire ni produire, seulement en plaçant du capital, qui on le rappelle a bĂ©nĂ©ficiĂ© d’argent magique depuis plus de 10 ans, pas Ă©tonnant que les bourses se portent Ă  merveille pendant que l’Ă©conomie rĂ©elle souffre comme jamais depuis des dĂ©cennies.

De l’argent, il y en a Ă  foison. Et ce n’est pas M. et Mme Michu qui vont rapporter des centaines de milliards nĂ©cessaires


« 
 les produits, technologies qui nous semblaient perpĂ©tuellement disponibles », ne le sont plus

C’est une excellente nouvelle. Cela fait prendre conscience que notre modĂšle Ă©conomique, basĂ© sur une infinitĂ© de ressources, mĂ©rite d’ĂȘtre revisitĂ©. Cela permettrait peut-ĂȘtre de ne plus courir directement dans le mur Ă  l’avenir.

Par ailleurs, cela peut Ă©galement amener des rĂ©flexions qui permettrait enfin Ă  l’État de lutter de maniĂšre sĂ©rieuse contre l’obsolescence programmĂ©e.

« la rareté de tel ou tel matériau »

LĂ  encore, c’est une excellente nouvelle. Cela ne peut conduire qu’Ă  favoriser le recyclage, la rĂ©utilisation plutĂŽt que de jeter, ce qui veut dire que les gens auront moins souvent Ă  racheter encore et encore le mĂȘme produit qui tombe en panne. Personnellement, je trouve tout cela extrĂȘmement positif ! Pour peu, bien Ă©videmment, que le Gouvernement prenne les dispositions Ă©videntes qui s’imposent.

« la fin de l’abondance de l’eau »

Pour commencer, l’annĂ©e 2022 est exceptionnelle en terme de pluviomĂ©trie. Comme l’indique le site de MĂ©tĂ©o France, c’est l’annĂ©e la plus sĂšche depuis 1959 :

On pourrait se faire vraiment beaucoup de soucis s’il y avait une tendance sur le long terme Ă  avoir moins de pluie, mais ce graphique ne montre rien de tel. C’est juste une annĂ©e totalement exceptionnelle en terme de sĂ©cheresse. Bien sĂ»r, il y a beaucoup d’autres facteurs qui peuvent poser problĂšme, dont l’augmentation des tempĂ©ratures, mais en terme d’eau, rien ne permet de dire que cela va empirer d’annĂ©e en annĂ©e. À ce stade, c’est totalement conjoncturel et exceptionnel.

Ensuite, c’est malgrĂ© tout encore une bonne nouvelle, car il va peut-ĂȘtre ĂȘtre temps de taper sur ces industriels qui se gavent sur la financiarisation de l’eau, et qui privent nos sols d’une partie de l’eau qui devrait s’y Ă©couler en pompant les nappes phrĂ©atiques comme des grands malades, et donc dĂ©truisent l’environnement tout en mettant en danger les populations locales.

L’autre excellente nouvelle, c’est que la gestion de l’eau ne peut que mettre en Ă©vidence un phĂ©nomĂšne connexe : rĂ©habiliter les sols en choisissant des solutions permacoles au lieu de dĂ©verser des pesticides Ă  tout va ce qui dĂ©truit les sols, la santĂ© des humains et toute la chaĂźne alimentaire, comme les abeilles. En effet, bourrer les sols de pesticides les rendent stĂ©riles et les empĂȘchent de capter l’eau. C’est trĂšs simple : s’il n’y a pas de vers de terre pour crĂ©er des galeries, le sol devient comme un roc sur lequel l’eau s’Ă©coule au lieu de s’y infiltrer. Cela a de nombreux effets pervers :

  • les nappes phrĂ©atiques ne se remplissent plus, et ce malgrĂ© la pluie
  • le sous-sol n’est plus irriguĂ©, ce qui oblige Ă  arroser les plantations en surface, or tout ce qui est en surface s’Ă©vapore plus vite, ce qui accentue encore davantage le problĂšme,
  • en ruisselant, l’eau crĂ©e des inondations beaucoup plus violentes que si elle pĂ©nĂ©trait en partie dans le sol et restait sur place, ce qui explique pourquoi nous sommes de plus en plus souvent inondĂ©s.

Il y a donc une vraie rĂ©flexion autour de la gestion de l’eau sur les systĂšmes agricoles que nous mettons en place. L’agriculture de conservation, par exemple, promue par Konrad Schreiber en France, a de nombreuses rĂ©ponses sur le sujet, c’est l’occasion d’ouvrir le dĂ©bat !

« la fin des Ă©vidences [
] la dĂ©mocratie, les droits de l’homme, si d’aucuns pensaient que c’Ă©tait la tĂ©lĂ©ologie* de l’ordre international »

(* ou comment utiliser un mot savant, en faisant une pause pleine de suffisance ensuite, sans comprendre le mot
 car la « tĂ©lĂ©ologie » est la science, l’Ă©tude des finalitĂ©s, ce qui n’est vraisemblablement pas du tout ce qu’il voulait dire ici)

Alors non, je peux rassurer M. Macron. Nous ne pensons pas que la norme Ă  l’Ă©chelle internationale est « la dĂ©mocratie » et « les droits de l’homme ». Bien sĂ»r, on peut penser Ă  certains pays africains oĂč la « dĂ©mocratie » est bien loin des prĂ©occupations quotidiennes de la population, mais Ă©videmment viennent immĂ©diatement Ă  l’esprit la CorĂ©e du Nord, la Chine ou la Russie, dont on nous rabat sans cesse les oreilles que ce sont des dictatures sanguinaires.

Mais non, cher Emmanuel, ce n’est pas du tout Ă  tous ces pays auxquels je pense lorsque le mot « dĂ©mocratie » ou l’expression « droits de l’homme » sortent de ta bouche. C’est Ă  la France. Ma France dĂ©chirĂ©e, les mains arrachĂ©es, les yeux crevĂ©s de ces gens qui voulaient simplement user de leur droit Ă  s’opposer au monarque jupitĂ©rien, qui n’a eu qu’une seule et unique rĂ©ponse : opprimer, par tous les moyens, quitte Ă  faire couler le sang. Est-ce cela, ta dĂ©mocratie ? Je pense aussi Ă  ces fameuses « Ă©lections » censĂ©es garantir la soit-disant « dĂ©mocratie », et qui se jouent avec des dĂ©s pipĂ©s. Non, Ă  part les naĂŻfs, personne ne croit encore ces mensonges de « dĂ©mocratie » et de « droits de l’homme ».

« la montée des régimes libéraux »

Alors, trĂšs franchement, je ne m’attendais pas Ă  ce lapsus. Car s’il y a bien une montĂ©e d’un rĂ©gime libĂ©ral Ă  marche forcĂ©e, si j’ose dire, c’est bien en France ! Et sous sa propre direction ! Magnifique ! Tout cela poursuivi par « le renforcement des rĂ©gimes autoritaires »  dont le sien fait partie.

« la fin d’une forme d’insouciance »

Ah, enfin, les politiciens vont en finir avec l’insouciance, celle de laisser mourir de faim ou de froid leurs compatriotes, par exemple. VoilĂ  qui est excellent ! Enfin, ils vont rĂ©ellement prendre le taureau par les cornes et faire bouger les lignes pour prendre les dĂ©cisions qui s’imposent pour protĂ©ger le peuple, ce qui est et a toujours Ă©tĂ© leur devoir le plus impĂ©rieux. Bien sĂ»r, en « dĂ©mocratie », lĂ  oĂč les « Ă©lus » Ɠuvrent pour le peuple. Bien sĂ»r.

« La guerre a repris il y a six mois en Europe »

La faute Ă  qui ? Qui n’a pas rĂ©ussi Ă  faire respecter les accords de Minsk ? Qui a toujours soutenu le pourtant si corrompu et menteur Zelensky et sa clique depuis toutes ces annĂ©es ? Qui a totalement laissĂ© pourrir la situation au Donbas au point oĂč il devenait Ă©vident que cela exploserait un jour ou l’autre ?

Peut-ĂȘtre aussi n’Ă©tait-ce pas vraiment une excellente idĂ©e de dire Ă  Poutine, quatre jour avant le dĂ©but de la guerre, « je ne sais pas oĂč ton juriste a appris le droit ». Sachant que Poutine a lui-mĂȘme fait des Ă©tudes de droit. En faisant semblant de jouer l’apaisement, notre Emmanuel national a au contraire montrĂ© qu’il n’y avait absolument aucun terrain d’entente, aucune nĂ©gociation possible. Au passage, Poutine lui a bien rappelĂ© que, pendant toutes ces annĂ©es, Macron n’a fait que brasser du vent, verbatim : « Je sais (que tu essaies de convaincre les Ukrainiens), mais ce n’est pas efficace ». Du vent. Un ventilateur gĂ©ant.

Cet homme ne sait que provoquer, il est bien possible qu’il ait d’ailleurs tellement exaspĂ©rĂ© l’ours qu’il ait prĂ©cipitĂ© les choses. Au passage, le vocabulaire russe s’est enrichi depuis quelques mois d’un nouveau verbe, « macronit’ », qui veut dire « blablater pendant des heures pour te jouer du pipeau ». TrĂšs reprĂ©sentatif.

On va me dire que, au contraire, Macron a tout fait pour Ă©viter la guerre, en tentant de maintenir le dialogue. Mais pour qu’un dialogue ait des effets positifs, il faut qu’il soit suivi d’actes. Un dialogue oĂč on tourne en rond et on pique l’adversaire sans arrĂȘt, tout en agissant Ă  l’inverse de ce qu’on prĂŽne, ne mĂšne qu’Ă  la frustration. Il s’est posĂ© en « nĂ©gociateur principal », et il faut se rendre Ă  l’Ă©vidence, depuis qu’il l’a fait, tout s’est prĂ©cipitĂ©.

« Pour beaucoup de gĂ©nĂ©rations dans notre pays, la guerre Ă©tait une rĂ©alitĂ© qui n’existait plus sur le sol europĂ©en »

Pourtant, nous avons eu la guerre des Balkans, il n’y a pas si longtemps. C’est beaucoup plus proche de la France que l’Ukraine. Au passage, si l’on parle de l’Europe gĂ©ographique, la TchĂ©tchĂ©nie en fait partie, et a Ă©tĂ© le thĂ©Ăątre de deux guerres sanglantes depuis moins de 30 ans.

Mais surtout, notre prĂ©sident ment lorsqu’il dit que la guerre est revenue en Europe depuis si longtemps que des gĂ©nĂ©rations ont oubliĂ© ce que c’Ă©tait. Il devrait peut-ĂȘtre en parler Ă  ces enfants nĂ©s depuis 2014 dans l’est ukrainien, qui n’ont connu que ça pendant toute leur vie : les bombardements, la dĂ©solation, l’abri sous-terrain qui est leur seule maison. Mais c’est loin, et tout le monde s’en fout. Depuis que la Russie est entrĂ©e officiellement dans la danse, bien sĂ»r cela donne une dimension nouvelle au conflit. Mais avant l’intervention russe, la guerre dans le Donbas avait dĂ©jĂ  fait 13.000 morts. 13.000 morts tus dans tous les mĂ©dias, comme s’ils n’avaient jamais existĂ©. Comme s’il n’y avait jamais eu de guerre lĂ -bas avant le 24 fĂ©vrier 2022.

Pour revenir Ă  la France, nous avons Ă©galement la guĂ©rilla dans certains coins de notre pays, qui n’est pas une guerre Ă  coups de chars, mais qui crĂ©e une insĂ©curitĂ© latente pour beaucoup de Français. Et 2005, oĂč des policiers se sont fait tirer dessus Ă  balles rĂ©elles, suivi de couvre-feux et Ă©tat d’urgence, n’est pas si lointain non plus, et encore dans les mĂ©moires de tous.

Quant aux attentats, que ce soit Ă  Nice en 2016 ou au Bataclan en 2015, mĂȘme s’ils ne laissent pas des traces aussi persistantes dans les esprits qu’une guerre, c’est un traumatisme psychologique pour une grande partie de la population, en particulier avec tout le battage mĂ©diatique qui accompagne ce genre d’Ă©vĂ©nements. Et bien sĂ»r, l’Ă©tat d’urgence, reconduit d’annĂ©e en annĂ©e sous divers prĂ©textes, est tout sauf le symptĂŽme d’un pays paisible et harmonieux.

Alors, la guerre pour un EuropĂ©en, c’est autre chose que pĂ©pĂ© qui raconte ses aventures dans le maquis en 1944. Et au final, la guerre en Ukraine ne nous touche physiquement pas plus qu’une bombe au Yemen, un missile en Palestine ou en IsraĂ«l, ou qu’une incursion de Boko Haram faisant 100 morts au Nigeria. C’est loin. À des milliers de kilomĂštres. Comme dirait l’autre, ça nous en touche une sans faire bouger l’autre. La guerre en Ukraine nous touche mĂȘme moins qu’un vol Ă  main armĂ©e dans l’Ă©picerie au coin de la rue – ou l’incursion de cambrioleurs dans son logement, il y a plusieurs centaines de milliers de cambriolages en France chaque annĂ©e !

L’insouciance, elle n’est pas vraiment lĂ , Manu.

« La crise climatique »

Ah, oui, il ne fallait pas l’oublier, celle-la. Nous allons donc enfin appeler les industriels Ă  arrĂȘter leurs pollutions, puisque ce sont eux les plus pollueurs ? Relocaliser nos productions pour Ă©viter d’avoir recours Ă  des monstres marins qui polluent plus que toutes nos voitures rĂ©unies ? Taxer enfin le kĂ©rozĂšne, responsable de beaucoup plus de pollution que le vĂ©lomoteur de papy ?

« Face à cela, je pense que nous avons quelques devoirs »

Ses devoirs, il les conçoit pour « rĂ©duire l’anxiĂ©tĂ© » de ses compatriotes. Mais Capitaine, on n’en veut plus de ton vent ! On veut des actes, il y a plein de solutions, que certains mettent d’ailleurs courageusement en Ɠuvre de leur cĂŽtĂ© sans t’attendre. Mais pour que ces solutions aient un rĂ©el impact, il faut une impulsion forte qui touche le plus grand nombre.

Pour cela, il faudrait dĂ©jĂ  rĂ©soudre la plus grosse cause de pollution et de destruction : la crĂ©ation monĂ©taire par les banques privĂ©es. Car comme cette crĂ©ation monĂ©taire s’accompagne d’une exigence de rentabilitĂ© qui met en concurrence tous les acteurs de l’Ă©conomie, c’est Ă  cause d’elle que :

  • la guerre est financĂ©e sans compter, car on ne peut se permettre d’ĂȘtre en retard par rapport Ă  l’ennemi, et c’est l’État qui rĂ©gale donc aucune limite ne saurait le brider,
  • le pillage des ressources accĂ©lĂšre, car il n’y a rien de plus lucratif que de creuser le sol et y extraire or, diamant, palladium, 
 et eau !
  • tout ce qui saccage l’environnement est privilĂ©giĂ©, au dĂ©triment de tout ce qui pourrait le prĂ©server, car il est beaucoup plus rentable de jeter des dĂ©chets toxiques dans la riviĂšre d’Ă  cĂŽtĂ© que de les traiter pour s’en dĂ©barrasser de maniĂšre propre,
  • nous dĂ©truisons nos sols, car il vaut mieux rendre les paysans dĂ©pendants d’engrais, de semences infertiles, et de pesticides, pour les traire comme des vaches Ă  lait, plutĂŽt que de les laisser se dĂ©brouiller avec MĂšre Nature, qui elle ne rapporte pas grand-chose lorsqu’elle fait pousser toute seule l’abondance.

Et Ă  l’inverse, c’est cette mĂȘme crĂ©ation monĂ©taire assortie de rendements qui bride tout ce qui pourrait ĂȘtre bĂ©nĂ©fique pour les 99,999 % de la population humaine :

  • l’Ă©ducation, et je parle bien d’un systĂšme Ă©ducatif oĂč l’on apprend Ă  penser et raisonner par soi-mĂȘme, en remettant tout en question sans avoir peur des vĂ©ritĂ©s qui fĂąchent, car il ne faudrait tout de mĂȘme pas que Monsieur Tout-Le-Monde comprenne comment fonctionne le systĂšme, il y aurait une rĂ©volution immĂ©diatement !
  • la santĂ©, devenue comme tout le reste un outil Ă  traire les vaches Ă  lait et oĂč la maladie qu’il faut traiter est bien plus lucrative que la santĂ©, surtout si elle est chronique !
  • la nourriture, car un corps rempli de sucre, de pesticides, de micro-plastiques et autres colorants et conservateurs cancĂ©rigĂšnes est beaucoup plus susceptible de tomber dans la case « malade » – voir point prĂ©cĂ©dent -, et il est beaucoup plus facile de rendre accro au sucre et autres aspartame qu’au brocolis,
  • tout service public, Ă  l’instar des autoroutes, ou bien plus rĂ©cemment d’EDF, doit ĂȘtre dĂ©mantelĂ© sur l’autel de la libĂ©ralisation lorsqu’il fonctionne bien pour ĂȘtre trait, et ĂȘtre ensuite renationalisĂ© pour le renflouer avec l’argent du contribuable lorsqu’on l’a bien sucĂ© jusqu’Ă  la moelle,
  • les « vieux », dont il faut extraire le plus de jus possible avant de les laisser mourir.

Oui, la cause profonde de tous ces problĂšmes, c’est la crĂ©ation monĂ©taire par les banques privĂ©es, qui choisissent de financer ce qui est le plus rentable pour elles. Sans compter, Ă©videmment, le fait que les intĂ©rĂȘts qui doivent ĂȘtre rembourser en plus du crĂ©dit sont Ă  l’origine du besoin de « croissance », le Graal de tout Ă©conomiste.

Alors, cher Emmanuel, toi qui sembles prendre Ă  cƓur le bien-ĂȘtre de tes compatriotes, tu sais ce qui te reste Ă  faire !

En rĂ©alité 

Mais non, en rĂ©alitĂ©, tout cela ne provient que de l’imagination dĂ©bridĂ©e d’un Ă©crivain en mal de justice.

Ce qui nous sera proposé sera tout autre :

  • serrez-vous la ceinture sans broncher, bande de fainĂ©ants,
  • quant aux boomers qui ont bĂ©nĂ©ficiĂ© des trente glorieuses, on va leur diminuer leur pension, ils l’ont bien mĂ©ritĂ© !
  • l’inflation, prenez-lĂ  dans les dents avec sagesse, ne venez pas me demander si la Banque Centrale EuropĂ©enne y est pour quelque chose avec ses politiques de crĂ©ation monĂ©taire dĂ©bridĂ©es : c’est la faute Ă  Poutine de toute façon, ce dictateur sanguinaire !
  • chauffez-vous moins, et Ă©teignez votre wifi, bande de sales gamins gaspilleurs,
  • arrĂȘtez de partir en vacances, vous ferez des Ă©conomies et en plus vous polluerez moins – certains ne t’ont pas attendu pour trouver l’astuce, hein !
  • il serait temps d’arrĂȘter d’acheter le nouvel iphone avec l’aide de l’État pour les fournitures scolaires de vos enfants, bande d’irresponsables,
  • de toute façon vous n’ĂȘtes pas capables de gĂ©rer votre argent, nous allons donc saisir tout ce qui dĂ©passe sur vos comptes en banque, et on va mettre en place un revenu universel pour que vous fermiez votre grand clapet et que vous soyez Ă  jamais dĂ©pendants de l’État, sales Gaulois ; le premier qui l’ouvre je lui coupe le robinet monĂ©taire, hop !
  • vous avez une coupure d’Ă©lectricitĂ©, c’est la faute Ă  Poutine ! Pensez quand mĂȘme aux Ukrainiens qui vivent sous les bombes (russes bien sĂ»r, les Ukrainiens n’envoient que des glaces au chocolat), et si vous avez trop froid vous savez ce que c’est une couverture bande d’ignares ?
  • vous allez changer de voiture, la vĂŽtre est un danger public pour l’environnement, pour la planĂšte, pensez Ă  vos enfants, on doit vous interdire de rouler avec, pollueurs, terroristes du climat ! À la place, prenez une Ă©lectrique, mĂȘme si on n’arrive ni Ă  les produire assez vite, ni Ă  fournir les bornes de recharge sans compter qu’on n’a plus assez de courant de toute façon
 au pire achetez un vĂ©lo, vous rendrez service Ă  tout le monde ! Et pas un vĂ©lo Ă©lectrique, hein ! PĂ©dalez, bande de flemmards ! Vous pensez un peu aux pauvres enfants qui extraient le cobalt pour les batteries, hein, vous y pensez aux enfants ? Bon, moi je vais retourner dans mon avion avec la clim, y fait trop chaud. Et non, les clims on va les taxer un max car c’est dangereux pour l’environnement !
  • de maniĂšre gĂ©nĂ©rale, moins vous possĂ©dez, plus vous serez heureux alors on va tout vous saisir car il faut bien renflouer les caisses de l’État avec cette dette colossale dont vous avez bĂ©nĂ©ficiĂ© pendant toutes ces dĂ©cennies, bande de profiteurs, hop plus de maison, patrimoine, sauf pour les copains, bien sĂ»r, qui continueront de toucher leurs milliards en dividendes.

Dans l’absolu, la plupart des courants philosophiques font l’Ă©loge de la sobriĂ©tĂ© heureuse, et il est tout-Ă -fait bĂ©nĂ©fique que chacun d’entre-nous apprenne Ă  se contenter de moins. Mais dans ce cas, il faudrait en faire une prioritĂ© nationale et l’appliquer Ă  tous. Car nous allons clairement avoir besoin de monnaie pour faire la transition Ă©cologique et la rĂ©industrialisation de la France.

Mais tout ce que savent faire les politiques, c’est culpabiliser la population. Les uns doivent se serrer la ceinture pendant que les autres vont faire du golf en jet privĂ©. Ou bien s’offrent de la vaisselle digne de Marie-Antoinette.

Attention, Emmanuel. Lorsque les efforts Ă©normes des uns sont totalement annihilĂ©s par les extravagances des autres, les tĂȘtes tombent.

La guerre contre le pétrodollar

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Depuis les accords de Bretton Woods en 1945, le monde entier est forcĂ© d’utiliser le dollar pour acheter des hydrocarbures. Pourtant, depuis les derniĂšres dĂ©cennies, un vent de contestation souffle de plus en plus fort contre cet Ă©tat de fait. À tel point qu’il n’est pas impossible que le roi pĂ©trodollar puisse ĂȘtre un jour dĂ©chu.

AprĂšs autant de sanctions de la part de l’Occident, la Russie tente par tous les moyens de continuer Ă  vendre son gaz Ă  l’Ă©tranger. Évidemment, son Ă©conomie a sĂ©rieusement besoin de rentrĂ©es d’argent pour Ă©quilibrer sa balance commerciale. Et les mesures qu’elle prend sont une tentative de dĂ©trĂŽner le pĂ©trodollar, ni plus ni moins.

La dette publique russe

La Russie est l’un des pays ayant la dette publique la plus faible au monde, comparĂ©e Ă  son PIB. Contrairement Ă  l’Occident qui vit littĂ©ralement sur la dette publique, la Russie a rĂ©ussi le tour de force de s’en dĂ©barrasser presque totalement.

OĂč donc se trouve la Russie sur cette spirale du monde de la dette ? (dĂ©solĂ©, c’est en anglais : Russia)

Indice : la Russie se trouve en périphérie, en bas à droite. Source : Visual Capitalist

On a entendu parler d’un dĂ©faut possible de la Russie, mais trĂšs sincĂšrement ça me paraĂźt ĂȘtre de la propagande. Oui, bien sĂ»r, les sanctions ainsi que les dĂ©penses liĂ©es Ă  la guerre vont sacrĂ©ment handicaper son Ă©conomie. L’Union EuropĂ©enne rigole en ce moment, en appliquant les sanctions ordonnĂ©es par les AmĂ©ricains, les unes aprĂšs les autres. Entre nous, je me demande combien de temps cela va durer. Cette simple image rĂ©sume la situation.

Les sanctions


L’usage de sanctions Ă©conomiques est assez rĂ©pandu, pourtant leur effet rĂ©el est plutĂŽt controversĂ©. Tout d’abord, les perspectives de sanctions, aussi dures soient-elles, n’ont pas empĂȘchĂ© Poutine d’envahir l’Ukraine. Ensuite, ceux qui prennent les sanctions de plein fouet sont les plus pauvres, pas les Ă©lites. On sait parfaitement que le rĂ©sultat principal des sanctions Ă©conomiques en gĂ©nĂ©ral est d’augmenter la pauvretĂ©.

Quant Ă  ce milliardaire qui se plaint qu’il ne peut plus payer sa bonne, je ne verserai pas une larme pour lui. Au passage, la plupart des oligarques russes Ă©taient en faveur de la guerre, car beaucoup craignaient de perdre du terrain si l’Ukraine venait Ă  prendre ses distances avec la Russie.

Mais surtout, il semblerait que l’Occident ait Ă©puisĂ© toutes ses cartouches d’un coup. Ce n’Ă©tait certainement pas une tactique trĂšs maline, car nous nous retrouvons maintenant dĂ©munis et sans aucun levier supplĂ©mentaire face Ă  la Russie. Cela a laissĂ© Ă  l’« ennemi » le temps d’Ă©laborer une contre-offensive adĂ©quate. Franchement, n’importe qui avec une paire de neurones sait qu’il ne faut pas jouer toutes ses cartes d’un coup. On dirait que ça ne fait pas partie des cours Ă  Science Po ou l’ENA. Quoi, ils ne jouaient mĂȘme pas aux cartes entre les cours, lĂ -bas ?


 ne servent à rien

Bien sĂ»r, on peut se dire que faire crever les populations de faim peut les inciter Ă  se retourner contre leurs dirigeants. RĂ©flĂ©chissons trois secondes. MĂȘme dans nos « dĂ©mocraties », si notre gouvernement dĂ©cide de se lancer dans une guerre, nous n’avons aucun poids pour l’en empĂȘcher. D’ailleurs, nos gouvernements prennent des mesures suicidaires envers la Russie, et nous ne pouvons rien y faire. Comment donc imaginer un instant que les Russes aient une quelconque chance d’arrĂȘter Vladimir Vladimirovitch Poutine ?

Mais il y a pire encore. Ces sanctions, particuliĂšrement violentes, sont le prĂ©texte parfait pour un dictateur de justifier ses actions. « Voyez comme nos ennemis sont haineux. Voyez comme j’ai bien raison de vous en protĂ©ger ! »

Il semblerait que nous soyons dirigĂ©s par des imbĂ©ciles sans un soupçon de bon sens. À moins peut-ĂȘtre qu’une guerre les arrange bien, histoire de dĂ©tourner les esprits des problĂšmes internes dans leur propre pays. Une Ă©conomie chancelante et un systĂšme financier au bord de l’implosion. Ou bien, dans le cas des États-Unis, un budget militaire de plus de 700 milliards de dollars par an, qui paraĂźt bien excessif et difficile Ă  justifier, surtout aprĂšs s’ĂȘtre retirĂ© d’Afghanistan.

La Russie amasse de l’or

Pendant les deux derniĂšres dĂ©cennies, des pays comme la France ou la Suisse se sont massivement dĂ©barrassĂ©s de leur or. À l’inverse, la Russie et la Chine ont amassĂ© ce mĂ©tal Ă  un rythme sans prĂ©cĂ©dent.

Beaucoup de pays occidentaux se dĂ©barrassent de leur or, tandis que la Russie et la Chine remplissent leur stock Ă  toute vitesse. Source : l’IMF.

Par ailleurs, la Russie a la deuxiĂšme rĂ©serve d’or dans ses sous-sols au niveau mondial, juste derriĂšre l’Australie.

Il est clair que la Russie a prĂ©vu de se protĂ©ger contre d’Ă©ventuelles sanctions grĂące Ă  son stock massif d’or. Sans surprise, les États-Unis tentent de bannir toute transaction impliquant de l’or avec la Russie. Le problĂšme est que, contrairement Ă  un systĂšme numĂ©rique avec lequel il suffit de cliquer sur un bouton, il est quasiment impossible de bannir les transactions en or. C’est un actif intraçable qui peut ĂȘtre Ă©changĂ© physiquement, fondu et transformĂ©.

Valeur du rouble

Note prĂ©liminaire : SWIFT est un systĂšme Ă©lectronique qui permet aux banques d’Ă©changer de la monnaie dans le monde entier. L’essentiel du commerce mondial passe par lĂ . À cause de son monopole, certains pays, comme la Russie, dĂ©veloppent depuis quelques temps dĂ©jĂ  des systĂšmes alternatifs. Par ailleurs, il est de notoriĂ©tĂ© publique que les AmĂ©ricains n’hĂ©sitent pas Ă  tout faire pour siphonner les informations qui transitent par ce systĂšme
 contre le terrorisme, bien sĂ»r.

Les sanctions de l’Occident, y compris le bannissement de la Russie du rĂ©seau SWIFT, ont sĂ©rieusement affaibli le rouble. Pour la petite histoire, couper un pays entier de SWIFT est sans prĂ©cĂ©dent. Des banques iraniennes ont subi ce genre de sanctions dans les affaires du nuclĂ©aire iranien, mais un tel ostracisme d’un pays entier n’a jamais eu lieu. Pourtant, cela n’a pas arrĂȘtĂ© la guerre pour autant.

De plus, un autre de type de sanctions dont on parle peu proviennent des agences de notation. Elles ont baissĂ© la note de la Russie, ce qui a pour effet d’augmenter les intĂ©rĂȘts pour obtenir de la monnaie. C’est une sanction qui ne dit pas son nom, d’importance capitale, si je puis dire. Et elle vient exactement des mĂȘmes acteurs occidentaux que les autres sanctions, puisque les agences de notation sont dirigĂ©es par les mĂȘmes que les requins du systĂšme financier de toute façon.

En consĂ©quence, la Russie est face Ă  une menace de taille : l’effondrement possible du rouble. Ce pourrait ĂȘtre une bĂ©nĂ©diction pour un pays croulant sous les dettes, mais ce n’est pas le cas de la Russie. La dĂ©prĂ©ciation du rouble signifie que la Russie risque d’avoir du mal Ă  importer des produits Ă  prix acceptable pour sa population.

Le levier de l’Ă©nergie

MalgrĂ© tout, en dĂ©pit du bannissement total de SWIFT, l’Allemagne a immĂ©diatement levĂ© la voix : hors de question de bannir les paiements pour le gaz russe, c’est une question de vie ou de mort pour les Allemands en plein hiver. Ainsi, tous les paiements sont suspendus, sauf ceux pour le gaz. TrĂšs pratique.

Au passage, cela laisse d’autant plus songeur. S’ils se prĂ©paraient Ă  cette guerre depuis longtemps, pourquoi les Russes n’ont-ils pas attaquĂ© l’Ukraine en novembre dernier ? Ils auraient eu une carte d’autant plus forte Ă  jouer avec le gaz pendant tous les mois d’hiver. Par ailleurs, ils adorent le froid et ils auraient Ă©galement pu utiliser le sol gelĂ© pour dĂ©ployer leurs tanks et autres vĂ©hicules par les champs plutĂŽt que d’ĂȘtre coincĂ©s comme ils l’ont Ă©tĂ© sur les routes. Peut-ĂȘtre n’ont-ils pas eu le temps de peindre leurs chars en blanc ?

En tout cas, une chose est sĂ»re : l’Union EuropĂ©enne ne peut se passer totalement du gaz russe, c’est une question de survie. Certains experts affirment d’ailleurs que mĂȘme le gaz amĂ©ricain ne peut ĂȘtre une alternative pour au moins les 10 prochaines annĂ©es. L’infrastructure nĂ©cessaire, y compris les bateaux eux-mĂȘmes, est massive. En effet, la totalitĂ© des bateaux gaziers dans le monde peut actuellement livrer environ un milliard de mĂštres cubes de gaz par an. L’UE en consomme 150 milliards par an.

Poutine est donc en train de tirer parti du talon d’Achille de l’Europe pour sauver le rouble. En d’autres termes, il dit clairement : vous voulez me mettre des sanctions, eh bien je vous propose un deal que vous ne pouvez pas refuser, et qui va annuler vos sanctions. Et du cĂŽtĂ© europĂ©en, on a dĂ©jĂ  Ă©puisĂ© toutes nos cartouches.

Le pétrodollar

Pour rappel, depuis la fin de la DeuxiĂšme Guerre Mondiale, les hydrocarbures s’achĂštent uniquement en dollars. Les dollars accumulĂ©s par le vendeur s’appellent alors des « pĂ©trodollars ». Aucun moyen de passer outre, et ceux qui ont essayĂ©, comme Saddam Hussein ou Mouammar Khaddafi, ont rencontré  quelques problĂšmes « mineurs », menant Ă  leur dĂ©cĂšs.

Mais les BRICS ne sont pas l’Irak ou la Libye. La Chine paie dĂ©jĂ  une partie de son gaz Ă  la Russie en petroyuan plutĂŽt qu’en dollars depuis 2017. Pire encore, l’Arabie Saoudite, pourtant alliĂ©e de longue date aux États-Unis, dĂ©clare rĂ©cemment qu’elle aussi est prĂȘte Ă  accepter le petroyuan. C’est un vĂ©ritable tremblement de terre gĂ©opolitique dont peu de monde parle.

En tout cas, la manƓuvre de Poutine semble fonctionner, la chute du rouble a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©e. En effet, si on se met Ă  acheter du rouble afin de pouvoir acheter du gaz russe, cela augmente la demande, et donc la valeur, du rouble.

Dans le mĂȘme temps, les dollars que tout le monde s’arrachait pour acheter des hydrocarbures perdent une partie de leur utilitĂ©, ce qui a Ă©videmment un impact sur la valeur du dollar. Bien entendu, si on ne parle que du gaz russe, l’impact est nĂ©gligeable. Mais si d’autres acteurs majeurs dans le monde se mettent Ă  suivre la tendance et prĂ©fĂ©rer d’autres monnaies pour Ă©changer, les dollars actuellement en circulation vont retourner aux États-Unis, ce qui risque d’augmenter encore un peu plus la tendance inflationniste actuelle.

Les cryptomonnaies

En 2017, je prĂ©venais dĂ©jĂ  dans mon livre « La monnaie : ce qu’on ignore » que les Russes s’intĂ©ressaient de prĂšs aux cryptomonnaies. Typiquement, la Banque Centrale de la FĂ©dĂ©ration de Russie s’affaire Ă  crĂ©er une monnaie digitale fĂ©dĂ©rale.

Évidemment, cette monnaie ne serait pas une cryptomonnaie dĂ©centralisĂ©e. La Russie est bien sĂ»r opposĂ©e Ă  des systĂšmes dont elle pourrait perdre le contrĂŽle, au moins en partie.

Mais lĂ  encore, le principe de rĂ©alitĂ© prĂ©vaut : le Kremlin cherche Ă  vendre son gaz coĂ»te que coĂ»te. Y compris avec des cryptomonnaies. Mais cela reste le privilĂšge des pays « amis ». C’est une nouveautĂ©, car les cryptomonnaies ont mĂȘme Ă©tĂ© bannies un temps du sol russe.

La planche Ă  billets

Mes lecteurs savent dĂ©jĂ  que le nombre d’euros et de dollars en circulation a explosĂ© de maniĂšre exponentielle ces derniĂšres dĂ©cennies. Typiquement, la masse monĂ©taire en euros a doublĂ© chaque dĂ©cennies depuis sa crĂ©ation. Pas Ă©tonnant que l’inflation pointe finalement le bout de son nez !

 

Le rouble or

Depuis les rĂ©ponses russes aux sanctions, les pays occidentaux n’ont plus le choix. Ils vont devoir payer leur gaz en roubles ou
 en or. Et ce, Ă  partir du 31 mars 2022. Ah, certes, des voix s’Ă©lĂšvent pour dire que les contrats sont clairs et qu’on ne peut les changer. On verra ce qu’on verra le jour oĂč les Russes finiront par couper le gaz.

Mais ce n’est pas tout ! Par ailleurs, la banque centrale russe indique qu’elle est prĂȘte Ă  acheter de l’or avec des roubles Ă  un taux fixe. D’une certaine maniĂšre, cela revient Ă  fixer un Ă©talon or. C’est un message clair au monde que le rouble n’est pas comme les monnaies occidentales crĂ©Ă©es sur du vent.

La Russie semble donc vouloir faire un appel au retour de l’Ă©talon or. Elle lance aussi un signal Ă  tout investisseur que les sanctions peuvent ĂȘtre sans limite. L’Occident peut saisir tout ce qu’il a sous la main Ă  tout instant et sous n’importe quel prĂ©texte. Le message est clair : « Ne faites pas confiance aux banques occidentales, ne vous laissez pas impressionner par les marchĂ©s occidentaux extrĂȘmement volatiles et qui peuvent s’Ă©vaporer en un instant ; non, pariez plutĂŽt pour la valeur sĂ»re qu’est l’or, ou bien mĂȘme son Ă©quivalent, le rouble. »

Les Ă©talons Ă©chouent toujours

Sur le court terme, on peut dire que ces actions peuvent payer, en particulier en rĂ©ponse aux sanctions. En revanche, cela pourrait s’avĂ©rer nĂ©faste sur le long terme.

Dans la culture populaire, il y a une vision manichĂ©enne avec une vision en noir et blanc. D’un cĂŽtĂ©, des monnaies crĂ©Ă©es sur « du vent », sans valeur. De l’autre, des monnaies adossĂ©es Ă  « du concret », typiquement de l’or. Malheureusement, l’histoire a montrĂ© que les Ă©talons, en particulier sur l’or, sont particuliĂšrement ravageurs.

Rappelons-nous ce qui est arrivĂ© avec l’Ă©talon or des dollars dans la deuxiĂšme moitĂ© du XXĂšme siĂšcle. Son abandon par Nixon en 1971 a causĂ© les crises pĂ©troliĂšres des annĂ©es 1970. Au XIXĂšme siĂšcle ainsi qu’au dĂ©but du XXĂšme siĂšcle, les monnaies basĂ©es sur l’or ont causĂ© beaucoup de misĂšre dans les populations. Plus rĂ©cemment, la chute du bolivar vĂ©nĂ©zuĂ©lien est due Ă  un Ă©talon fixĂ© par le gouvernement entre le bolivar et le dollar.

Je pense que cette histoire de « 5000 roubles = 1 once d’or » est du grand spectacle. C’est un message au monde, un rappel cinglant que bĂątir toute une Ă©conomie sur de la dette est extrĂȘmement risquĂ©.

Une recette contre la guerre

Ceci est tirĂ© d’un groupe constituant, et narrĂ© par Étienne Chouard. Ce dernier nous rappelle sans cesse qu’il est absurde de laisser les politiciens Ă©crire le texte qui est censĂ© les contrĂŽler. C’est un peu comme dĂ©signer son chien comme gardien du sandwich. DĂ©solĂ© pour les chiens qui lisent cela, je sais que votre queue remue dĂ©jĂ .

Voici une recette simple pour Ă©viter la guerre. Si tous les pays adoptaient cette rĂšgle, nous vivrions sans aucun doute dans un monde en paix.

  1. Aucune guerre ne peut ĂȘtre dĂ©clarĂ©e sans un rĂ©fĂ©rendum ouvert.
  2. Au cas oĂč le « oui » l’emporterait pour la guerre, quiconque a rĂ©pondu « oui » se voit attribuĂ© un fusil et doit aller au front illico. Aucune obligation pour quiconque a votĂ© « non ».
  3. Une fois que les premiers ont Ă©tĂ© tuĂ©s, on refait un rĂ©fĂ©rendum pour savoir s’il y a de nouveaux volontaires pour continuer la guerre.
  4. Retour à la case départ.

L’euro digital, l’arme ultime de la BCE

Avertissement : ce que j’explique ici n’est pas ma propre opinion, mais n’est que le point de vue des banquiers centraux. Si j’Ă©tais banquier central, nul doute que mes solutions seraient toutes diffĂ©rentes. Je mets bout Ă  bout des Ă©vĂ©nements et dĂ©clarations pour tenter d’expliquer les choix faits par nos banquiers centraux dans le passĂ© et dans le futur proche.

Introduction

Au vu de l’endettement massif partout dans le monde et un systĂšme bancaire Ă  l’agonie, la BCE (Banque Centrale EuropĂ©enne) et l’euro sont au bord du gouffre. On pourrait en dire autant de la Fed aux États-Unis, mais je vais m’attarder dans cet article sur l’Europe.

Dans mon livre paru en 2017 « La monnaie : ce qu’on ignore », je mentionnais dĂ©jĂ  que les banques centrales (y compris la BCE) examinaient dĂ©jĂ  les crypto-monnaies. Ces derniĂšres annĂ©es, la BCE a dĂ©voilĂ© petit-Ă -petit la possibilitĂ© Ă  court terme (quelques annĂ©es) d’offrir d’un « euro digital ». En d’autres termes, les citoyens europĂ©ens pourraient avoir un compte Ă  la BCE. Il y a eu aussi des rumeurs et discussions sur la « monnaie hĂ©licoptĂšre ». Comment tout cela est-il liĂ© ? Pourquoi y en a-t-il besoin ? Y en a-t-il vraiment besoin ?

L’origine

Le problĂšme vient de la maniĂšre dont la monnaie est crĂ©Ă©e actuellement. Dans le systĂšme actuel, ce sont les banques privĂ©es qui crĂ©ent l’essentiel de la monnaie. En tout cas, c’est ainsi dans l’Eurozone et aux États-Unis.

Le systĂšme est le mĂȘme partout dans le monde : les banques centrales crĂ©ent de la monnaie fiat, les banques privĂ©es captent un maximum de cette monnaie dans l’Ă©conomie, et font des crĂ©dits, qu’on appelle Ă  tort « prĂȘts ». En effet, la banque ne « prĂȘte » pas de la monnaie existante, mais crĂ©e de la monnaie lorsqu’elle accorde un crĂ©dit. Cette monnaie est alors dĂ©truite lorsque le crĂ©dit est remboursĂ©. Ce systĂšme provoque de nombreux problĂšmes, comme je l’ai dĂ©taillĂ© dans deux de mes livres : « La monnaie : ce qu’on ignore » et « La monnaie : l’essentiel ».

ArrĂȘtons-nous maintenant Ă  l’un des problĂšmes de ce systĂšme : il lui faut de plus en plus de monnaie. En effet, pour maintenir le systĂšme des crĂ©dits Ă  flot, il faut sans cesse introduire de la nouvelle monnaie dans l’Ă©conomie. Si par accident la masse monĂ©taire vient Ă  diminuer, c’est tout le systĂšme qui risque de s’effondrer car il n’y a plus assez de monnaie pour rembourser les crĂ©dits existants.

Le problĂšme

Mais, direz-vous, pourquoi est-ce rĂ©ellement un problĂšme ? Il se trouve que depuis la crise des subprimes en 2008, l’Ă©conomie elle-mĂȘme ne gĂ©nĂšre plus assez de nouvelle monnaie, plus assez de « croissance », pour maintenir le systĂšme. Au passage, seuls les Ă©conomistes thĂ©oriques ne comprennent pas pourquoi cela pose problĂšme. On ne peut avoir une croissance infinie sur une planĂšte finie, c’est pourtant trĂšs simple Ă  comprendre ! Bon, peut-ĂȘtre que le minage d’astĂ©roĂŻdes nous sauvera de la dĂ©croissance. Peut-ĂȘtre pas.

Bref, aprĂšs la crise de 2008, les banques centrales font face Ă  un problĂšme de taille : comment crĂ©er assez de monnaie pour soutenir le systĂšme bancaire et Ă©viter la catastrophe ? Il n’y avait pas assez de monnaie, et l’Ă©conomie ne crĂ©ait pas assez de crĂ©dits par elle-mĂȘme.

La premiĂšre phase (2008-2015)

Les banques centrales n’ont pas beaucoup de leviers pour interfĂ©rer dans l’Ă©conomie. Elles peuvent crĂ©er de la monnaie physique, billets ou piĂšces, mais seulement jusqu’Ă  un certain point. CrĂ©er cette monnaie physique a un coĂ»t. À l’inverse, crĂ©er de la monnaie pour un crĂ©dit se fait essentiellement en cliquant sur un bouton de souris devant un ordinateur. C’est la raison pour laquelle, dans le monde occidental, 90 % de la monnaie est digitale et crĂ©Ă©e par les banques privĂ©es. C’est diffĂ©rent dans d’autres endroits oĂč les gens utilisent encore beaucoup les espĂšces dans la vie de tous les jours.

MalgrĂ© tout, le rĂŽle des banques centrales est de s’assurer que le systĂšme financier tient debout. Il leur fallait agir en 2008 pour sauver le systĂšme bancaire.

Pour cela, elles ont utilisĂ© leur premier et principal outil : les taux directeurs. En effet, le taux directeur a un impact direct sur les taux des crĂ©dits Ă©mis par les banques privĂ©es. Et Ă©videmment, les taux d’intĂ©rĂȘts ont un rĂŽle important dans l’Ă©mission ou non de crĂ©dits.

Lorsque les taux sont Ă©levĂ©s, les gens hĂ©sitent beaucoup plus Ă  prendre un crĂ©dit qui va leur coĂ»ter cher Ă  rembourser. À l’inverse, lorsque les taux sont bas, tout le monde se rue sur les crĂ©dits puisqu’ils ne coĂ»tent pas grand-chose. C’est assez Ă©vident.

En baissant les taux d’intĂ©rĂȘts, les banques centrales ont rendu les crĂ©dits bancaires beaucoup plus attractifs, ce qui pousse les gens Ă  prendre des crĂ©dits. Et plus de nouveaux crĂ©dits signifie plus de nouvelle monnaie crĂ©Ă©e pour ces crĂ©dits qui circule dans l’Ă©conomie.

La seconde phase (2015-2021)

Cette premiĂšre solution semble idĂ©ale. Malheureusement, lorsque l’Ă©conomie a toujours besoin d’ĂȘtre accĂ©lĂ©rĂ©e mais que les taux d’intĂ©rĂȘts ont tellement baissĂ© qu’ils deviennent nĂ©gatifs, il y a un sĂ©rieux problĂšme. Aucun systĂšme bancaire ne peut survivre en payant les gens pour faire crĂ©dit ! Et pourtant, c’est ce qui est arrivĂ©, les taux des crĂ©dits sont devenus nĂ©gatifs. Ils le sont mĂȘme devenus en Allemagne pour les particuliers pendant un certain temps.

Il fallait donc trouver un autre moyen de maintenir le systĂšme Ă  flot. Malheureusement, les leviers de la banque centrale sont assez limitĂ©s. Normalement, une banque centrale n’est pas censĂ©e crĂ©er de la monnaie digitale. Cette monnaie est d’ailleurs seulement utilisĂ©e par les banques entre-elles pour Ă©quilibrer leurs Ă©changes.

MalgrĂ© tout, il en allait de la survie du systĂšme. La BCE, ainsi que d’autres banques centrales, ont commencĂ© Ă  utiliser un outil qui est normalement rĂ©servĂ© aux situations d’urgence : l’assouplissement quantitatif. Pour faire simple, la banque centrale rachĂšte des dettes d’Ă©tat et injecte de la monnaie dans le systĂšme financier.

GrĂące Ă  ces deux premiĂšres phases, le nombre d’euros en circulation a doublĂ© tous les dix ans, et ce depuis 20 ans. C’est un taux d’inflation de 10 % par an ! J’explique tout cela avec plus de dĂ©tails dans mon livre.

Et maintenant ?

L’assouplissement quantitatif ne peut pas se prolonger Ă©ternellement. De plus, il ne rĂ©sout visiblement pas le problĂšme. En effet, j’ai mentionnĂ© un taux d’inflation Ă  10 % par an, mais ce n’est tout de mĂȘme pas ce qu’on constate au niveau des prix. Ils augmentent, certes, mais ils ne doublent pas tous les 10 ans. En fait, la monnaie qui est gĂ©nĂ©reusement distribuĂ©e aux financiers ne descend jamais dans l’Ă©conomie. Qui a un jour cru au « ruissellement » ?

Les banques centrales font face Ă  une Ă©vidence : il leur faut un autre outil pour sauver le systĂšme bancaire. Évidemment, une mĂ©thode alternative serait d’accepter que le systĂšme actuel ne fonctionne pas, mais cela mettrait un coup certain Ă  leur crĂ©dibilitĂ© !

La dette et l’inflation

Jusqu’Ă  maintenant, la BCE s’est fixĂ© une cible de 2 % d’inflation par an. Comme je l’explique dans « La monnaie : l’essentiel », l’inflation ne peut jamais ĂȘtre calculĂ©e sans tomber dans des biais, mais admettons que la BCE ait rĂ©ussi Ă  maintenir ses 2 % dans les 10 derniĂšres annĂ©es.

Le problĂšme est que l’Ă©conomie actuelle est trĂšs endettĂ©e. Les entreprises sont fortement endettĂ©es car une grande partie des dettes publiques a glissĂ© vers le privĂ©, et la pandĂ©mie de Covid accompagnĂ©e de ses confinements et du ralentissement de l’Ă©conomie ont encore accru ces dettes. De mĂȘme, les Ă©tats ont Ă©tĂ© obligĂ©s de s’endetter fortement pour subventionner leurs Ă©conomies en berne.

Du point de vue d’une banque centrale, il y a un moyen simple de rĂ©duire les dettes de tout le monde : l’inflation. L’idĂ©e est simple : si on doit un montant fixe de monnaie et que la monnaie perd de sa valeur avec le temps, le rĂ©sultat immĂ©diat est que ma dette perd Ă©galement en valeur. Typiquement, si on arrive Ă  maintenir un taux d’inflation Ă  10 % par an, la dette de tout le monde est divisĂ©e par deux en 10 ans.

MalgrĂ© tout, il faut garder en tĂȘte qu’une banque centrale n’est pas censĂ©e crĂ©er de la monnaie directement. Il leur faut changer les rĂšgles si elles veulent le faire.

Une monnaie digitale

La BCE parle de plus en plus de « l’euro digital ». Certains parlent d’une « crypto-monnaie », mais ce n’en est clairement pas une puisqu’une dans le cadre d’une banque centrale, le terme « crypto-monnaie centralisĂ©e » ne peut ĂȘtre qu’un oxymore.

Bref, l’idĂ©e derriĂšre la monnaie digitale de la BCE est que chaque citoyen de l’Eurozone puisse avoir un porte-monnaie virtuel
 Ă  la BCE. En clair, en plus de votre compte en banque actuel, vous et moi aurions Ă©galement un compte Ă  la BCE. Les montants maximum seraient limitĂ©s Ă  quelques milliers d’euros, mais il serait bel et bien lĂ .

La BCE prétend que la principale raison à ce changement est que « les citoyens se détournent des espÚces ».

Vraiment ? Est-ce rĂ©ellement lĂ  la seule raison, voire mĂȘme la principale ? Pourquoi un revirement si soudain, tout ça pour un compte oĂč nous pourrions n’avoir que quelques milliers d’euros alors, que des milliards se baladent tous les jours dans la zone euro ?

La monnaie hélicoptÚre

La « monnaie hĂ©licoptĂšre » est simplement de la monnaie crĂ©Ă©e par la banque centrale et distribuĂ©e sans contrepartie aux citoyens. En Europe, Mario Draghi, le PrĂ©sident de la BCE Ă  l’Ă©poque, disait trouver le concept « intĂ©ressant ». Peter Praet, l’Ă©conomiste en chef de la BCE, a dĂ©clarĂ© :

Oui, toutes les banques centrales peuvent le faire. Vous pouvez crĂ©er de la monnaie et la distribuer au peuple. C’est ça, la monnaie hĂ©licoptĂšre.

Il n’y a aucune annonce officielle comme quoi il serait dans les plans de la BCE de distribuer de la monnaie hĂ©licoptĂšre. Pour autant, il y a beaucoup de gens qui militent pour.

Mais concrĂštement, comment distribuer cette monnaie hĂ©licoptĂšre ? Si tout le monde a plusieurs comptes dans plusieurs banques, il faut identifier les citoyens auprĂšs des Ă©tats, demander dans quelle banque ils prĂ©fĂšrent recevoir la monnaie, faire des versements, etc. C’est compliquĂ©. Il faut aussi ne pas distribuer de monnaie aux associations et entreprises qui ont un compte, etc.

Mais si soudain, chaque citoyen de la zone euro a un compte en banque Ă  la BCE, c’est tout de suite beaucoup plus simple ! D’un simple clic, vous pouvez crĂ©diter tous les comptes d’un certain montant ! On peut dire que le compte Ă  la BCE utilisant de la monnaie digitale est en quelque sorte le prĂ©requis de la monnaie hĂ©licoptĂšre.

Est-ce vraiment une option sérieuse ?

RĂ©flĂ©chissez. Le systĂšme bancaire est en train de couler, obligĂ© de donner des sous aux gens pour qu’ils fassent des crĂ©dits. La BCE a tout essayĂ© pour injecter de la monnaie dans le systĂšme, en vain. Et elle est Ă  court d’options. Par-dessus le marchĂ©, il y a beaucoup de dettes partout, dettes qui vont couler tout le monde tĂŽt ou tard.

Et lĂ , soudain, vous avez un outil qui permet d’injecter directement et facilement de la monnaie dans l’Ă©conomie. Vous crĂ©ez de l’inflation, ce qui va rĂ©duire les dettes. Et au passage, vous vous dĂ©barrassez des espĂšces qui vous coĂ»tent cher, tout en accroissant votre contrĂŽle sur les flux de monnaie – et permet de limiter le blanchiment.

Si j’Ă©tais dans les bottes d’un banquier central et que je voulais maintenir le systĂšme, je n’hĂ©siterais pas une seconde Ă  utiliser cet outil providentiel.

Un nouveau « truc » centralisé

Nous ne devons pas nous mĂ©prendre sur les intentions. Il s’agit ni plus ni moins que d’un outil de contrĂŽle. On pourrait mĂȘme parler d’outil de contrĂŽle suprĂȘme.

Certains Ă©voquent depuis quelques temps dĂ©jĂ  que cela pourrait aller bien au-delĂ  de la « monnaie ». Par exemple, il serait possible via ce systĂšme de distribuer des « bons alimentaires ». En d’autres termes, vous recevriez de la « monnaie » sur votre compte, mais vous ne pourriez dĂ©penser cette monnaie que pour acheter des produits alimentaires de premiĂšre nĂ©cessitĂ©.

On peut Ă©galement parfaitement imaginer un « revenu de base » indexĂ© sur votre « note » attribuĂ©e par l’État. Un crĂ©dit social Ă  la chinoise, avec un effet direct sur ce que vous percevriez. Pourquoi pas l’utiliser Ă©galement pour dĂ©cider du niveau auquel vous devez ĂȘtre taxĂ©. On peut aller trĂšs trĂšs loin avec ce systĂšme, en terme de contrĂŽle, bien sĂ»r.

Et nous dans tout ça ?

Bien sĂ»r, tout cela n’est que la vision d’un banquier central. En tant qu’individu qui a beaucoup rĂ©flĂ©chi Ă  la monnaie, je suis persuadĂ© qu’il vaudrait mieux se dĂ©barrasser du systĂšme bancaire actuel. Repartir de zĂ©ro. Ce ne serait pas la premiĂšre fois dans l’histoire. Et parfois, plutĂŽt que de laisser pourrir un systĂšme malade, un nouveau dĂ©part avec un meilleur systĂšme est largement prĂ©fĂ©rable.

Certains pensent que la monnaie hĂ©licoptĂšre est une forme de revenu universel, ou revenu de base. Comme j’ai prĂ©venu dans mon livre, le revenu universel peut Ă©galement ĂȘtre un piĂšge. Une astuce, un tour de passe-passe, pour maintenir le systĂšme vĂ©reux actuel Ă  flot.

Pour nous, citoyens, il y a dĂ©jĂ  une alternative, et chacun d’entre nous peut la choisir en toute libertĂ© et en toute conscience : la monnaie libre. Assurez-vous de lire la ThĂ©orie Relative de la Monnaie ainsi que mon livre « La monnaie : ce qu’on ignore » pour dĂ©couvrir toutes vos options pour choisir un systĂšme monĂ©taire.

Ponzi et création monétaire

Les chaĂźnes de Ponzi

Fabien Olicard est un mentaliste talentueux. Dans une vidĂ©o rĂ©cente, il explique le mĂ©canisme des pyramides de Ponzi. Je ne sais pas s’il a choisi le timing sciemment pour la publication de cette vidĂ©o, mais vu la conjoncture, la coĂŻncidence est particuliĂšrement troublante ! En effet, le systĂšme de crĂ©ation monĂ©taire du systĂšme bancaire est basĂ© sur ce principe. Et non, je n’exagĂšre rien.

 

La création monétaire par le crédit

Les lecteurs de mes livres savent dĂ©jĂ  que, quand vous obtenez un crĂ©dit de votre banque, elle ne vous prĂȘte pas de la monnaie qu’elle a dĂ©jĂ . Elle crĂ©e ce montant sur votre compte par une simple Ă©criture comptable, c’est juste un nombre saisi dans un ordinateur. Cela s’appelle la crĂ©ation monĂ©taire ex-nihilo. Cette crĂ©ation suit un certain nombre de rĂšgles, qu’on ne va pas dĂ©tailler ici.

Mais les intĂ©rĂȘts du crĂ©dit, eux, ne sont pas crĂ©Ă©s. Seul le principal est crĂ©Ă©. Cela signifie que, pour rembourser ces intĂ©rĂȘts, il faut bien aller les chercher quelque part, ailleurs, pour les rembourser. Ailleurs, mais oĂč ? On doit forcĂ©ment ponctionner de la monnaie qui a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e par d’autres crĂ©dits. Or, ces autres crĂ©dits ont Ă©tĂ© octroyĂ©s Ă  d’autres individus ou entreprises, qui, Ă  leur tour, vont avoir bien du mal Ă  rembourser
 leur seule solution est d’aller prendre Ă  leur tour de la monnaie d’autres crĂ©dits, etc. D’oĂč un endettement perpĂ©tuel et croissant de toute la population, y compris des Ă©tats. Et cela, absolument partout dans le monde puisque le systĂšme bancaire fonctionne de cette mĂȘme maniĂšre dans tous les pays Ă  de rares exceptions prĂšs.

Analogie avec Ponzi


Le systĂšme de crĂ©ation monĂ©taire par les banques privĂ©es est donc exactement basĂ© sur le mĂȘme principe qu’une pyramide de Ponzi : celui qui crĂ©e la monnaie s’enrichit constamment sur le dos de ceux pour qui il crĂ©e de la monnaie, et ce de plus en plus puisque ce sont les nouveaux entrants qui doivent fournir aux prĂ©cĂ©dents les intĂ©rĂȘts qu’ils doivent rembourser.

Toute chaĂźne de Ponzi a une fin

Un systĂšme pyramidal de ce type ne peut jamais durer Ă©ternellement dans un monde fini. En effet, pour payer les membres existants, il est nĂ©cessaire de faire entrer de nouveaux membres sans cesse. Lorsqu’il n’y a plus assez de nouveaux entrants pour alimenter les anciens, le chĂąteau de cartes s’effondre par manque de fonds.

C’est exactement ce qui est en train de se produire aujourd’hui avec le systĂšme bancaire. C’est d’ailleurs ce qui aurait dĂ» se produire en 2008 si les Ă©tats un peu partout dans le monde ne s’Ă©taient pas endettĂ©s pour renflouer le systĂšme bancaire en dĂ©route. Pas Ă©tonnant que les intĂ©rĂȘts des crĂ©dits aient Ă©tĂ© ramenĂ©s quasiment Ă  zĂ©ro par les banques centrales dans la dĂ©cennie passĂ©e, on sent bien que la supercherie ne peut plus continuer beaucoup plus longtemps. La Covid-19 est probablement le dernier clou dans le cercueil


Pour aller plus loin


Voici un extrait de mon livre « La monnaie : l’essentiel », dans lequel j’ai utilisĂ© dans les chapitres prĂ©cĂ©dents l’exemple de naufragĂ©s sur une Ăźle utilisant des Ă©meraudes comme monnaie d’Ă©change.

L’intĂ©rĂȘt esclavagiste

Imaginons Ă  nouveau une Ăźle, cette fois avec 10 naufragĂ©s. Au lieu d’Ă©changer des Ă©meraudes, ils font appel Ă  un onziĂšme protagoniste qui se prĂ©tend banquier ; ils le croient, car il a encore sa cravate. Il leur propose de leur crĂ©diter 100 unitĂ©s chacun, ils devront rembourser 10 unitĂ©s tous les mois sur un an, ce qui fera 120 unitĂ©s Ă  rembourser, soit 20 % d’intĂ©rĂȘts. Ils ont envie d’avoir de la monnaie pour leurs Ă©changes, ils acceptent donc la proposition du banquier.

Celui-ci a « oubliĂ© » de leur expliquer que, sur les 12 mensualitĂ©s qu’il va percevoir, les deux premiĂšres sont des intĂ©rĂȘts qu’il va conserver, puis il dĂ©truira les 10 autres, pour dĂ©truire exactement ce qu’il a crĂ©Ă©, c’est-Ă -dire 100 par personne.

ArrĂȘtons-nous quelques instants et calculons :

  • il y a au total 100 unitĂ©s crĂ©ditĂ©es × 10 naufragĂ©s, soit 1 000 unitĂ©s en circulation,
  • il faut rembourser 10 par mois × 12 mois × 10 naufragĂ©s, soit 1 200 unitĂ©s au total au banquier.

Comment est-ce possible ? Il n’y a pas assez d’unitĂ©s en circulation pour rembourser le banquier. Pire encore, Ă  partir du dixiĂšme mois, il n’y aura plus une seule unitĂ© en circulation dans l’Ă©conomie puisque chacun aura remboursĂ© 100, c’est-Ă -dire l’intĂ©gralitĂ© de la monnaie qui a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e ! Il leur restera Ă  rembourser deux mois Ă  10 par mois soit 200 pour les 10 naufragĂ©s.

Mais on a oubliĂ© tout de mĂȘme un dĂ©tail : le banquier, lui, sera en possession des deux premiĂšres mensualitĂ©s, soit 10×2×10=200. Ce sont les intĂ©rĂȘts qu’il n’a pas dĂ©truits. À partir de ce constat, tout dĂ©pend de ce que le banquier dĂ©cide de faire avec ces 200 unitĂ©s.

Si le banquier dĂ©cide d’utiliser cette monnaie pour se payer Ă  manger grĂące au travail des autres naufragĂ©s, il lui suffit de dĂ©penser tranquillement ces intĂ©rĂȘts pour se nourrir. Il peut alors passer ses journĂ©es dans un hamac au bord de l’eau, cocktails et caviar fournis par sa main-d’Ɠuvre qu’il paye avec les intĂ©rĂȘts qu’il a rĂ©coltĂ©s. Dans ce cas, s’il dĂ©pense tous les intĂ©rĂȘts, il rĂ©injecte 200 unitĂ©s dans l’Ă©conomie, exactement celles qui manquaient pour rembourser tous les crĂ©dits.

MalgrĂ© tout, mĂȘme dans ce scĂ©nario parfait, il n’y a Ă  la fin de l’annĂ©e plus aucune unitĂ© en circulation dans l’Ăźle, car le banquier a dĂ©truit les derniĂšres mensualitĂ©s, comme prĂ©vu. C’est la crise. Chacun est Ă  nouveau obligĂ© de demander un nouveau crĂ©dit au banquier. Et donc de lui servir le caviar pour l’annĂ©e qui vient. Et ceci indĂ©finiment.

L’intĂ©rĂȘt manquant

Nous avons examiné un scénario, mais il en reste deux autres.

Si le banquier dĂ©cide de partir lui-mĂȘme Ă  la pĂȘche pour se nourrir et qu’il conserve ces 200 unitĂ©s dans son coffre, alors effectivement il n’y aura jamais assez de monnaie pour le rembourser. Dans ce cas, les naufragĂ©s n’ont qu’une seule solution pour terminer de rembourser le banquier : faire de nouveaux crĂ©dits, qui incluront donc la fin du remboursement des anciens crĂ©dits. Chaque naufragĂ© devra donc faire un crĂ©dit de 100+20 pour l’annĂ©e suivante, soit 120. Mais cette fois les mensualitĂ©s seront de 12 au lieu de 10. Et dix mois plus tard, il restera alors 24 Ă  rembourser chacun tandis que toute la monnaie aura disparu. On se retrouve ainsi Ă  faire des crĂ©dits de plus en plus gros pour rembourser de plus en plus d’intĂ©rĂȘts.

On se retrouve exactement dans le mĂȘme cas si le banquier dĂ©cide de ne dĂ©penser qu’une partie des intĂ©rĂȘts qu’il a rĂ©coltĂ©s. Il n’y a pas assez de monnaie pour tout rembourser, les naufragĂ©s sont obligĂ©s de faire des crĂ©dits de plus en plus gros au fil du temps.

Dans la rĂ©alitĂ©, comme tous les crĂ©dits ne sont pas octroyĂ©s en mĂȘme temps dans l’Ă©conomie, les acteurs de l’Ă©conomie doivent « piocher » dans les crĂ©dits des autres pour rembourser leurs propres crĂ©dits. Mais cette monnaie manque alors aux autres, qui se trouvent obligĂ©s Ă  leur tour de ponctionner dans la monnaie d’autres crĂ©dits, et ainsi de suite.

L’arnaque du Revenu Universel d’ActivitĂ©

Le Gouvernement Ă©tudie actuellement dans le plus grand silence mĂ©diatique, depuis de nombreux mois, le remplacement des aides sociales par une aide unique au doux nom de « Revenu Universel d’ActivitĂ© ».

Une arnaque de plus

Que cache cette nouvelle mesure, annoncĂ©e pour trĂšs bientĂŽt, puisque c’est pour 2020 ? Vu l’Ă©chĂ©ance, on en entend trĂšs peu parler dans les mĂ©dias. Mais il y a un trĂšs joli site bien touffu de « consultation citoyenne »  avec une participation citoyenne extrĂȘmement faible, logique. C’est bien le signe qu’on vous prĂ©pare le coup du lapin assorti de « mais, on a consultĂ© les citoyens avant ! ». Un peu comme le rĂ©fĂ©rendum ADP.

En rĂ©sumĂ©, ça pue l’arnaque. Le Gouvernement va encore probablement faire des « Ă©conomies », tirant tout le monde encore plus vers le bas. Mais bien sĂ»r, tout en s’assurant que les plus misĂ©reux aient leur miche de pain pour Ă©viter qu’ils se rĂ©voltent. Attention ça va piquer !

Sous couvert affichĂ© de « lutter contre la pauvretĂ© », il s’agit en rĂ©alitĂ© d’aider le Medef Ă  baisser les salaires encore davantage. Astuce pratique pour traiter tous les opposants de vilains capitalistes qui refusent de lutter contre la pauvretĂ©. On ne peut d’ailleurs que s’inquiĂ©ter davantage puisque le Gouvernement s’apprĂȘte Ă  dĂ©manteler « l’Observatoire national de la pauvretĂ© » juste avant l’arrivĂ©e de cette rĂ©forme. Hasard de calendrier ? Peut-ĂȘtre pas.

Inciter Ă  travailler – coĂ»te que coĂ»te

En rĂ©alitĂ©, le but Ă  peine cachĂ© est de « mettre les fainĂ©ants au travail ». C’est dit avec des fleurs, mais le message de fond est bien celui-lĂ . En clair, bien vous mettre la tĂȘte dans la gadoue pour vous obliger Ă  trouver un travail coĂ»te que coĂ»te, sans aucun doute, ce revenu sera
 frugal, comparĂ© aux aides actuelles. C’est pour votre bien : lorsque vous retrouverez un travail, vous gagnerez plus d’argent ! D’autre part, il est prĂ©vu d’ĂȘtre dĂ©gressif pour que vous n’ayez plus le choix Ă  un moment donnĂ© : vous prostituer ou mourir de faim. Ce qui aura pour effet Ă©vident une baisse gĂ©nĂ©rale des salaires.

Pour rappel, les diffĂ©rentes aides sociales existantes sont rarement lĂ  juste pour la dĂ©co. Elles existent pour palier Ă  des problĂšmes spĂ©cifiques de chaque individu. Tout le monde n’a pas les mĂȘmes contraintes. Ni les mĂȘmes handicaps. Pas non plus les mĂȘmes difficultĂ©s Ă  retrouver un travail. ActivitĂ©s saisonniĂšres, intermittentes, Ă  temps plein ou non, en horaires dĂ©calĂ©s, etc. Pas les mĂȘmes contraintes budgĂ©taires en fonction de la famille et du lieu oĂč on habite, etc.

Au fait, le RUA s’appliquera-t-il aux Élus de la Ripoublique et aux Milliardaires ?

Universel ?

« Revenu Universel Sous Conditions de Ressources ». Universel ? Non puisque « sous condition ».

L’oxymore parfait.

L’art de dĂ©tourner les mots et de les utiliser pour ce qu’ils ne sont pas, version Novlangue. Si c’Ă©tait « Universel », ce serait versĂ© Ă  chaque individu, qu’il travaille ou non, quelle que soit sa situation. Ce qui, au passage, l’inciterait trĂšs clairement Ă  travailler puisque cela viendrait s’ajouter Ă  son salaire. Mais il ne faut pas rĂȘver non plus. Les expĂ©riences de ce type sont « trop coĂ»teuses » pour un Ă©tat asphyxiĂ© par des dĂ©cisions budgĂ©taires et Ă©conomiques absurdes. Lesquelles ?

DĂ©tourner l’attention, toujours

Évidemment, il s’agit comme d’habitude d’une redistribution monĂ©taire qui ne pose pas les bonnes questions. On dĂ©tourne systĂ©matiquement les tĂȘtes de lĂ  oĂč il faudrait regarder.

  • Évasion fiscale = 100 milliards d’euros par an. Mais on tape sur les chĂŽmeurs et l’APL des Ă©tudiants. Tout en supprimant l’ISF, ce qui a eu pour effet de bord prĂ©visible de diminuer les dons aux associations caritatives.
  • Dette publique due aux intĂ©rĂȘts = 40 milliards d’euros par an. Dette jamais remise en question bien qu’illĂ©gitime.
  • Lobby de la grande distribution qui se permet d’occuper illĂ©galement des sols = plus de 400 milliards d’euros d’arriĂ©rĂ©s. Tandis qu’on met une amende de 500€ pour un SDF ou un gilet jaune qui a Ă©rigĂ© une cabane.
  • Bradage systĂ©matique au privĂ© des infrastructures publiques dans lesquelles on vient d’investir massivement : autoroutes, gares, aĂ©roports, Française des Jeux, barrages, etc. Les Grecs ont dĂ» le faire sous la contrainte et les menaces. Pour la France, c’est fait tranquillement au vu de tous, petit-Ă -petit.

Escamoter systĂ©matiquement l’essentiel

Inonder la population de complications pour qu’elle n’ait jamais le temps de s’interroger sur la racine des problĂšmes. S’assurer qu’elle vit au jour-le-jour, soit dĂ©bordĂ©e d’information de moindre importance. Pour Ă©clipser, cacher en plein jour, les questions essentielles.

La plus importante : le pouvoir de la crĂ©ation monĂ©taire laissĂ© aux banques privĂ©es. Ce qui leur donne le pouvoir de financer avant tout le pĂ©trole, l’industrie pharmaceutique et chimique, et les guerres. Surtout pas les hĂŽpitaux, l’Ă©ducation, la permaculture ou les pompiers, pas assez rentables.

Le Dividende Universel de la monnaie libre, lui, répond à la vraie question de la création monétaire. Il est réellement « Universel » : un humain = un dividende. La vraie remise en question est là. Et il faut à tout prix éviter que ce débat atteigne la sphÚre publique.

Pris de court ? Vraiment ?

L’Ă©tonnement

Certains s’Ă©tonnent des tournures que prend actuellement le systĂšme financier. Partout, on est surpris que les marchĂ©s financiers aient des hoquets. Les craintes d’une crise financiĂšre grave Ă  la rentrĂ©e s’accentuent. Un peu comme tous les ans ces derniĂšres annĂ©es, d’ailleurs.

Dans la droite ligne de tous les critiques actuels du systÚme financier, on peut lire dans un récent article de Mediapart le paragraphe suivant :

« Il y a des signes qui ne trompent pas. Quand les financiers brusquement redĂ©couvrent l’attrait de l’or, quand ils sont prĂȘts Ă  perdre de l’argent pour le mettre dans des placements jugĂ©s sĂ»rs, quand ils commencent Ă  s’inquiĂ©ter de la liquiditĂ© sur les marchĂ©s, c’est que la mĂ©canique financiĂšre est en train de se dĂ©rĂ©gler, que la peur est en train de gagner. »

La mĂ©canique financiĂšre est en train de se dĂ©rĂ©gler. Comme si c’Ă©tait un fait nouveau !


 cependant


On ne pourra pourtant pas dire qu’il n’y avait pas de sĂ©rieux signes avant-coureurs, et ce depuis longtemps :

 
  • les subprimes et produits dĂ©rivĂ©s ne se sont jamais aussi bien portĂ©s – dĂ©solĂ© pour le sarcasme,
  • les dettes des Ă©tats s’envolent Ă  tel point qu’on sait tous depuis longtemps que ces dettes ne seront jamais remboursables par les circuits classiques, et je ne parle mĂȘme pas du hors bilan qui sert Ă  en planquer sous le tapis

  • les quelques agences de notation Ă©litistes sont les faucheuses du systĂšme, qui peuvent dĂ©capiter des tĂȘtes Ă  volontĂ©,
  • les plus gros spĂ©culateurs filent en masse dans des marchĂ©s de grĂ© Ă  grĂ© (dark pools) pour Ă©chapper au contrĂŽle des banques centrales depuis plus d’une dĂ©cennie,
  • les banques centrales injectent de la monnaie Ă  tout-va dans le systĂšme financier depuis des annĂ©es – la perfusion,
  • les taux restent nĂ©gatifs sur des durĂ©es prolongĂ©es ce qui est un risque immĂ©diat pour tout le systĂšme bancaire – le palliatif, un enfant comprend que quelqu’un qui prĂȘte ou crĂ©dite de la monnaie Ă  taux nĂ©gatifs va finir par couler, Ă  moins bien sĂ»r qu’on l’arrose de monnaie par ailleurs,




L’Ă©vidence

Tout cela est Ă©videmment de la pure folie, un systĂšme dont on sait qu’il n’est pas soutenable, et qui est mis sous perfusion, puis sous soins palliatifs. Le colosse aux pieds d’argile ne peut pas durer sur le long terme. C’est une Ă©vidence pour quiconque s’intĂ©resse un peu Ă  la question en profondeur.

Et qu’on ne me raconte pas que ses architectes ne sont pas au courant – ce qu’ils avanceront, bien Ă©videmment, le jour oĂč le chĂąteau de cartes s’Ă©croulera, Ă  l’image de Janet Yellen, dĂ©clarant en 2011 Ă  propos de la crise de 2008 : « Je n’ai pas apprĂ©ciĂ© les risques liĂ©s Ă  la titrisation, aux agences de notation, Ă  la finance de l’ombre, aux vĂ©hicules hors bilan, je n’ai rien vu venir de tout cela jusqu’Ă  ce que ça arrive. »

Mais c’est bien sĂ»r !

Soyons radicaux !

En fait, mĂȘme la plupart de ceux qui avaient repĂ©rĂ© ces signes avant-coureurs ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. Ils ne s’intĂ©ressent qu’Ă  des consĂ©quences superficielles d’une cause plus profonde.

Ce n’est qu’en pointant la cause premiĂšre, la racine du problĂšme, qu’on peut enfin se libĂ©rer de la cascade d’inĂ©galitĂ©s qui en dĂ©coulent. Cette source initiale a un nom : la crĂ©ation monĂ©taire.

En effet, un systĂšme oĂč des « Ă©lites » ont le monopole de la crĂ©ation monĂ©taire, et ce Ă  volontĂ©, ne pouvait que terminer comme il est aujourd’hui.

La monnaie libre, et la Ğ1 propulsĂ©e par Duniter, son implĂ©mentation lancĂ©e en 2017, est en cela une vĂ©ritable rĂ©volution puisqu’elle remet Ă  plat, Ă  l’horizontale, si je peux oser cette mĂ©taphore, la crĂ©ation monĂ©taire. Elle n’y est pas l’apanage d’une Ă©lite, elle appartient Ă  tous. Elle a toujours appartenu Ă  tout le monde, mais la libertĂ© ne se donne pas, elle se prend.

Comme je l’Ă©cris en conclusion de mon livre « La monnaie : ce qu’on ignore » :

Se rĂ©approprier la monnaie, ce n’est pas demain, c’est aujourd’hui !

Teste tes connaissances sur la monnaie !

(This test also exists in English)

Communiquer sur la monnaie n’est pas commode. Amener le sujet dans une conversation peut s’avĂ©rer fastidieux.

Les rĂ©actions vont gĂ©nĂ©ralement de « On peut parler d’autre chose ? » Ă  « Quel sujet barbant ! ».

Mais lorsqu’on titille l’ego, on obtient plus souvent une rĂ©ponse. L’indiffĂ©rence se transforme en vanitĂ©. VanitĂ© de « savoir quelque chose ». Étaler sa confiture.

Alors, nous y voilĂ , teste tes connaissances avec ce quiz et teste tes amis ! Certaines rĂ©ponses risquent de te paraĂźtre Ă©tranges. C’est normal, j’ai sĂ©lectionnĂ© les idĂ©es reçues – fausses – les plus communes.

Je sais tout, mĂȘme pas besoin de regarder les rĂ©ponses !

Teste-toi sans les réponses !

Euh
 pas si sĂ»r
 j’aimerais bien apprendre quelque chose.

Teste-toi avec réponses/explications

 

RĂ©soudre le problĂšme de la dette publique par l’expropriation

On nous parle de plus en plus souvent du « problĂšme de la dette publique ». C’est effectivement un problĂšme. Ceux qui s’intĂ©ressent un tout petit peu Ă  la monnaie savent trĂšs bien comment le rĂ©soudre. Il suffit d’arrĂȘter le systĂšme de crĂ©ation monĂ©taire par les banques. D’arrĂȘter de payer pour de la monnaie crĂ©Ă©e par un clic de souris.

On sait par ailleurs que le systĂšme financier tel qu’il est actuellement ne peut pas continuer Ă©ternellement. Les dettes gonflent inexorablement, la croissance est la condition d’existence du systĂšme. Or sur une planĂšte aux ressources non infinies, il n’est matĂ©riellement pas possible de maintenir une croissance exponentielle. Car c’est bien d’une croissance exponentielle qu’il s’agit. Un « petit » 2 % par an, c’est 20 % au bout de 10 ans, 46 % au bout de 20 ans, 78 % au bout de 30 ans, 100 % au bout de 36 ans, 258 % au bout de 50 ans. Quant Ă  la dĂ©croissance, c’est tout simplement impossible en systĂšme de monnaie-crĂ©dit : ce serait l’effondrement immĂ©diat du chĂąteau de cartes. La chute est donc inĂ©vitable.

L’État, par l’intermĂ©diaire de l’organisme « France StratĂ©gie » reliĂ© directement au premier ministre se penche sĂ©rieusement sur la question de la dette publique. Il a publiĂ© sur son site officiel des « pistes » pour venir Ă  bout du problĂšme dans une note qui date de fin 2017. Et lĂ , cramponnez-vous Ă  votre siĂšge. Ils envisagent qu’« en cas de problĂšme », l’État devienne propriĂ©taire de tout le territoire et fasse payer un « droit d’occupation du sol » aux anciens propriĂ©taires dĂ©sormais expropriĂ©s. Vous ne me croyez pas tellement c’est gros ? Lisez par vous-mĂȘme :

« Concomitamment Ă  l’augmentation des dettes publiques, les vingt derniĂšres annĂ©es ont Ă©tĂ© marquĂ©es par une forte progression du patrimoine des mĂ©nages en Europe, en particulier immobilier, avec une distribution trĂšs inĂ©gale de cet enrichissement. Ceci ouvre une deuxiĂšme voie qui permettrait Ă  un État excessivement endettĂ© de dĂ©crĂ©ter qu’il devient copropriĂ©taire de tous les terrains construits rĂ©sidentiels Ă  hauteur d’une fraction limitĂ©e de leur valeur. Il deviendrait ainsi crĂ©diteur d’une somme annuelle, correspondant Ă  la rĂ©munĂ©ration du droit d’occupation du sol. Tout propriĂ©taire pourrait diffĂ©rer son paiement, dont le montant cumulĂ© interviendrait alors au moment de la vente ou de la transmission du bien. »

Lire en clair : « les gens deviennent propriĂ©taires, il ne reste plus qu’Ă  les dĂ©possĂ©der de leurs biens et rafler la mise ». Bien entendu, le bĂ©nĂ©ficiaire direct de ce genre de mesure ne serait pas l’État, il ne ferait que « se dĂ©sendetter ». Bingo pour les banquiers et grands financiers.

La vidĂ©o qui accompagne le billet est Ă©galement Ă  couper le souffle. Âmes sensibles s’abstenir. 

La guerre du Kippour n’a pas causĂ© le choc pĂ©trolier des annĂ©es 1970 (en fait, c’est l’inverse)

Dans mon livre « La monnaie : ce qu’on ignore », j’Ă©cris que l’abandon de l’Ă©talon or par Nixon est le dĂ©clencheur du premier « choc pĂ©trolier » des annĂ©es 70. En lisant cela, tu peux te dire : « C’est faux, ça. On sait tous que les mĂ©chants de l’OPEP sont Ă  l’origine de la crise et que c’est la guerre du Kippour qui est le dĂ©clencheur. »

Je ne vais pas nier que certaines raisons politiques ont pu avoir une influence. MalgrĂ© tout, j’affirme ici qu’elles ne sont pas le facteur principal. Des preuves ? Elles arrivent.

PlutĂŽt que de croire inconditionnellement ce qu’on nous raconte, regardons les chiffres.

Hausse des prix

VoilĂ  ce qu’on nous prĂ©sente : les Saoudiens avec leurs copains de l’OPEP ont dĂ©marrĂ© un embargo sur le pĂ©trole en 1973. La principale raison aurait Ă©tĂ© de protester contre les Ă©tats qui soutenaient IsraĂ«l dans la guerre contre les pays arabes. Ou au pire, on nous dit que c’est juste les types cupides de l’OPEP qui voulaient tirer un maximum de jus de leur pĂ©trole. RĂ©sultat : les prix du pĂ©trole flambent.

Effectivement, les prix ont grimpĂ© lorsqu’on regarde les prix en dollars sans correction (la courbe bleue). Ils ont aussi grimpĂ© en « dollars constants », c’est-Ă -dire tenant compte de l’inflation.

On doit alors se poser deux questions :

  • la guerre a-t-elle Ă©tĂ© la cause de l’embargo ?
  • le « dollar constant » est-il une rĂ©fĂ©rence fiable et non faussĂ©e ?

RĂ©pondons Ă  ces deux questions.

Les Saoudiens : rois du pétrole

Tout d’abord, les Saoudiens Ă©taient les rois du pĂ©trole Ă  l’Ă©poque. En fait, ils rivalisaient avec les États-Unis en terme de production :

Non seulement ils Ă©taient l’un des principaux producteurs au niveau mondial, mais ils basaient aussi leur Ă©conomie sur le pĂ©trole.

Jetons un coup d’Ɠil Ă  leur dĂ©pendance Ă©conomique au pĂ©trole :

En 1970, 30 % de leurs revenus provenaient du pĂ©trole, ce qui n’est pas rien. C’est passĂ© Ă  70 % en 1974. Peut-ĂȘtre Ă©taient-ils vraiment cupides, finalement ?

Mais comment sont-ils passĂ©s de 30 Ă  70 % ? Est-ce grĂące Ă  la hausse des prix ? Est-ce que, par hasard, ce pourrait ĂȘtre parce qu’ils ont exportĂ© beaucoup plus ? Regardons un peu la courbe de leurs exportations :

Effectivement, leurs exportations ont littĂ©ralement explosĂ© entre 1970 et 1979. La multiplication par 3 de leurs exportations entre 1970 et 1975 explique dĂ©jĂ  Ă  elle seule largement la hausse des revenus pĂ©troliers. Si c’Ă©tait de la cupiditĂ©, ils n’ont pas obtenu plus par un simple gain de prix, on peut mĂȘme ĂȘtre surpris qu’ils n’aient pas gagnĂ© plus vu l’augmentation de leurs exportations.

Mais une premiĂšre question vient Ă  l’esprit : au vu de la hausse des prix du pĂ©trole, oĂč donc est passĂ©e la chute vertigineuse des exportations qui devrait en ĂȘtre la cause ? Il y a bien une petite baisse de moins de 10 % vers 1973, mais cela suffirait-il Ă  justifier la hausse brutale des prix du pĂ©trole ? Est-ce qu’il pourrait y avoir d’autres raisons Ă  cette hausse ?

Les productions mondiales et Ă©tats-unienne

Jetons un coup d’Ɠil Ă  la production mondiale de pĂ©trole dans la pĂ©riode qui nous intĂ©resse.

Le plus surprenant dans l’histoire, c’est que la production saoudienne (Middle-East en vert) n’ait pas plongĂ© plus que cela en 1973 pour un embargo qui a tout de mĂȘme durĂ© 6 mois. Plus surprenant, la production Ă©tats-unienne a elle-aussi baissĂ© dans la mĂȘme pĂ©riode. Auraient-ils fait un embargo sur eux-mĂȘmes ? Ça n’a aucun sens ! Penchons-nous sur la question d’un peu plus prĂšs et focalisons-nous sur la production de pĂ©trole des États-Unis sur la pĂ©riode :

Effectivement, on voit la production amĂ©ricaine baisser significativement entre 1970 et 1980, en plein choc pĂ©trolier. Elle ne remonte lĂ©gĂšrement qu’en 1980. N’est-ce pas surprenant ? Devrions-nous peut-ĂȘtre regarder d’autres sources ?

Aucun doute, en pleine crise du pĂ©trole, les États-Unis ont rĂ©duit leur production. On peut voir une trĂšs lĂ©gĂšre inflexion des importations pendant l’embargo, mais sans pour autant avoir un arrĂȘt total, trĂšs loin de lĂ , puis une accĂ©lĂ©ration trĂšs impressionnante des imports. La logique de l’Ă©poque, qui n’a Ă©tĂ© cassĂ©e que rĂ©cemment sous Obama Ă©tait : « Épuisons les rĂ©serves de tout le monde, puis quand ils seront Ă  cours de pĂ©trole, on pourra puiser dans les nĂŽtres ». Ils y sont d’ailleurs arrivĂ© partiellement puisqu’ils deviennent en 2017 le premier producteur de pĂ©trole au monde. Le prix Ă  payer Ă©tait peut-ĂȘtre la crise pĂ©troliĂšre des annĂ©es 1970.

Biais culturels

Le monde arabe, comme bien d’autres parties du monde, est trĂšs traditionnel. Il est basĂ© sur la stabilitĂ© des valeurs ancestrales. Il fonctionne sur des valeurs « sĂ»res » comme l’or. Encore aujourd’hui, les frasques dorĂ©s des princes du pĂ©troles sont mondialement connus, en plus d’autres choses.

Par ailleurs, l’or prend une place importante pour afficher ses richesses :

L’Ă©talon or

Ceux qui ont lu mon livre sur la monnaie savent qu’Ă  la suite des accords de Bretton Woods en 1945, l’Ă©conomie mondiale repose sur le dollar amĂ©ricain pour les Ă©changes internationaux, chaque dollar est Ă©changeable contre de l’or Ă  taux fixe. Malheureusement, les États-Unis impriment beaucoup plus de dollars qu’ils n’ont d’or et le prĂ©sident Nixon est forcĂ© d’abandonner l’Ă©talon or en 1971.

Le rĂ©sultat direct est la chute immĂ©diate du cours du dollar par rapport Ă  l’or :

D’un autre cĂŽtĂ©, tous les Ă©changes internationaux continuent Ă  ĂȘtre payĂ©s en dollars. Le pĂ©trole ne fait pas exception, puisqu’on parle mĂȘme en pĂ©trodollars. C’Ă©tait encore le cas trĂšs rĂ©cemment, et quiconque dĂ©fiait ce monopole Ă©tait immĂ©diatement Ă©cartĂ©. Saddam Hussein et Khaddafi en sont deux exemples frappants, si j’ose dire. Il n’y a que les Chinois et les Russes pour se lancer dans l’aventure ces derniĂšres annĂ©es.

Revenons en 1973. Mets-toi dans la peau d’un Saoudien. Tu chĂ©ris l’or. Mais en Ă©change de ton pĂ©trole, tu reçois des bouts de papier avec lesquels tu pourrais tapisser ta chambre tellement ils ne valent plus rien. Ce que tu vois, c’est que ton or noir a une valeur qui dĂ©gringole par rapport Ă  l’or sonnant et trĂ©buchant, il perd mĂȘme quasiment la moitiĂ© de sa valeur :

Prix d’un barril de pĂ©trole en onces d’or

Que faire ? Tu te souviens que le dernier embargo en 1967 a remontĂ© les prix rapidement, on le voit d’ailleurs sur le graphique ci-dessus. Il faut absolument trouver une excuse pour obliger le prix du pĂ©trole Ă  remonter au niveau oĂč il se trouvait sous l’Ă©talon or.

La guerre du Kippour est l’excuse rĂȘvĂ©e. Surtout quand on sait que les Saoudiens en ont Ă©tĂ© secrĂštement les artisans puis ouvertement actifs dans le conflit.

Comparaison pétrole-or

Continuons notre analyse et Ă©tudions comment le pĂ©trole et l’or se sont comportĂ©s dans les dĂ©cennies qui nous intĂ©ressent. Peut-ĂȘtre allons-nous trouver une forme de stabilitĂ©. N’oublions pas qu’Ă  cette pĂ©riode, le monde entier entre en crise, les monnaies subissent des dĂ©valuations importantes, on l’a vu avec le dollar qui plonge par rapport Ă  l’or, etc.

Il semblerait bien qu’au milieu du chaos mondial, on trouve une certaine stabilitĂ© dans ce graphique. Jusqu’en 1985, il y a des vagues, certes, mais la tendance globale est trĂšs stable : le pĂ©trole remonte systĂ©matiquement Ă  ses niveaux d’avant la crise autour de 0,08.

Analysons cette fois ce graphique avec en tĂȘte les Ă©vĂ©nements historiques de l’Ă©poque. Soudain, tout s’Ă©claire.

Pour rĂ©sumer, les Saoudiens et leurs alliĂ©s forcent le prix du pĂ©trole en or Ă  revenir Ă  ses niveaux de la pĂ©riode de l’Ă©talon or. Ils le font mĂȘme monter encore plus loin pour s’approcher de 0.1. Visiblement, d’autres Ă©taient aussi en train de regarder ce mĂȘme graphique : les dirigeants de l’OPEP sont attaquĂ©s physiquement pour leur rappeler qui est le patron. L’opĂ©ration marche bien, les prix du brut redescendent.

Cinq ans plus tard, le prix du pĂ©trole en or est de nouveau redescendu bien bas. C’est compter sans la perspicacitĂ© des Saoudiens. Ils lancent un embargo sur le long terme en rĂ©duisant de maniĂšre drastique leur production et leurs exports. MalgrĂ© tout, ils doivent finalement cĂ©der autour de 1985 : de nouveaux concurrents indĂ©pendants sont apparus dans le secteur pĂ©trolier comme l’Alaska, la SibĂ©rie ou encore la NorvĂšge en Mer du Nord. Les Saoudiens voient qu’en retenant trop leur production, ils perdent du terrain et leurs revenus s’effritent, ils remettent les gaz, si on peut dire, faisant descendre le prix du pĂ©trole cette fois pour plus longtemps. Adieu Ă©talon or-pĂ©trole !

Conclusion

Si tu crois encore qu’il n’y a aucun lien entre le pĂ©trole et l’or dans cette pĂ©riode, exprime-toi ! Depuis, d’autres Ă©vĂ©nements ont eu lieu qui peuvent brouiller les cartes. Pourtant, Ă  l’Ă©poque, je suis persuadĂ© que ce graphique explique tout.

Quant au graphique « en dollars constants » du dĂ©but, il est Ă©vident que le calcul de ce « dollar constant » est de la pure fantaisie. Les Saoudiens n’en avaient rien Ă  faire des « papelards constants » ou de l’« inflation » calculĂ©e par un panel obscur quelque part dans le monde. Ils se basaient sur l’or qu’ils pouvaient entasser dans leurs coffres.

La guerre du Kippour n’a Ă©tĂ© qu’une excuse et les Occidentaux savaient trĂšs bien ce qu’ils faisaient Ă  l’Ă©poque, ils voulaient se servir de l’excuse de l’abandon de l’Ă©talon or pour rĂ©cupĂ©rer du pĂ©trole Ă  bas prix !